Filles d'ouvriers - Jules Jouy (1898) : Pâle ou vermeille, brune ou blonde, Bébé mignon, Dans les larmes ça vient au monde, Chair à guignon. Ébouriffé, suçant son pouce, Jamais lavé, Comme un vrai champignon ça pousse Chair à pavé / A quinze ans, ça rentre à l'usine, Sans éventail, Du matin au soir ça turbine, Chair à travail. Fleur des fortifs, ça s'étiole, Quand c'est girond, Dans un guet-apens, ça se viole, Chair à patron. / Jusque dans la moelle pourrie, Rien sous la dent, Alors, ça rentre "en brasserie", Chair à client. Ça tombe encore: de chute en chute, Honteuse, un soir, Pour deux francs, ça fait la culbute, Chair à trottoir. / Ça vieilli, et plus bas ça glisse... Un beau matin, Ça va s'inscrire à la police, Chair à roussin; Ou bien, "sans carte", ça travaille Dans sa maison; Alors, ça se fout sur la paille, Chair à prison. / D'un mal lent souffrant le supplice, Vieux et tremblant, Ça va geindre dans un hospice, Chair à savant. Enfin, ayant vidé la coupe. Bu tout le fiel, Quand c'est crevé, ça se découpe. Chair à scalpel. / Patrons! Tas d'Héliogabales, D'effroi saisis Quand vous tomberez sous nos balles, Chair à fusils, Pour que chaque chien sur vos trognes Pisse, à l'écart, Nous les laisserons vos charognes, Chair à Macquart!