Le moyen age, une imposture (1992)

Le Moyen Age, une imposture, de Jacques Heers, 1992.

Extrait N°1 : La cause est entendue : le médiéval fait honte, abomination des désolations ; et le "féodal", sa carte de visite pour beaucoup, est encore plus révoltant. L'on ne trouve pas assez de nouveaux mots pour condamner ces temps de "barbarie", fermés aux progrès, temps où de dures contraintes écrasaient, l'on n'en doute pas, le meilleur de la nature humaine sous une chappe d'obscurantisme, de superstitions. Tout le petit, le médiocre, tout ce qui, dans notre vie publique ou domestique, en reste aux balbutiements maladroits, tout ce qui refuse les mirifiques bienfaits des nouveautés et ne se prépare pas, enthousiaste, à l'horizon 2000 est, par définition, médiéval. Tout ce qui, dans les relations humaines, dans la gestion de la société et la manifestation des pouvoirs, déplaît, tous ces abus et vieilleries, tout cela est féodal. Sans parler bien sûr des cruautés, des drames, de la violence. Du lamentable au ridicule, chacun de nous pourrait, au fil de lectures de journaux ou de romans, à écouter la radio, dresser une sorte de florilège, un beau sottisier. Qui veut dénoncer une injustice, plus encore une superstition, écrit volontiers, pour exhorter ses lecteurs à se reprendre, que "nous ne sommes plus au Moyen Age".

Extrait n°2 : Si vous affirmez une renaissance, vous allez mieux convaincre en la greffant sur une décadence : le contraste apparaîtra plus vif et l'on vous croira plus aisément.

Extrait n°3 : Que le christianisme, les gestes de ses martyrs, puis la chevalerie, ses quêtes, ses combats ou ses jeux, aient enrichi le bagage culturel de l'occident et lui aient donné une autre couleur, cela s'impose comme une évidence. Mais cet enrichissement n'impliquait pas de faire table rase d'un héritage cultivé au contraire avec une vive révérence et parfois avec passion. Certains cycles antiques restaient à l'honneur, au coeur des préoccupations, inspirant quantité d'écrits, de réflexions, d'attitudes intellectuelles et de fidélités spontanées.

Extrait n°4 : A ce discrédit nous adhérons toujours, dans une large mesure. Certains diraient volontiers qu'avant Jules Ferry rien n'avait été fait pour l'instruction du peuple ! En tous cas, truisme constamment rappelé, aux temps "médiévaux" (pourquoi pas "moyenâgeux" ?) aucune école ni dans les villages, ni dans les divers quartiers des villes, si ce n'est pour quelques privilégiés...aussitôt destinés aux carrières ecclésiastiques. Or nous voici dans l'erreur la plus totale car toutes sortes de documents (archives comptables des municipalités et archives judiciaires, registres fiscaux) témoignent amplement, pour différents pays, de l'existence, outre le curé et ses assesseurs, de maîtres d'école de profession, régulièrement patentés et rémunérés.