La_Societe_industrielle_et_son_avenir

1. Les conséquences de la révolution industrielle ont été désastreuses pour l'humanité. Pour ceux d'entre nous qui vivent dans les pays «avancés» l'espérance de vie s'est accrue, mais la société a été déstabilisée, la vie privée de sens, les hommes ont été livrés à l'humiliation, la souffrance psychique s'est généralisée — souffrance qui est également physique dans le tiers monde — et enfin le monde naturel été gravement détérioré. Le développement accéléré de la technologie va empirer les choses et sans aucun doute infliger aux hommes des humiliations plus graves encore et à la nature de plus grands dommages ; il va probablement accroître la désagrégation sociale et la souffrance psychique, et peut-être augmenter la souffrance physique, même dans les pays «avancés».

2. Le système industriel-technologique peut survivre, ou il peut s'effondrer. S'il survit, peut-être réussira-t-il finalement à réduire les souffrances physiques et psychiques, mais ce sera seulement au terme d'une longue et douloureuse période d'adaptation, et au prix d'une réduction définitive des hommes, et de beaucoup d'autres organismes vivants, à l'état de produits manufacturés, simples rouages de la machine sociale. En outre, si le système survit, on ne pourra en éviter les conséquences : il n'existe aucun moyen, réforme ou ajustement, pour l'empêcher de priver les gens de leur dignité et de leur autonomie.

3. Si le système s'effondre, les conséquences seront également très douloureuses, et le seront d'autant plus qu'il se sera étendu et perfectionné ; s'il doit s'effondrer, mieux vaut donc que ce soit aussitôt que possible.

4. Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Elle peut être violente ou non, être soudaine ou s'étaler sur plusieurs décennies. Nous ne pouvons le prédire. En revanche, nous pouvons énoncer dans leurs grandes lignes les dispositions que devraient prendre les ennemis du système industriel, en vue de préparer la voie à une révolution. Ce ne sera pas une révolution politique. Ce n'est pas aux gouvernements qu'elle devra s'attaquer, mais aux bases économiques et technologiques de la société actuelle.

Notes AEC : Ainsi que l'indique la couverture ci à droite, la traduction du texte de Théodore Kaczinski que nous proposons ici en PDF est celle effectuée par les éditions de l'Encyclopédie des Nuisances en 1998, et ce en particulier parce qu'elle nous semble la plus digne de confiance. Nous tenons à préciser toutefois que le choix de transcrire les vocables "leftism" et "leftist" par le mot "progressisme" peut s'avérer discutable, même si à l'évidence "gauchisme" et "gauchiste" - comme le signale l'EDN -, se seraient eux aussi révélés insuffisants et trompeurs, du moins à les entendre dans le seul "cadre" hexagonal, au sein duquel le "gauchisme" a souvent été fort différent de celui qui s'est longtemps exprimé (et s'exprime encore parfois) aux Etats-Unis. Il s'agira donc, afin d'avoir une lecture aussi objective que possible de l'ouvrage, d'essayer de ne jamais oublier quels liens ledit "progressisme" entretient avec un certain "gauchisme" états-unien, comme il en entretient sans le moindre doute avec la "gauche étatique" française, voire européenne. Qui voudrait mieux appréhender la corrélation "gauchisme/progressisme" lira avantageusement "Le Socialisme sans le Progrès", de Dwight Macdonald.