Le fond de l'air est rouge

bande-annonce d'un film de Chis Marker

(réalisé en 1977, réduit et retouché en 1996 par son auteur)

 

Philibert de Pisan AEC copier01

Quelques précisions : Si l'intérêt cinématographique de ce film s'avère peu discutable, il est à noter toutefois que son discours, lui, n'est pas sans faiblesses. L'angle choisi pour opérer une analyse historique des années 1960 et 1970 en particulier, en effet, ne lui permet pas toujours de faire bien saisir tous les enjeux politiques et "métaphysiques" de cette époque, ni non plus les "originalités" qui s'y sont exprimées, lesquelles sont assez souvent omises au profit d'une vision presque exclusivement concentrée sur les actions et orientations des partis de "pouvoir", "révolutionnaires" ou non. Or, l'une des singularités de cette période - si essentielle à la compréhension de la notre -, est d'avoir maintes fois connu une radicalité qui, quoique plus ou moins neuve dans l'aperception qu'elle avait de la situation mondiale et locale, contestait la plupart du temps sans la moindre ambiguïté l'existence même et du "pouvoir" et des partis susceptibles de s'en emparer. Aussi n'entendra-t-on pas parler, ou presque pas, durant ces trois heures d'un intelligent montage, des "enragés", des situationnistes, des "éléments" dits "incontrôlés" et des "autonomes" (entre autres), qui jouèrent pourtant un rôle parfois considérable en ces années historiques. Et rien n'est plus symptomatique de cette importante lacune que le peu de cas qui est fait de l'Italie, pays qui fut pourtant à "l'avant-garde" de toutes les "transformations" de l'époque susdite, tant d'ailleurs du point de vue de la contestation que de la répression. Une fois ces considérations bien comprises, on regardera quand même cette oeuvre avec avantage en la prenant pour ce qu'elle est : l'écho de la mémoire d'un homme traversé par son temps, l'écho de la mémoire de Chris Marker.

Philibert de Pisan