Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

22 avril 2014

L'Université Solidaire propose une discussion/débat sur "l'Italie des années de plomb", le mardi 6 mai 2014, 18h à l'ExcuZe Bar

Affiche années de plomb 6 mai 2014 01

"A partir d'un bref retour sur l'attentat de la piazza Fontana à Milan, le 12 décembre 1969, qui marqua le début en Italie de ce qu'il est convenu d'appeler "la stratégie de la tension", l'Université Solidaire propose une discussion autour des "années de plomb" qui s'ensuivirent presque jusqu'au milieu des années 1980. Il pourra s'agir, entre autres choses, de questionner à la fois les luttes populaires de cette époque, leurs "errements", et les stratégies contre-révolutionnaires qui furent mises en place pour y répondre. Nous pourrons, dans un second temps et si ce dernier nous y autorise, interroger l'actualité de ces années d'exception, lesquelles ont notamment vu naître un certain nombre de dispositifs répressifs semble-t-il aujourd'hui employés un peu partout dans le monde."

L'ExcuZe Bar : 38 rue de la résistance, 42000 saint-étienne

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16 avril 2014

Viticulture et culte de la vitesse à l'heure du réchauffement climatique

Viticulture et culte de la vitesse à l'heure du réchauffement climatique

« Il y a une civilisation du vin, celle où les hommes cherchent à mieux se connaître pour moins se combattre. »
Gabriel Delaunay

« Dans le temps, même le futur était mieux. »
Karl Valentin

A l'heure où l'Empire s'apprête encore à réduire l'espace en le convoquant dans un immense tunnel sous vide voué à recevoir un TTGV (Train à Très Grande Vitesse)1capable d'atteindre les 2000 km/h, le « temps long » de la culture du vin, la précieuse lenteur attentionnée nécessaire à sa confection, sont peut-être là pour nous rappeler combien la réalité moderne, à force d'accélération, ne cesse d'entrer toujours plus en dichotomie avec le réel. Qu'une telle dichotomie ait dès à présent atteint son point de non retour, c'est l'évidence : la réalité actuelle et le réel en sont d'ores et déjà à un tel degré de disjonction qu'ils ne peuvent plus guère espérer de renouer harmonieusement sans passer par un conflit « fratricide » où l'un des deux belligérants devra abdiquer pour longtemps. Il suffit, pour saisir ne serait-ce que sommairement cette nouvelle inconciliabilité réalité/réel, de comparer les deux cartes qui suivent, la première représentant une « topographie » des vignobles, la seconde une « topographie » des néo-distances en France :

Carte vins de France 01 copier

Nouvelle Carte de France de la SNCF

Jean Cocteau disait que « le temps des hommes est de l'éternité pliée » ; nous voyons maintenant combien celui de la modernité est avant tout de l'espace replié sur lui-même, de l'espace en voie de disparition, du réel se néantisant tel une lumière irrésistiblement attirée vers un centre vide – l'Empire -, vers le trou noir insensé d'un « progressisme » dont on ne cesse de nous dire qu'il est la seule « alternative possible ». Or c'est cette même « alternative », dont l'accélération constante des flux constitue l'un des principaux traits, qui, outre qu'elle a provoqué les « accidents » de Tchernobyl et Fukushima, le réchauffement climatique et tant d'autres catastrophes, achève aujourd'hui d'en finir avec le voyage en le remplaçant par le tourisme, avec l'agriculture en la remplaçant par des ogm, avec l'objet en le remplaçant par la marchandise, avec l'usage en le remplaçant par l'échange, avec l'air en le remplaçant par l'ozone, et avec l'amour en le remplaçant par une pornologie Meetic, pour ne donner là que quelques exemples significatifs. Il y a donc un impensé du « progrès » comme effacement progressif du réel, que la seule carte des vignobles de France ne suffit évidemment pas à surmonter, tant il est vrai que le réel ne se laisse pas réduire à une planisphère, fut-elle dessinée par Atlas. Aussi sûrement que la carte du tendre ne dessine la relation des amants qu'en en diminuant la réelle beauté, notre carte des vins n'est qu'une représentation tronquée du réel géographique français, et n'a d'intérêt ici que d'être comparer à l'aberrante représentation du pays effectuée par la SNCF ; aberrante représentation qui a toutefois le mérite évident d'en dire assez long sur ce que l'impérialisme moderne veut réaliser : mobilisation générale, abolition des écarts, des distances, des différences, effacement de l'Histoire au profit d'un néo-naturel rendu indiscutable. « Le temps c'est de l'argent ! » nous dit-on, et il s'agit naturellement dès lors de ne pas en perdre. Or Tocqueville avait raison de dire ceci que « ce que le vulgaire appelle du temps perdu est bien souvent du temps gagné », en quoi conséquemment nous comprenons sans mal à quel point l'accélération sans arrêt plus vive qu'on nous impose, elle, ne peut guère se concrétiser autrement que comme temps perdu, littéralement, et de telle façon que Marcel Proust aurait probablement grand mal aujourd'hui à en retrouver la saveur, sinon peut-être encore au cœur de quelques bons piots, dont le beau bouquet doit réellement toujours beaucoup au réel du temps que le vigneron et la terre ont su y imprimer.
L'accélération ne pollue pas, elle épure l'espace en lui retirant d'un trait la distance. Et cette distance anéantie, elle la relègue sans frein dans une obscène mobilité, que d'ailleurs des vignes pourtant séculaires doivent elles-mêmes subir à présent à cause du « réchauffement climatique », entre autres. Les villes elles-mêmes, autrefois vouées à nous maintenir dans une certaine sédentarité, exigent maintenant de nous que nous y soyons « nomades », fluctuants, c'est-à-dire inlassablement mobilisés pour aller d'un point A vers un point B2 plus ou moins prédéterminé à l'avance par les dispositifs mis au point depuis quelques décennies par les urbanistes. Aussi devient-il de plus en plus difficile, en dehors de nos appartements3, de s'y manifester dans une position stable, sauf à ne pas redouter les contrôles policiers ; le contemporain doit courir d'un néant à l'autre, en néantisant tout ce qui eût pu encore entre les deux avoir le bon ton d'arrêter cette « folie ».
Il y a, derrière la logique apparemment historique de cette accélération, une véritable idéologie du temps, un dogme, une croyance, un catéchisme de la temporalité, dont la « durée » est au premier abord assez paradoxalement le concept paradigmatique. À y regarder de plus près toutefois, que le temps ne soit plus guère envisagé autrement qu'en terme de « durée » n'a rien de paradoxal dans le cadre du culte de la vitesse : c'est bien plutôt justement parce qu'il est envisagé en tant que « durée », « durabilité », que le temps peut être considéré comme accélérable. La « durée » ?, mais voilà bien ce qui permet de disposer le temps à être réduit, et d'abord à être réduit à une « durée », fort notoirement linéaire. La « durée » est donc au temps le mensonge de sa mesurabilité, tyranniquement réalisé par des horloges.
Comment mesurer en effet ce qui réellement ignore si superbement la « durée », ce qui est défini par cela même qu'il est sans « durée » : l'instant, cet indivisible « atome » du temps. Que par ailleurs ce temps soit le résultat d'un cumul ou d'une succession d'instants ne change décidément rien à l'affaire : ce qui est sans « durée » ne peut jamais en se succédant ou se cumulant générer de la « durée ». C'est donc en tant qu'il est frappé d'instants que le temps réel est irréductible à la « durée », et que les « êtres des choses » y trouvent l'espace de leurs persistances existentielles propres, conscientes ou non. Le temps réel est un instantané des corruptions du passé que j'éprouve présentement, et c'est seulement par là que ma puissance advient, comme advient le séveux d'un vin, par quoi nous entendons que le temps réel n'est rien plus que de l'histoire en présence, non limitée par de la « durée ». Le passé ne revient pas, il est ; absolue présence qui ne prédétermine en rien quelque avenir, puisqu'il est patent que l'avenir, lui, ne fait jamais office de présence, pas même dans l'imaginaire. Imaginer la saveur d'un vin en goûtant le raisin qui en constituera l'essence, c'est toujours déjà rendre cette saveur présente à soi, en lui retirant aussitôt par là même toute postériorité. Peut-être est-ce d'ailleurs ce « retrait » que nous avons coutume de nommer « postérité », ceci dit pour engager la pensée dans une bugne, puisqu'il est patent qu'au moment où j'écris ces mots on me propose d'en goûter une, dont le doux présent maintenant de sa présence à mon palais ne pourra plus manquer de connaître quelque immortalité, et d'abord je l'espère en tant que présent absolu de la beauté d'un don de Marie-F. B.

Comme l'a montré Bergson4, le présent – le temps réel - n'est pas mesurable, et d'abord en ceci qu'il n'est pas réductible à l'espace. Toute mesure n'acquiert en effet sa possibilité factuelle qu'à s'inscrire dans un espace donné, considéré comme « homogène » et continu. Or le « temps pur » - qu'il s'agirait d'envisager comme une corruption d'instants5  – ignore toute surface d'inscription, et une horloge n'a jamais été à la mesure du temps que l'imposture d'une convention spatialisée ; dont le caractère « pratique » ne doit pas cacher qu'elle est sans rapport avec le temps : après tout, que se passe-t-il entre tic et tac ?
Cependant pourquoi dès lors Bergson continue-t-il d'appeler « durée » ce qui à l'évidence et selon sa propre « intuition » apparaît comme essentiellement non-mesurable ? La « durée » n'est-elle pas précisément la mesure du temps ?

Mais c'est que par « durée », justement, Bergson n'entend pas la mesure, mais la conscience du temps, ou, pour le dire vite, la conscience d'une continuité – d'une persistance – non spatiale, que nous qualifions de temps. Le présent, en tant que persistance, est le précipité « chimique » « alchimique » et conscient des instants, aussi sûrement que la qualité d'un vin est un précipité « chimique » de terres et de minéraux, de soleil d'eaux et de fruits, entre autres, et de lenteurs et de temps. L'erreur de Bergson, pourtant, c'est d'avoir limité le non-mesurable à la conscience, alors même qu'il procède aussi bien d'un réel absolument « physique », dont les instants sont comme les quantum « eschatologiques », en ce sens qu'en tant qu'essences premières du temps ils en constituent à la fois la substance dernière ; et l'éternité n'est probablement rien d'autre au fond que cette coïncidence essentielle. Si le temps, donc, nous est donné, ce n'est pas seulement intérieurement, comme conscience pure, « durée », mais aussi comme réelité objective - non seulement une intériorité psychique, un moi, mais une extériorité sensible à laquelle nous sommes convoqués par corruption, et que nous écœurons à l'avenant.

En cantonnant le temps réel à quelque état de la conscience, Bergson parvient mal a le sortir du mensonge de sa mesurabilité, parce qu'il se voit contraint par là de rester sourd à sa « qualité » d'instants ; et c'est pourquoi finalement il ne peut s'empêcher de l'envisager « durable ». Dès lors qu'elle s'imagine pure, en effet, la conscience n'entretient de rapport avec la « nature » que quantitativement, parce qu'il lui faut nécessairement mesurer6 la puissance des qualités qu'elle ne comprend pas, pour se rassurer. Une conscience privée de qualités est une conscience sourde, et comme telle elle en vient toujours bientôt à réinscrire le temps dans l'espace, aussi assurément qu'un sourd-muet isolé s'y voit obligé par son langage des signes.

Langage du sourd

La création gestuelle des individus sourds isolés7

 Plutôt que de « durée », il faudrait à l'extrême limite parler de « mémoire », à condition de l'entendre au présent, autrement dit comme puissance qualitative im-médiate et toujours déjà là de l'endo-exosmose des instants dont l'être est le vin des âmes. Une telle puissance n'engage aucune vitesse ou accélération, très précisément parce qu'elle est toujours déjà là, « pure » présence de la corruption éternelle : vie ; vie qu'une célérité trop grande ne peut que réduire, nier, voire anéantir, de même que le pseudo-temps-réel de la technologie abolit la « mémoire » en la virtualisant.

 Ainsi en effet qu'il y a un lien étroit entre l'engrenage industriel et le temps faux de l'horloge, il y a un lien étroit entre l'accélération des flux marchands et le temps faux de la technologie ; le premier soumet l'Homme à la « durée » et le second à la « vitesse »8, autrement dit d'abord à l'enfer du temps de travail9 et ensuite à celui d'une réalité toujours plus virtuelle. Or l'absence de réelité consubstantielle à cette vitesse/durée doit nécessairement devenir une fin en soi pour « exister », pureté, et, comme fin en soi, comme pureté, elle doit nécessairement aussi s'augmenter sans fin, comme accélération/durable, pour ne pas succomber à d'éventuels corruptions du réel et de la limite10.

 Le vrai, c'est la pensée elle-même, et parce qu'il n'est pas impensable, le faux ne peut jamais connaître de repos, sinon à s'évanouir bientôt, aussi sûrement qu'un vin perd parfois le mensonge de son étiquette au moment que je le goûte avec attention. C'est pourquoi le mouvement « révolutionnaire » ne doute plus de son devenir victorieux.

LéoloLéolo AEC copier01

Notes :

1 – cf à cet égard les recherches en Chine, aux USA (hyperloop) et en Europe.
2 – Par exemple de son lieu de travail à son logement.
3 – Encore faut-il préciser qu'actuellement rares deviennent les appartements qui n'ont pas à subir la célérité des flux, ne serait-ce que télévisuels ou informatiques. Là où il y a peu encore l'isolement des murs de ma demeure m'offrait la liberté de m'en tenir à une salutaire démobilisation, la cybernétique ne manque d'ores et déjà maintenant presque plus jamais de me contraindre à recomposer avec la vitesse des flux électroniques.
4 – Essai sur les données immédiates de la conscience.
5 – C'est-à-dire une « rencontre » au sein de laquelle aucun des éléments n'est susceptible d'en contenir un autre, et où chacun d'entre-eux se voit modifié qualitativement. Nous pourrions dire, pour aller un peu plus loin que Bergson dans son essai, que les instants agissent les uns sur les autres par endo-exosmose constante. Autrement dit, la constante – au sens mathématique du terme en quelque sorte – du temps, c'est l'endo-exosmose des instants.
6 – Au sens « d'évaluer, déterminer une taille », et de « restreindre, limiter ».
7 - Voir à ce sujet le site internet AILE (Acquisition et Interaction en Langue Étrangère), à cette adresse : http://aile.revues.org/537.
8 – Vitesse qui avait d'ailleurs besoin d'être précédée par l'abstraction de la durée pour apparaître, comme nous l'avons vu plus haut.
9 - ...ou des loisirs.
10 – C'est pourquoi il n'est pas jusqu'au langage qui ne se voit détruit par l'Empire en vu de son adaptation à la mobilité et à l'accélération.

 

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12 avril 2014

Note sur la suppression générale des partis politiques

Note sur la suppression générale des partis politiques (1950)

Notes sur la suppression générale des partis politiques, de Simone Weil, 1950 (écrit en 1940).

Extrait n°1 : L'idée de parti n'entrait pas dans la conception politique française de 1789, sinon comme mal à éviter. Mais il y eut le club des Jacobins. C'était d'abord seulement un lieu de libre discussion. Ce ne fut aucune espèce de mécanisme fatal qui le transforma. C'est uniquement la pression de la guerre et de la guillotine qui en fit un parti totalitaire.

Extrait n°2 : S'il y a eu en 1789 une certaine expression de la volonté générale, bien qu'on eût adopté le système représentatif faute de savoir en imaginer un autre, c'est qu'il y avait eu bien autre chose que des élections. Tout ce qu'il y avait de vivant à travers tout le pays - et le pays débordait alors de vie - avait cherché à exprimer une pensée par l'organe des cahiers de revendications.

Extrait n°3 : Mais aucune quantité finie de pouvoir ne peut jamais être en fait regardée comme suffisante, surtout une fois obtenue. Le parti se trouve en fait, par l'effet de l'absence de pensée, dans un état continuel d'impuissance qu'il attribue toujours à l'insuffisance du pouvoir dont il dispose. Serait-il maître absolu du pays, les nécessités internationales imposent des limites étroites.

Extrait n°4 : C'est en désirant la vérité à vide et sans tenter d'en deviner d'avance le contenu qu'on reçoit la lumière. C'est là tout le mécanisme de l'attention.

Extrait n°5 : Presque partout - et même souvent pour des problèmes purement techniques - l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'obligation de la pensée. C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s'est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée. Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

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La ténébreuse affaire de la Piazza Fontana

La Piazza Fontana (2005)

La ténébreuse affaire de la Piazza Fontana, de Luciano Lanza, 2005.

4ième de couverture : Milan, 12 décembre 1969. Une bombe éclate devant la Banque nationale de l'agriculture, piazza Fontana à Milan, causant 16 morts et une centaine de blessés. L'anarchiste Pietro Valpreda est presque aussitôt accusé d'être l'auteur du massacre. Pris dans la grande rafle menée par la police milanaise dans les milieux d'extrême-gauche, le cheminot libertaire Giuseppe Pinelli meurt dans la nuit du 15 au 16 décembre, au cours d'un interrogatoire mené dans les locaux de la préfecture de police de Milan.

Les organisations libertaires, rejointes bientôt par la gauche extraparlementaire, mettent en évidence les faiblesses des preuves à charge contre les leurs, et parlent pour leur part de "strage di stato" (massacre d'Etat). La suite des événements va démontrer l'exactitude de ce qui parut à beaucoup d'observateurs un slogan sans fondement. Derrière les groupes nazis-fascistes italiens, les vrais responsables des attentats du 12 décembre et de tous ceux qui suivront, il y a des services secrets, italiens et étrangers, qui leur prêtent la main. Il y a des policiers et des juges qui créent de fausses pistes, et des ministres qui donnent le feu vert à la campagne d'intoxication. En vérité, c'est toute une part de l'appareil d'Etat italien, qu'on ne peut absolument pas regarder comme "dévoyée", qui est impliquée dans ce qu'on connaît sous le nom de "stratégie de la tension".

Si on a beaucoup écrit sur les "années de plomb" italiennes et sur le terrorisme de "gauche", on n'a pratiquement rien publié en France sur la période antérieure, bien que ce terrorisme-là soit impossible à comprendre hors de la référence au terrorisme de droite qui le précéda. C'est dire l'intérêt du livre de Luciano Lanza - qui, en tant que militant du groupe milanais du Ponte della Ghisolfa, fut un témoin privilégié des faits - dont les éditions de la CNT-Région parisienne proposent aujourd'hui une version française. Il aidera à coup sûr à mieux faire connaître aux lecteurs français les événements qui ont marqué l'histoire toute récente d'un pays si proche du nôtre.

 

Léolo AEC copier01

Précisons toutefois que le quatrième de couverture de l'ouvrage présenté ci-dessus nous semble un peu trop élogieux quant à son contenu, étant données les évidentes limites de ce dernier : où sont les documents ? les preuves ? et les références précises ?, qui pourraient offrir au lecteur de vérifier plus avant à la fois les faits et l'implication des personnes ayant participé de près ou de loin à ces faits. L'auteur, d'ailleurs, laisse tout particulièrement entendre cette invérifiabilité à chaque fois qu'il s'attaque aux agissements des services secrets, en ne parvenant lui-même à ne les évoquer que très brièvement, alors même qu'iceux services - la CIA en particulier - semblent bien s'être tenus tout en haut, ou presque, de toute la chaîne des diverses manipulations qui ont eu cours durant ces difficiles années italiennes. Nous ne pouvons pas ignorer cependant qu'une "enquête" sur de tels "événements" n'aura pu que s'avérer fort difficile et pleine d'entraves ; c'est pourquoi ce livre a d'ores et déjà le mérite immense, comme témoignage au moins, d'oser un décryptage relativement approfondi du mode par lequel on a pu mettre en application une "stratégie de la tension" - que nous pouvons sans doute voir appliquée aujourd'hui sous une forme plus ou moins identique dans de nombreux pays : Ukraine, Egypte, Bosnie, Tunisie etc - qui mènera rapidement à "l'état d'exception permanent" si bien analysé depuis par Giogio Agamben.

Léolo

02 avril 2014

La liberté ou la mort : "Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux"

Des manifestants antipollution auraient été tués par la police en Chine

(31 mars 2014)

VU DE CHINE Des milliers d’habitants de Maoming demandaient l’arrêt de la construction d’un projet pétrochimique. Au moins quatre auraient été abattus. Les autorités ont bouclé la ville.

Manif chine 00

La manifestation contre le projet d’usine de paraxylène, à Maoming, lundi 31 mars, avant l’assaut de la police.


La police chinoise a ouvert le feu lundi soir à Maoming, dans le sud-est du pays, sur une manifestation de quelques milliers d’habitants demandant l’arrêt de la construction d’un projet pétrochimique qu’ils estiment être polluant. Des clichés et des vidéos postées sur Internet montrent des manifestants gisant dans des flaques de sang, et des policiers casqués tirant au jugé.

Quatre personnes auraient été abattues par les forces de l’ordre selon des habitants. Ce bilan ne peut toutefois pas être confirmé de manière indépendante. Des barrages auraient été installés ce mardi soir à toutes les entrées de la ville.


VOIR LES VIDÉOS

Les policiers chargés de la censure d’Internet ont travaillé d’arrache-pied toute la journée de mardi pour effacer les photos et les messages en provenance de Maoming, au fur et à mesure que ces contenus apparaissaient.
Et mardi soir, l’accès à Internet a carrément été coupé aux 5 millions d’habitants de la ville. La municipalité de Maoming – ville située dans la province du Guangdong, à 350 km au sud-ouest de Canton – a accusé les manifestants d’être manipulés par « un groupe de hors-la-loi », et a assuré que « personne n’a été tué ». Les autorités se sont toutefois gardées d’évoquer le nombre de personnes blessées, qui se chiffreraient par dizaines.

« Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux »

La mairie avait décrété la manifestation de lundi « illégale », et au préalable sommé la population à « ne pas donner l’opportunité aux criminels de créer le chaos ». Dans le jargon politique chinois, ce genre d’avertissement est une menace. La manifestation avait commencé paisiblement. De nombreux enfants faisaient partie du cortège qui demandait aux autorités d’arrêter un projet de construction d’une usine de paraxylène – un produit qui sert entre autres à la fabrication de textiles et de bouteilles en matière plastique. L’usine, une fois bâtie, doit être gérée par le groupe pétrolier d’État Sinopec. « Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux », lisait-on mardi matin en une du journal local – qui est contrôlé par le gouvernement.

C’est loin d’être la première mobilisation populaire contre la pollution, mais c’est la première fois que la police tire sur ce type de manifestants.

Manif chine victime 00

Une victime présumée de l’assaut de la police à Maoming, le 31 mars 2014 (photo tirée du site Weibo).


Leur presse (Philippe Grangereau, correspondant à Pékin, Liberation.fr, 1er avril 2014)

Cf : Jura Libertaire

Cf : Anthropologie du présent

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Notre-Dame-des-Landes / Nantes : Un camarade écroué suite aux comparutions immédiates mardi 1 avril 2014

Nantes. Jusqu’à un an de prison ferme après la manifestation anti-aéroport

Le tribunal correctionnel de Nantes a condamné un homme de 23 ans à un an de prison ferme pour avoir confectionné et jeté des engins incendiaires contre les forces de l’ordre, en marge de la manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 22 février dernier à Nantes.

Le prévenu, écroué à l’issue de l’audience, est sorti sous les cris et les pleurs d’un nombreux public venu soutenir les quatre personnes jugées ce mardi après-midi en comparution immédiate. Le tribunal a dû faire évacuer la salle.

Les trois autres prévenus ont été condamnés à des peines allant de quatre mois de prison avec sursis à cinq mois ferme sans mandat de dépôt.


Publié par des larbins de la maison Poulaga (PresseOcean.fr, 1er avril 2014)

 


(…) L’un des prévenus a écopé d’un an de prison ferme avec mandat de dépôt pour des jets de projectiles sur des policiers, sans ITT (interruption temporaire de travail), et « fabrication d’engin explosif artisanal », en l’occurrence des canettes fumigènes. Des faits pour lesquels le parquet avait notamment requis six mois de prison et un mandat de dépôt, en raison du casier judiciaire du prévenu.

Deux autres jeunes hommes, âgés de 20 à 30 ans, ont été condamnés sans mandat de dépôt, par le tribunal correctionnel de Nantes, à des peines de quatre mois de prison ferme pour le premier et de deux mois de prison ferme avec révocation d’un sursis de deux mois, pour le second. Ils étaient poursuivis, l’un pour dégradations et vols en récidive commis dans les locaux de la TAN, les transports en commun de Nantes, et l’autre pour des jets de pierres sur des policiers. Le quatrième prévenu, âgé de 53 ans, poursuivi pour violences sur des policiers sans ITT, a écopé de quatre mois de prison avec sursis. Au total, sept personnes interpellées lundi à Nantes ont été convoquées devant la justice.

Deux mineurs seront déférés devant le juge des enfants pour des faits de violences sur les forces de l’ordre — des jets de bouteille et de pavés — et dégradations d’un local Vinci, le groupe concessionnaire du futur aéroport. Le dernier individu se verra délivrer une convocation par un officier de police judiciaire aux fins de comparaître ultérieurement devant le tribunal correctionnel pour des faits de violences par jets de pétards contre les forces de l’ordre. (…)


Publié par des larbins de la maison Poulaga (Agence Faut Payer via Liberation.fr, 1er avril 2014)

cf : Jura Libertaire

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