La police dans la poche

Un policier utilise un telephone a partir d un bateau dans une rue inondee a Bath, inondation 1947 récadrée

Ce n'est pas un hasard si dans certains pays comme la Grèce et l'Allemagne, les manifestants font tout pour interdire les photographes/vidéastes au sein des mouvements. Régulièrement, des photos/vidéos offrent les visages des activistes aux bases de données de la police.

Trop souvent des images servent à réprimer et à ficher les manifestantes et manifestants, soit directement comme simples constats prouvant l'implication de ces derniers dans telle ou telle agitation sociale et politique, soit en tant que moyens de pression lors de procès ultérieurs.

Prendre des photos/vidéos en manifestation n'est dès lors jamais innocent, et ne devrait pas se faire sans avoir pris un certain nombre de précautions.

Il n'est pas rare de voir la police obliger un manifestant ou une manifestante à donner ses photos. En garde à vue notamment, les moyens de pression sont nombreux. Qui plus est, le développement de la reconnaissance faciale permet le plus souvent d'ores et déjà de connaître presque instantanément l'identité des personnes photographiées ou filmées, que ce soit à partir des originaux ou des mises en ligne sur facebook par exemple, ou encore periscope.

C'est pourquoi si le ou la photographe n'agit pas de manière responsable, il ou elle prend le risque d'être traité comme un auxiliaire des forces dites de l'ordre et des tribunaux.

Plusieurs éléments sont donc à prendre en compte au moment où les photos et les vidéos sont prises comme au moment de leur retouche :

1 - Le support sur lequel la police sera susceptible de collecter les images : carte mémoire, facebook, indymédia,...

2 - Les éléments susceptibles de rendre une personne reconnaissable : visage, taille, vêtements, cagoule enlevée puis remise,...

3 - Les éléments qui rendent le ou la photographe/vidéaste reconnaissable : les méta-données, en particulier, peuvent signaler la marque de l'appareil, la date et l'heure de l'enregistrement ainsi que la position GPS.

4 - La présence d'un ou une photographe/vidéaste peut dissuader quelques personnes de manifester, décourager certains gestes de ruptures nécessaires à l'avancée de la manifestation, ou encore contraindre à se masquer celles et ceux qui pourtant ne l'auraient aucunement souhaité sans cela.

5 - Nul photographe/vidéaste n'a à imposer aux autres manifestantes et manifestants sa propre conception du rapport à l'image et à l'action, et ce d'autant moins que dans la plupart des cas, si ses images ont des conséquences pénales, entre autres, ce ne sera pas elle ou lui qui en fera les frais.

Dans la rue :

1 - Toujours être prêt à détruire une carte mémoire ou au moins se trouver en capacité d'effacer les images enregistrées le plus rapidement possible.

2 - Ne jamais photographier ou filmer une scène susceptible d'entraîner des conséquences pénales.

3 - Eviter autant que possible de photographier ou filmer une personne ayant fait savoir qu'elle ne le souhaitait pas.

Sur le web :

1 - Penser à nettoyer les méta-données : heures, lieux, marque de l'appareil, identité du propriétaire...

2 - Toujours flouter les visages des manifestantes et manifestants.

3 - Rendre méconnaissables les vêtements et chaussures portés, ainsi que tout signe distinctif, si ceux-ci apparaîssent par trop identifiables.

4 - Avoir à l'esprit que plusieurs photos/vidéos prisent de différents points de vue et à des moments différents peuvent parfois s'avérer plus utiles encore à la police en lui permettant de reconstituer l'ensemble d'une séquence compromettante, que d'ailleurs le "délit" ait été réel ou non : un montage bien ficelé pouvant faire croire à tout et n'importe-quoi.

original du texte à voir sur Secours Rouge, ici légèrement modifié par nos soins

La police dans la poche revue par AEC copier