Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

07 juin 2017

COMMUNIQUÉ CONCERNANT DES ARRESTATIONS POLITIQUES DANS RENNES

COMMUNIQUÉ CONCERNANT DES ARRESTATIONS POLITIQUES DANS RENNES

6 juin 2017

Des arrestations politiques d’une très grande violence ont eu lieu dans plusieurs appartements, à Rennes, au matin du 30 mai dernier. Depuis, cinq militants politiques, qui ont refusé la comparution immédiate, sont en détention.

Nous, Pontcerq, faisons ce communiqué, ce mardi 6 juin, et relayons cette information autour de nous : pour la raison que ces arrestations ont eu lieu dans un silence presque total dans les médias.

Les journaux sont occupés ailleurs. Ou alors : on ne sait plus très bien situer, après bientôt deux ans d’état d’urgence et des milliers de perquisitions, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. (On le sait pour la Turquie, la Russie, les autres pays.)

De telles opérations de police ciblées, précises, ne peuvent avoir été pensées et décidées qu’en haut lieu. Elles poursuivent un but évident : briser des groupes de résistance politique.

Les groupes auxquels on s’en prend aujourd’hui se sont battus par exemple contre la loi « travail » au printemps 2016. En les éliminant on ne cherche même pas à les punir : on les empêche préventivement de s’opposer à ce qui va venir1.

Ce qui se passe maintenant n’est plus seulement un spectacle écœurant d’intimidation : c’est réellement que quelque chose est en train, sous nos yeux, d'être expulsé, détruit, liquidé – de manière très décidée et froidement commandée, sous l’action de brigades policières : la possibilité d’une résistance politique.

Plusieurs de ces militants faisaient vivre à Rennes la Maison de la grève.

Nous déclarons notre soutien aux cinq personnes détenues, à leurs proches, à leurs camarades, à tous ceux de leur camp. Ainsi qu’à toutes les autres victimes, à Rennes et ailleurs en France, des méthodes ultra-violentes d’intimidation, d’incarcération politique2.

Nous sommes de leur camp contre un pouvoir aussi foncièrement policier, aussi foncièrement anti-politique.

Pontcerq,
Rennes, le 6 juin 2017
(Au cours de l’état d’urgence, en France, pour la cinquième fois prolongé)


1 - Un nouveau président de la République (Emmanuel Macron) a été récemment élu. On sait les réformes dont il a l’intention, en particulier dans ce domaine du code du travail.

2 - Le préfet de région, qui s’est occupé de la répression des mouvements politiques à Rennes jusqu’au printemps 2016 (Patrick Strzoda), a été nommé depuis Chef de cabinet du président de la République Emmanuel Macron ; il est passé entre-temps par le ministère de l’Intérieur. Les priorités policières du nouveau pouvoir sont évidentes. Certains « foyers » doivent être liquidés « avant l’été » (des réformes viennent).

Nota bene :
La violence de l’opération de police a été racontée dans lundimatin (revue en ligne). Les raisons alléguées par la police pour l’arrestation des sept personnes le mardi 30 mai ont été exposées dans lundimatin : ces raisons ne sont pas tenables. Il est imprudent – objectera-t-on – de s’en tenir à ce que dit lundimatin, aux seuls dires de lundimatin : mais aucun autre média n’a parlé. Que d’autres enquêtent aussi, s’ils peuvent… Dans un cas comme celui-là, tellement violent, la preuve est bien à faire de l’autre côté ; du côté de ceux qui ont tiré les armes, et qui continuent à les tirer.

30 mai 2017

Tempête pour un verre d'eau

Tempête pour un verre d’eau

Publié le 29 mai 2017 sur Paris-Luttes.Info
18e arrondissement | justice | procès | police

Dimanche 28 mai 2007, sur un marché du 18e un camarade rencontre l’ancienne ministre du travail El khomri en pleine campagne pour les législatives, qui après avoir étouffé les travailleurs, s’attaque à nos quartiers. En ce dimanche caniculaire, il ose ce que beaucoup d’entre nous auraient rêvé de faire et la rafraîchit en lui lançant le contenu d’un verre.

Dimanche 28 mai 2007, sur un marché du 18e un camarade rencontre l’ancienne ministre du travail El khomri en pleine campagne pour les législatives, qui après avoir étouffé les travailleurs, s’attaque à nos quartiers. En ce dimanche caniculaire, il ose ce que beaucoup d’entre nous auraient rêvé de faire et la rafraîchit en lui lançant le contenu d’un verre. Une goutte d’eau qui sera qualifiée de violences volontaires avec arme par destination ! Et lui vaudra : une interpellation suivie d’une garde à vue, une nuit au dépôt, une première proposition de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité de 4 mois avec sursis dont 1 pour refus d’ADN et 105 heure de Tig, ramenée ensuite à 3 mois avec sursis et une amende pour l’adn​.

Deux propositions disproportionnées et bien sûr refusées par le camarade, qui est donc reconvoqué le 3 octobre 2017 à 9h devant le tribunal correctionnel de Paris.

Dommage pour El khomri qui voulait éviter toute publicité. N’hésitons pas chaque fois qu’on la croise à lui rafraîchir la mémoire, quitte à lui faire boire la tasse.

N’oublions pas qu’à quelques jours d’une élection l’objectif est toujours le même : faire croire que le problème c’est la sécurité. Les même épouvantails sont toujours agités : tous les plus précaires, migrant-e-s, vendeur-ses à la sauvette, toxicomanes...

Ne laissons pas cette logique sécuritaire envahir/étouffer nos quartiers.

Comme notre camarade, continuons a lutter.

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28 mars 2017

Elie Domota contre François Fion, par Mathilde Larrère à Arrêt sur image

Elie Domota contre François Fillon, par Mathilde Larrère à Arrêt sur image

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01 mars 2017

Camarades

CAMARADES

Une élection approche qui verra, si elle a lieu et quelle que soit le cas échéant la nouvelle présidence, la reconduction d'une politique exercée depuis des dizaines d'années en faveur des capitalistes et de leur Empire-marchand destructeur et sans avenir. Partout là où règnent la marchandise et la religion de l'argent, ne peuvent continuer corollairement de régner que la misère pour le plus grand nombre et la dévastation de notre décor naturel - l'Histoire l'a d'ores et déjà suffisamment montré.

Depuis près de 50 ans maintenant, qui plus est, nous assistons à l'agonie de l'appareil capitaliste. Cette agonie est sans retour et ne trouve plus guère pour se justifier et durer que cette violence toujours plus grande qu'elle exerce contre nous, et ce jusqu'à n'avoir plus rien à nous proposer de désirable que la disparition-de-notre-humanité, qu'elle nomme transhumanisme, et dont la police est un avant-goût cuisant.

En tant qu'elle n'est qu'un dispositif parmi d'autres qui concourt à nous maintenir dans la soumission au capital et à son agonie post-humaine, l'élection n'est de notre liberté que cette antithèse qui ne peut que contribuer à nous conduire au désastre. C'est pourquoi il s'agit dès à présent d'en empêcher la tenue, c'est pourquoi il s'agira si toutefois elle devait avoir lieu de n'en tenir aucun compte, c'est pourquoi, en bref, nous appelons chacune et chacun à s'organiser au plus tôt afin qu'advienne dans les meilleurs conditions possibles ce qui s'avère de toutes façons inévitable : LA

REVOLUTION

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06 février 2017

Bulletin théorico-informationnel du comité A.E.C. - n°01

Revue l'écoeurement n°01 - page 1

Revue l'écoeurement n°01 page 2 finale

En PDF ici !

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01 février 2017

Ni à Notre-Dame-des-Landes ni à Bure !

Ni à Notre-Dame-des-Landes ni à Bure !

À l’heure où des menaces pèsent sur le Bois Lejuc, tout le mouvement anti-aéroport manifeste son soutien aux opposant.e.s de Bure. Du grand ouest au grand est, nous résisterons ensemble et avec la même détermination contre toute tentative d’expulsion des un.e.s ou des autres !
Opposants à CIGÉO ou à l’aéroport, retrouvons nous tou.te.s le 18 février pour marcher sur la forêt libérée.

En résistance contre CIGEO [1], projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, nos ami-e-s de l’est de la France ont tenus l’ANDRA [2] en échec tout au long de l’année 2016. Blocage des forages préliminaires, occupation, puis réoccupation du Bois LeJuc… En août, illes ont remporté une victoire juridique historique en faisant condamner l’ANDRA pour défrichement illégal. Deux semaines plus tard, le long mur en béton censé sécuriser le chantier est tombé. La forêt libérée a alors vu fleurir barricades et cabanes perchées dans les arbres.
Cependant une nouvelle expulsion et une reprise des travaux est possible à partir de février. L’ANDRA doit défricher certaines parcelles avant la période de nidification à la mi-mars.

Une grande manifestation aura lieu le 18 février à Bure. Ici comme là-bas, la richesse des composantes de lutte et la diversité des pratiques font la force du mouvement contre CIGEO, AGO et leur monde rempli de projets nuisibles et dangereux.

En cas d’expulsion, nous appelons à converger sur Bure et multiplier les actions de soutien. Quoiqu’il arrive, restons attenti-ves aux appels de nos ami-es en lutte, sur leur site www.vmc.camp !

Résistance et affouages ! ANDRA dégage !

Notes :

1 - CIGEO : Centre Industriel de stockage GEOlogique

2 - ANDRA : Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs


La Coordination des opposants au projet de Notre Dame des Landes (associations, collectifs, syndicats et mouvements politiques) : ACCV – ACIPA – ADECA – AEI – AGISSONS POUR L’AVENIR – A L’EST DE L’ERDRE – ANDE – ATTAC – BIEN VIVRE A VIGNEUX – BREIZHISTANCE – BRETAGNE VIVANTE – CANVA – CAORRE – CAP 21 – CEDPA – CELA – COLLECTIF ANTI MAREES NOIRES – COLLECTIF COURT CIRCUIT- PAYSANNE – DECROISSANCE 44 – DU RELIEF A LA MONTAGNE – DLR – ECOLOGIE SOLIDARITE – EELV – ENESEMBLE 44 – FASE – FAUCHEURS VOLONTAIRES – FECONFEDERATION A 44 – FNAUT – GAB 44 – GAUCHE ANTICAPITALISTE 44 – GAUCHE UNITAIRE – GENERATION ECOLOGIE 44 – GND – GREENPEACE – LES ALTERNATIFS 44 – LES AMI.E.S DE LA CONF – LES AMIS DE LA TERRE 44 – LES DESOBEISSANTS – LPO 44 – MALICE – MEI – MOC – MODEM 44 – NATUR ACTION – NATURE AVENIR – NATURE ET PROGRES – NOUVELLE DONNE – NPA – OBSLAB – PARDEM – PG – PLACE AU PEUPLE – REZE A GAUCHE TOUTE – SOLIDARITES ECOLOGIE – SDN LOIRE ET VILAINE – SDN PAYS NANTAIS – SOS LOIRE VIVANTE – SEVRE PROPRE 2015 – UNION SYNDICALE SOLIDAIRES 44 – VIVRE A SUCE – VIVRE A TREILLIERES – VERTOU ECOLOGIE SOLIDARITE


ainsi que les NATURALISTES EN LUTTE et HABITANT-E-S de la ZAD (cf : Expansive.info)

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15 décembre 2016

Auc Champs-Élysées du vice électoraliste

Aux Champs-Élysées du vice électoraliste
de la présidentielle 2017 en France

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De la fonte redoublée des glaces au Brexit anglais, des contestés jeux olympiques de Rio à la victoire de Donald Trump aux États-Unis, de Notre-Dame-des-Landes à la chute de Matteo Renzi en Italie, en passant par la révolte des Sioux et l'apostasie de présidence inaugurée en France par l'ectoplasmique François Hollande, tout ou presque tout(1), en 2016, aura échappé à « l'intelligence » du vieux pouvoir politique, et montré un épuisement d'icelui qu'aucun clignement d’œil médiatique ne parviendra plus maintenant à déguiser.
C'est qu'à l'approche du désastre définitif, la catastrophe en cours depuis longtemps devait nécessairement devenir toujours plus visible aux yeux de la plèbe, qui a dès lors commencé de réagir en conséquence, quoique encore très diversement et avec plus ou moins d'efficience. Partout en tout cas là où sévissait il y a peu un certain sommeil de l'être, une émotion renaît qui voit les luttes se multiplier, déplacer les fronts, alterner les intensités du conflit, et ouvrir des interstices où les trajectoires de chacun se traversent et renouent avec l'en-commun. Ici ou là, des faucheuses et faucheurs de chaises aux lanceurs et lanceuses de cocktails molotov, nous commençons de renouer des liens avec des formes-de-vie réelle(s) qu'aucune économie de la survie imposée ne saurait plus enceindre.

En France, toutefois, l'élection présidentielle – dont le spectacle entamé depuis longtemps déjà devrait logiquement culminer en mai prochain dans la plus complète insanité -, semble avoir replongé un assez grand nombre d'habitants dans une expectative qui, sans être une palinodie, a quand même beaucoup d'un retour à la plus absurde dévotion au dispositif électoral, et par là même à la domination impérialo-marchande. Là en effet où le printemps 2016 et « sa loi-travail » nous avaient vu nous révolter jusqu'à en mettre debout la nuit même, l'automne, lui, malgré quantité d'escarmouches, n'a pour l'essentiel été qu'un hiver précoce ; l'augmentation des inscriptions sur les listes électorales semble en témoigner.

Le dispositif dit démocratique du suffrage universel visant à nommer au-dessus de soi un ou plusieurs dirigeants tient bien plus pourtant du plébiscite(2) que de la « fête populaire », et c'est d'ailleurs en quoi d'emblée il contient en lui-même la dictature(3) - comme disait Marcuse, le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves(4) , il ne faut pas rêver ; que d'aucuns puissent encore espérer un changement positif à l'issue de la prochaine élection présidentielle après tant de déconvenues successives a dès lors de quoi étonner - mais peut-être n'avons-nous affaire là qu'avec une apparence trompeuse.


Il y a fort à parier, en effet, que sentant la fin proche du monde tel qu'il est, chacun entende présentement jouer un dernier coup de dés afin au moins pour certains de sauver les meubles, pour d'autres de renverser la table. L'option François Fillon pour les premiers, la progression de Jean-Luc Mélenchon et la stabilité de Marine Le Pen pour les seconds n'énoncent d'ailleurs rien d'autres, et le résultat de la présidentielle 2017 ne saurait plus guère autrement susciter la surprise qu'en étant sans surprise.

L'état confus de la situation politique française et mondiale ouvre de toutes façons la porte à tous les possibles, et rend bien aussitôt par là même caduc tout effet propre à stupéfier.

Quelle que soit l'issue de l'élection, la stupéfaction viendra d'ailleurs ; c'est pourquoi le pouvoir en place a d'ores et déjà prolonger l’État d'urgence au-delà de son propre mandat, et demande à la police et l'armée de multiplier les exercices contre-insurrectionnels.

L'assemblée nationale et l’Élysée n'étant plus après tout que des centres vides hantés par des âmes vides, l'évidence de leur inflammabilité reparaît à beaucoup, et la commune – c'est entendu, et, outre l'habituelle duplicité de la canaille syndicaliste, l'échéance n'a pu être évité jusqu'ici qu'à grand renfort de spectacle médiatico-politique visant à faire accroire encore que les divergences réelles qui parcourent la « société » seraient solubles dans l’État souverain. Autrement dit, on veut faire passer ce qui a tout d'une guerre civile pour un simple débat sur des détails, et ce qui a tout d'un simple débat sur des détails pour une guerre civile, guerre civile que le dispositif électorale seul permettrait de réaliser telle une Pax Romana.

Chacun une fois encore sans doute fera semblant d'être dupe jusqu'en avril-mai, guère plus longtemps, tant il appert que la présidentielle qui vient ne saura qu'entériner de nouveau le désert de l'avoir contre l'être ; les grecs n'ont-ils pas élu Tsipras et son parti Siriza en 2015(5).

Rien, en 2017, ne viendra plus dissimuler ceci que, de l'extrême-gauche officiel à l'extrême-droite, toutes les politiques étatiques travaillent à sauver ce qui reste du capital, comme au maintien de leur propre domination à sa suite – l’État d'exception permanent n'étant là que la confirmation devenue partout visible(6) qu'un tel constat ne connaît pas d'exception.

L'insurrection, dès lors, devient en France le plus inévitable des possibles, aussi sûrement que le plus impérieusement nécessaire. Souhaitons cependant que nul n'y court par trop naïvement, la commune de Paris jadis et l'exemple syrien à présent ont assez montré déjà combien la domination impérialo-marchande était peu encline à supporter longtemps la présence de révolutionnaires s'organisant en dehors d'elle ; tous les régnants ont toujours été d'impitoyables seigneurs de guerre en puissance.

Mais si la peur est légitime, elle n'arrête pas l'exigence de vivre.
Tous les règnes ont une fin.

Vive la commune !

Le 15 décembre 2016


Note

1 – Il est notable que Bashar Al Assad et Vladimir Poutine, entre autres, en bon seigneur de guerre, ont su quant à eux faire preuve d'un savoir faire tant claustwitzien que machiavélique dans la gestion du conflit syrien, lequel, avant de devenir une « boucherie », avait d'abord été une tentative révolutionnaire.

2 – Lire à cet égard « Lettre à nos cousins d'Amérique », sur Lundimatin (https://lundi.am/LETTRE-A-NOS-COUSINS-D-AMERIQUE)

3 – De Napoléon III à Adolphe Hitler, c'est bien par le dispositif électoral que le pouvoir fut pris. Mais, quelque soit l'élu, nous pouvons toujours déjà parler de dictature, puisqu'il s'agit bien toujours d'une personne qui des électeurs reçoit temporairement les pleins pouvoirs ou au moins la possibilité légale d'en user.

4 – L'Homme unidimensionnel, Herbert Marcuse

5 – Voir l'article « La contre-insurrection qui vient, modestes propos sur la situation grecque » : http://ecoeuretcuisine.canalblog.com/archives/2015/05/04/31999592.html

6 – On nous habitue depuis de nombreuses années, depuis le plan vigipirate en 1995 pour ce qui est de la France, à une présence policière et militaire – sans parler des caméras de surveillance - qui ne laisse pas de confirmer que le contrôle des populations est devenu une priorité pour la plupart des États souverains.

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29 novembre 2016

Lettre à nos cousins d'Amérique

LETTRE A NOS COUSINS D'AMÉRIQUE

 

Aujourd’hui, très rares sont ceux qui savent encore ce que sont ou plutôt ce qu’étaient l’État et le politique (et donc « l’histoire »).

Lettre d’Alexandre Kojève à Carl Schmitt (28 juin 1955)

 

Ainsi donc, le Joker a pris la Maison Blanche. Et ce n’était pas prévu dans le scénario. Il n’a pas eu besoin d’un camion bourré d’explosifs ni d’un compte-à-rebours défilant sur une horloge à cristaux liquides. Il s’est contenté de se présenter aux élections, le plus démocratiquement du monde, et il les a gagnées.

La nouvelle a été universellement accueillie dans l’incrédulité, affligée pour les uns, exultante pour les autres. C’est toujours un événement, en ce monde, qu’une vérité vienne au jour et se manifeste ; il est alors de coutume de l’enterrer aussi vite que possible sous des tombereaux de « commentaires », d’« explications » et autres bavardages. On révoque le fait advenu au motif qu’il n’aurait pas dû arriver, que c’est un accident. Le problème, c’est qu’à mesure que l’accident devient la règle, que le Brexit l’emporte au Royaume-Uni ou le sanglant Duterte aux Philippines, on a de plus en plus de mal à masquer l’irréalité de « ce qui devrait être ». Disqualifier comme « fasciste » le résultat de procédures que l’on répute « démocratiques » par ailleurs ne fait qu’ajouter à la malhonnêteté, et à l’aberration.

L’élection de Donald Trump à la présidence américaine, prenons-la plutôt comme un moment de vérité. Formulons les vérités anciennes ou nouvelles qui y éclatent. Voyons le réel que cela dessine, et comment s’y orienter dès lors.

1 – L’élection n’a rien d’une procédure « démocratique ». Elle a été pratiquée dans toutes sortes de régimes monarchiques. Le Pape lui-même est un élu. Le suffrage universel est une procédure plébiscitaire. Le plébiscite a toujours été plébiscité par les dictateurs. Ainsi, le premier Président de la République « élu démocratiquement » en France fut le dictateur Louis-Napoléon Bonaparte.

2 – La dictature est une institution, et non la négation de toute institution. Elle a été inventée par la république romaine afin de faire face le plus efficacement possible à une situation d’urgence – une sécession de la plèbe, par exemple. Si le dictateur se voit attribué les pleins pouvoirs, c’est afin de sauver la République ou de rétablir la « situation normale ». La dictature est une institution républicaine.

3 – La politique est essentiellement l’art de la manipulation des apparences, du faux-semblant, du stratagème, des jeux à trois bandes, du coup d’État permanent, de la mauvaise foi et de la domination, bref : du mensonge efficace. Quoi de plus logique que d’élire comme président un menteur patenté ? Ceux qui voient dans cette élection le triomphe d’une politique de la « post-vérité » parce que le vainqueur du jour ne s’est jamais soucié de « respecter les faits » tentent lamentablement d’occulter l’évidence que s’il a été élu, c’est précisément parce qu’il incarnait la vérité de la politique, la vérité de son mensonge. Ce qui rend la gauche partout haïssable, c’est de mentir sur le mensonge en faisant de la politique avec des bons sentiments. Chaque fois que la gauche s’en est pris à l’obscénité de Trump, elle n’a donné à entendre que le caractère faux-cul de son propre moralisme. La retenue dont la gauche se prévaut est aussi bien retenue de la vérité, qui éternise le règne du mensonge. C’est ainsi que Trump est devenu, pour certains, le nom de la fin du mensonge. Il leur manque seulement d’avoir lu Gracian, qui disait de l’homme de cour : « Quand son artifice est connu, il raffine sa dissimulation, en se servant de la vérité même pour tromper. Il change de jeu et de batterie pour changer de ruse. Son artifice est de n’en avoir plus. »

4 – Si gouverner se réduit, de nos jours, à l’exercice d’une communication d’urgence ; si les hommes politiques ne font plus que jouer leur propre rôle dans une sorte de spectacle de divertissement accessible à tous ; s’ils ne s’attachent ainsi qu’à repousser jour après jour l’examen de l’ensemble des questions vitales dont l’irrésolution mine nos existences ; si l’exercice du pouvoir d’État ne vise plus qu’à fournir un leurre permettant à tous ceux qui détiennent un réel pouvoir, parce qu’ils ont des intérêts réels dans le monde, de continuer à les servir ; si donc le gouvernement n’est plus dans le gouvernement et si ses palais sont vides ; alors il est hautement rationnel d’élire comme président un bateleur professionnel issu de la télé-réalité. Un guignol est tout simplement le meilleur candidat pour jouer le rôle principal dans un théâtre de guignols.

5 - Depuis le temps que la « démocratie est en crise », les experts se perdent en considérations superflues sur le « vote d’adhésion » et le « vote de protestation ». Ils seraient bien avisés d’ajouter à leurs pauvres catégories un nouveau venu : le « vote de mépris ». On ne peut tenir pour rien le fait que tout un ensemble d’ennemis libertariens de tout gouvernement ait voté pour Donald Trump. Porter un être méprisable à une fonction que l’on méprise, mettre un personnage grotesque à la tête d’une instance que l’on juge superflue, y a-t-il façon plus efficace de manifester son inanité ? Faire du néant le président est une façon comme une autre d’anéantir la fonction présidentielle. Il n’en demeure pas moins loisible à chacun de se croire malin en déplorant le triomphe de l’« idiocratie ».

6 – La rencontre avec l’homme blanc a laissé un souvenir impérissable à un certain nombre de peuples amérindiens, souvenir qui ne s’est pas perdu là même où les peuples en question ont péri exterminés. De l’avis général, l’homme blanc est un être vulgaire, menteur, insensible, narcissique, féroce, hypocrite, avide de gain, ignorant de tout ce qui l’entoure et pour qui rien n’est sacré ; c’est un criminel, un violeur, un nihiliste, un malade, un misérable jusque dans l’opulence. En se donnant un dégénéré de la trempe de Donald Trump pour président de « l’hémisphère occidental », les citoyens des État-Unis ont tenu à faire de cette vérité un fait éclatant, et pour certains aveuglant. [1]

7 – Partout dans le monde l’édifice juridico-formel de l’État est en voie d’être démantelé au nom du critère policier de l’efficacité, qui ne coïncide pas par hasard avec un idéal du management. Là où les fins font défaut, que reste-t-il comme finalité présentable que l’intensification infinie des moyens purs ? Purges d’ampleur soviétique, répression à balles réelles, incarcération de masse, « lutte contre le terrorisme », état d’urgence, « politique d’immigration », propagande éhontée, « lutte contre la drogue », massacres paramilitaires et citoyens, liquidations d’opposants sans élucidation prévue : ce n’est pas que « l’état d’exception devient la norme », c’est qu’une certaine forme de gouvernementalité se propage à vive allure à travers le monde. Le président Duterte, le « Trump philippin », qui propose le nombre d’exécutions extra-judiciaires dans les rues du pays comme mesure de l’efficacité de sa politique, et incite les citoyens à se joindre d’enthousiasme au bain de sang, indique une voie en même temps qu’un nouveau paradigme de l’exercice du pouvoir, tout en « transgression ». Évidemment que le plus inquiétant dans ce paradigme philippin est qu’il y ait encore là des associations de défense des droits de l’homme qui s’interrogent publiquement si l’on ne serait pas en train de « sortir de l’État de droit ».

8 – La civilisation occidentale n’en finit plus de finir. Cela fait partie, depuis plus d’un siècle maintenant, de la torture qu’elle s’inflige à elle-même ; à tel point que même ses plus fanatiques partisans n’y tenaient plus. Ils ont donc voté pour Donald Trump en un immense « Qu’on en finisse ! ». Ils ont littéralement préféré une fin effroyable à un effroi sans fin. Ce qui s’exprime ici, c’est en même temps qu’un certain goût calviniste de l’apocalypse une volonté de catastrophe proprement occidentale. Il y a là une façon de céder au vertige, de cesser de se retenir, un besoin d’affrontement décisif, ou pour dire cela en termes théologiques une rupture du katechon qui sera suivi d’effets, bien au-delà des États-Unis.

9 – Depuis sa naissance grecque, la démocratie travaille essentiellement à conjurer la guerre civile - la guerre civile qui lui a donné naissance non moins que celle qui lui permet de se maintenir, mais surtout la guerre civile en tant que réalité ultime de la coexistence entre les différentes formes-de-vie, humaines et non-humaines. La guerre extérieure est, elle, depuis Athènes, la façon la plus banale de conjurer la guerre intestine. C’est un trait de la démocratie que de traiter ses ennemis en « ennemis de la civilisation », en « barbares », en « monstres », en « criminels » et plus récemment en « terroristes », bref : de les rejeter en dehors de « l’humanité ». C’est cette façon de mener la guerre que Trump a « rapatrié à la maison », a ramené au sein même de la politique classique, en traitant Hillary Clinton non en adversaire avec qui il y aurait à débattre, mais en « criminelle » qu’il jurait d’envoyer en prison. C’est ainsi que la politique démocratique est, une nouvelle fois, devenue la continuation de la guerre par d’autres moyens. Entre gens distingués, longtemps, on a préféré parler de « pacification » plutôt que de contre-insurrection. Ce n’est manifestement plus le cas. Si la démocratie est essentiellement cette forme de la guerre civile qui consiste à nier la guerre civile, un certain nombre de citoyens des États-Unis ont voulu qu’elle soit désormais visiblement ce qu’elle est essentiellement. Voilà l’un des premiers pas que la démocratie en Amérique fait hors des sentiers prévus par Tocqueville, précédée, dans cette voie, par la Russie.

10 – La victoire de Trump se présente si évidemment comme la revanche des vaincus de la Guerre Civile américaine des années 1860 que le risque est grand, tout en percevant enfin le continuum souterrain de la guerre civile, de le voir comme celui d’une malédiction qu’il faut déplorer, et non comme un fait qu’il faut assumer. Cette élection peut fonctionner, par-delà le caractère fantoche de la présidence états-unienne, comme un signal de vengeance, comme un blanc-seing donné à la police pour assassiner autant de Noirs et de gauchistes qu’elle l’entend. Il est toujours difficile de pardonner à ses victimes tout le mal qu’on leur a fait. Et il est vrai que les partisans de Trump ont l’air, dans l’ensemble, bien armés. Mais on peut aussi imaginer que la folie manifeste du nouveau gouvernement le mette face à une nouvelle guerre de sécession à front renversé, que l’illégitimité du nouveau pouvoir nourrisse une fragmentation infinie du territoire national, une fin des États-Unis d’Amérique, où à la multiplication des milices répondrait enfin la multiplication des communes. Ce qu’il y a d’essentiellement inéligible dans le personnage pourrait tuer, par contact, la fonction qu’il devait occuper, et le système dans lequel cette fonction s’inscrivait. L’aberration régnant au centre pourrait amener la fin de toute centralité. Plus d’État, que des territoires à parcourir, ou à éviter. Fin des hégémonies. Puis contagion de discrédit parmi l’ensemble des dirigeants occidentaux par simple contact avec Trump : comment encore prendre au sérieux un chef d’État qui fait semblant de prendre au sérieux ce Donald ? Une dernière question pour la route : qu’adviendra-t-il de l’administration des choses et du gouvernement des hommes, lorsqu’ils ne pourront plus revêtir le masque impersonnel de l’État ?

Nous vous envoyons ces quelques pensées de France, chers cousins, pour vous dire que vous n’êtes pas seuls, quel que soit le sort que le système électoral nous réservera à nous, ici, dans quelques mois, ou pas. (Cf : Lundi matin)

Washington l'esclavagiste

Note

[1Nous nous permettons de leur recommander, pour approfondir cette intuition, la lecture de l’article méconnu de Georges Devereux « La schizophrénie, psychose ethnique ou la schizophrénie sans larmes ».

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18 octobre 2016

Pourquoi nous détestons la police

Pourquoi nous détestons la police

 

Parce que bientôt plus un geste, plus une rue, plus aucun recoin de nos existences n'échapperont à sa surveillance, à sa manière mal embouchée de punir. Nous détestons la police, oui, parce que nous détestons le contrôle.

Nous détestons la police, parce qu'elle est cette incarnation sur le terrain de nos existences de tout ce qui veut notre bien au détriment de nous-mêmes. Nous détestons la police, oui, parce qu'en enfants perdus et joyeux que nous sommes, nous refusons toutefois d'être infantilisés.

Nous détestons la police, parce qu'elle a pour objet de nous enceindre dans une légalité qui n'a rien d'une partie de plaisir, puisqu'il est patent que la loi, en se fondant sur l'exception, ne garantit jamais la liberté mais bel et bien toujours l'exclusion. Autrement dit, nous détestons la police parce qu'elle est ce dispositif qui assure férocement le maintient de la plèbe dans une situation de survie misérable, et qu'il s'ensuit qu'elle a pour fonction principale de protéger ceux qui ont de ceux qui n'ont pas, "l'individualiste" avoir-marchand mortifère de l'être-en-commun libre et vital - nous sommes contre la police parce que de notre côté nous ne voulons que le règne égalitaire du don et du partage, et qu'aucun autre règne ne saurait trouver grâce à nos yeux.

Nous détestons la police, parce qu'elle ne nous fait que tristement rire, non pas d'elle, mais à ses dépens lors de ces quelques moments où nous sommes happés par le jeu ou par l'un de ces fameux chefs-d'oeuvre dont le cinéma français possède le secret, tel que le très sérieux "gendarme de Saint-Tropez", ou le ô combien comique "L627".

Nous détestons la police, parce qu'elle est cet appareil de coagulation des choses telles qu'elles sont présentement, cet appareil au sein duquel dès lors rien n'est plus aimable que l'incompétence : un "bon flicard" s'avère toujours plus nuisible à la vie réelle qu'un flic inefficace. Nous la détestons, parce qu'en tant que bras armé de ce qui nous tue lentement mais sûrement, elle est l'un des principaux remparts empêchant l'effondrement d'une civilisation à l'agonie pourtant depuis près de cinquante ans.

Nous détestons la police parce qu'il n'y a d'ordre qu'injuste et inégalitaire - et d'abord injuste d'être inégalitaire -, et que nous sommes pour cette égalité sans laquelle n'existe ni justice ni liberté. Nous la détestons, oui, parce qu'elle a presque toujours été du côté des collaborations les plus funestes, parce qu'elle a permis nombre de rafles et déporté nos aïeux dans des camps, parce qu'elle a noyé certains de nos parents dans la seine, enfermé expulsé ou tué nos ami.e.s, parce que nous n'oublions ni Mesrine ni Baader ni Meinhof ni Malik Oussekine, ni Rémi Fraisse ni Zied et Bouna, ni non plus tant d'autres qui chaque année se pendent soi-disant aux radiateurs des commissariats, et nous en passons.

Bref, nous détestons la police, oui, parce qu'entre la vie que nous exigeons et la misérable survie à laquelle présentement l'Empire-marchand nous assigne, celle-ci sera toujours cet obstacle qui nous fait face afin de sauvegarder la seconde, et plus encore maintenant qu'elle est à son crépuscule.

Enfin, parce que la police est la pseudo-paix réellement armée pour la guerre "sociale",

nous assumons ici de nous organiser contre elle pour assurer notre auto-défense.

L'A.E.C., le 18 octobre 2016

 

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Ce texte est tiré d'un autre (dont nous ignorons l'origine) que nous avons légèrement modifié, notamment en remplaçant "nous haïssons" par "nous détestons", parce que de notre côté nous ignorons la haine, laquelle par ailleurs nous semble toujours plus excessive que radicale. Que la détestation nous suffise, c'est l'évidence, et la colère qui l'accompagne.

Nous laissons à dispositon ci-dessous le texte d'origine :

Pourquoi nous haïssons la police

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18 juin 2016

Car révolution n'est pas un mot dans nos bouches, mais un feu dans notre cœur

« Quatre jours de débat autour du casseur invisible, puis une semaine autour de la police et de ses méthodes. C’est, à tout prendre, la meilleure manière de ne pas parler de ce qui se passe en ce moment même, dans tant de villes du pays. »


Quoi ? Depuis que vous êtes établi en corps du peuple, vous n’avez pas encore le secret d’obliger tous les riches à faire travailler tous les pauvres ? Vous n’en êtes donc pas aux premiers éléments de la police."

Voltaire

 

La lumière de la publicité obscurcit tout. C’est sa vocation. Mais il y a des moments où le caractère dilatoire du débat public atteint un point de comble. Tout se qui s’y dit ajoute à la confusion, jusqu’à ce que celle-ci soit totale ; il est temps alors de se reposer et de partir en week-end. Nous venons de vivre dix jours d’un tel paroxysme. Quatre jours de débat autour du casseur invisible, puis une semaine autour de la police et de ses méthodes. C’est, à tout prendre, la meilleure manière de ne pas parler de ce qui se passe en ce moment même, dans tant de villes du pays.

Faut-il commencer par dire ce qui est, puis donner à voir les stratégies visant à le recouvrir, ou décrire d’abord le théâtre des opérations gouvernementales et seulement ensuite l’obscur objet de tant de manœuvres ? Pour une fois, on choisira la première méthode d’exposition.

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Ce qui se passe en ce moment en France, on l’a assez dit, ne peut être décrit comme un « mouvement », a fortiori comme un « mouvement social », dont on pourrait guetter la fin et disserter chaque semaine sur les signes qui l’annoncent. Nous sommes entrés dans une phase politique de plateau, un moment de forte intensité conflictuelle qui durera jusqu’à la présidentielle et qui prendra des formes, traversera des luttes très différentes durant cette période ; et qui aura effectivement eu pour signal de départ la loi de trop – la loi « travaille ! ». Ce qui se passe depuis le 9 mars, c’est que des forces autonomes sont en train de s’agréger. Ce qui ne cesse de croître depuis lors, ce n’est ni la combativité des centrales syndicales, ni le nombre des participants aux AG de Nuit Debout, mais la masse de manifestants déterminés à prendre la tête des cortèges officiels, en dehors de toute affiliation. Se donne alors à voir dans la rue un processus plus souterrain : la rencontre de semaine en semaine plus consistante entre des bandes de lycéens, d’étudiants, de syndicalistes sincères, de chômeurs, de salariés, de déçus de toutes sortes de provenance et dont le dénominateur commun est qu’ils sont déterminés à ne plus être gouvernés comme ils l’ont été, et pour certains à ne plus être gouvernés du tout. Si la police, les médias ou les services d’ordre des syndicats ont tant de mal avec cette agrégation qui tient désormais la tête des manifestations, c’est précisément parce qu’elle est inassignable, que chacun est ici sorti de sa case et que tout cela peut faire bloc, mais n’est pas un bloc. Nul n’est plus à sa place. Ici commence la fin du maintien de l’ordre.

C’est ce surgissement qui rend si fébrile le régime, et d’abord le ministère de l’Intérieur. Cette puissance qui ne cesse de passer des paliers – qui commence à occuper des lieux en dur, et non plus des places désertes, qui commence à maîtriser l’usage des banderoles renforcées, des cagoules, des masques à gaz et des grilles d’arbre en fonte pour débiter du pavé ou du bitume – vise le renversement de l’état de choses existant, et donc fatalement celui du régime. Son premier effet d’ensemble est de rendre impossible le lancement de la campagne présidentielle, tant l’intensité politique qu’elle porte s’impose à l’insignifiant « débat politique ». Sa victoire, si victoire il y a, résidera dans le fait de déployer une richesse de formes et de vie telle, dans l’année qui vient, que la politique telle que nous l’avons connue disparaîtra sans regret et l’élection présidentielle n’aura pas lieu. Elle a vocation à finir ce monde finissant mais qui voudrait bien encore finir pendant quelques siècles. Nous parlons d’un mélange de désertions, de luttes hors contrôle, de soulèvements, de destitutions, qui sont comme la conclusion logique à l’état de discrédit du personnel d’encadrement de cette société. Quoi de plus naturel que de renverser ceux dont le pouvoir vous semble obscène ? Or c’est cette question stratégique du soulèvement et de la destitution que viennent opportunément occulter tous les débats publics, toute les discussions en AG sur la question de la « violence », des « casseurs » et de la police. L’histoire nous apprend que l’on ne parle plus de la « violence » des insurgés dès lors qu’ils ont vaincu. S’il y a une question qui devrait occuper toutes nos discussions et solliciter toute notre intelligence, c’est de savoir comment nous allons réussir à renverser ce qui nous gouverne une fois pour toutes. Cette visée, au reste, est partagée par le plus sauvage des émeutiers comme par le plus pacifiste des votants de Nuit debout, quel que soit le désaccord sur les moyens à employer.

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Une fois cela posé, les événements des dix derniers jours sont infiniment plus lisibles.

Le 28 après-midi, le ministère de l’Intérieur commence à prendre la mesure de la force accumulée contre lui dans tout le pays, et de la rage qui l’habite : dans un grand nombre de villes, les manifestations ont viré à l’émeute. Les slogans entendus récapitulent dix années de mûrissement sous-jacent : dans la capitale, le « Paris, debout ! Soulève-toi ! » remonte des moments forts de la lutte anti-CPE tandis que « tout le monde déteste la police » atteste que la mort de Rémi Fraisse n’est pas en voie d’être pardonnée. Dans le même temps, Gazeneuve apprend qu’à la suite d’une opération lynchage menée par la BRI de Rennes – un groupe d’une trentaine de policiers a pris à revers, en empruntant le métro, un cortège de manifestants qui refluait pour l’attaquer de dos, sans sommation, et mettre en pièces ceux qui tenaient une banderole renforcée – un étudiant a perdu un œil : un flic lui a tiré dessus au LBD 40 à deux mètres de distance. Il faut en urgence communiquer, c’est-à-dire présenter une version du réel qui défie tant les faits que la plus simple logique mais qui semble, au prix d’une petite opération magique, tout à fait normale. En l’espèce, il faut d’un côté devancer l’effet de déflagration probable de ce qui s’est passé à Rennes et, de l’autre, livrer une explication des émeutes qui en limite la propagation. On monte donc en épingle le cas d’un policier en civil qui s’est fait casser la mâchoire à Paris lors d’une mauvaise manœuvre de maintien de l’ordre en disant qu’il est hospitalisé, « très grièvement blessé », « en urgence absolue », etc., puis, comme cela passe, on hausse à trois le nombre des fonctionnaires « grièvement blessés », et l’on s’empresse de dresser la martyrologie policière de la journée : des dizaines de policiers atteints, des centaines depuis le début du mouvement, un scandale – tout cela doit cesser. Il s’agit d’insinuer dans les esprits que c’est la police qui serait la véritable victime de ce mouvement, et non tous ceux qui se font régulièrement fracasser la tête à coups de matraques, éborgner à coups de flashball, gazer ou meurtrir la chair par des grenades de désencerclement. Puis on livre l’explication à tant de désordres : ce n’est pas que ce gouvernement aurait fini par s’attirer une haine éruptive d’à peu près tout le monde, ni que les gens trouveraient un peu olé-olé la loi qu’il compte de toute façon faire adopter, non : ce sont les « casseurs », et même un petit groupe de 200 casseurs « organisés », qu’il s’agit de réduire. Faire du problème public numéro 1 non plus le gouvernement lui-même, mais les « casseurs » et les moyens de les neutraliser, réclame une collaboration sans faille des médias. Or justement, ce qui étonne le gouvernement au premier chef, c’est comment son plan com’, pourtant grossier, fonctionne. Les médias, qui ne comprennent rien à ce qui se passe, mais savent bien qu’ils ont tout à y perdre, s’empressent de reprendre à leur compte toute la panoplie discursive que l’on a si gentiment préparée pour eux. On ne parlera plus, dès lors et pendant trois jours, que de policiers malmenés et de « black bloc », d’« anarchistes », d’« insurrectionnistes », d’« autonomes » - sorte de lie historique qui aurait toujours existé, qui semble se reproduire dans quelque bas-fonds inexplicable de l’histoire où elle mène sa vie parallèle et, telle les rats, investit la ville par vagues dès que l’autorité reflue ; alors elle casse tout sans motif, puis s’en retourne en silence dans son antre crasseuse et certainement souterraine. Ce plan com’ si réussi culmine avec la déclaration martiale de Gazeneuve où il menace, la veille du 1er mai, les manifestants – déclaration qui sonne comme un blanc-seing à la police de casser le nombre de crânes qu’il lui chante, comme au bon temps de Jules Moch, à l’occasion de la fête des travailleurs : « « Je veux indiquer à ceux qui sont dépourvus d’idéal et qui sont animés par le seul instinct de la violence qu’ils seront inlassablement interpellés et poursuivis par les forces de police et par la justice ». Dans le même temps, avec l’approche de l’examen de la loi à l’Assemblée, on entend sonner la fin de récré de « Nuit Debout ». Les organisateurs eux-mêmes sont lassés de ce spectacle qui tourne en rond, dont le processus est relativement incontrôlable et qui n’a plus à leur apporter que des ennuis et des désaveux. L’espoir de certains socialistes de trouver dans « Nuit Debout » un nouveau vivier à canaliser vers le processus présidentiel à coups d’incitation au « réalisme » a fait long feu. C’est ainsi qu’est décidé de vider une première fois manu militari, sans raison valable et sans sommation, la place de la République ce 28 avril au soir. On arguera, ici encore, ici toujours, de quelques « casseurs » inexistants. C’est un coup d’essai, au plan militaire autant que médiatique. Et là aussi, dans cette phase de grande veine, tout passe comme un courrier à la Poste. Les médias, dans l’ensemble absents de la place ce soir-là, reprennent à la virgule près la version policière et ne consacrent que peu de lignes à cette évacuation pourtant osée. En deux mots : tout baigne. Ce qui doit être dit est dit, ce qui doit être tu est tu. Les collègues journalistes font le job. Comme il est bon de bosser à la cellule « communication » de la place Beauvau, avec correspondant de l’AFP à demeure !

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Le terrain est préparé au mieux pour le 1er Mai. L’enchaînement envisagé est de nasser les « casseurs », puis, en ayant ainsi produit le sujet du désordre comme une réalité bien distincte des cortèges syndicaux, d’expulser la place de la République sous prétexte d’infiltration de « Nuit Debout » par ces mêmes « casseurs ». Manque de bol : si les forces autonomes qui tiennent depuis plus d’un mois la tête des cortèges syndicaux sont bien là, leur composition n’a pas la pureté des fantasmes policiers : ce ne sont pas 300 « black blocs » cagoulés et vêtus de noir des pieds à la tête, mais des milliers de manifestants quelconques qui, une fois encerclés, ont des amis dans tout le reste de la manifestation ; manifestation qui ne veut pas se laisser dérouter par la police afin d’isoler, voire contrôler, le cortège des « fauteurs de trouble » ainsi nassés. La tentative de délimiter les « autonomes », comme le 28 avril à Paris, ne marche pas, car il n’y a pas d’ « autonomes », il n’y a que des êtres qui se conduisent, en situation, de manière autonome. Celui qui dit « être autonome » a toujours-déjà cessé de l’être. Et c’est toute la manifestation qui arrive ainsi à la place de la Nation au cri de « nous sommes tous des casseurs » et « tout le monde déteste la police ». Ce qui ne constitue pas un franc succès, du point de vue policier. On expulsera et noiera quand même sous les gaz la place de la République, en arguant de provocations qui n’ont évidemment pas eu lieu. Mais il fallait bien dérouler le plan jusqu’au bout, même s’il ne marche pas ; et puisque l’on avait tout le dispositif sous la main à Nation, il eût été scandaleux de n’en pas faire usage à République. Autour du fiasco du 1er Mai, c’est tout le plan com’ du ministère qui s’est retourné contre lui-même. Tout comme on n’avait parlé que des « casseurs » dans les jours précédents, on n’a plus parlé par la suite que de la police, du maintien de l’ordre et des subtilités de cet art brutal – jusqu’à l’annonce de la manifestation des flics le 18 mai à République. La boucle est bouclée : la police se constitue en force autonome à son tour, en force autonome contre-révolutionnaire. Et elle vient au contact. La police n’est plus un simple instrument aux mains de gouvernants méprisés de tous : précisément parce qu’elle est le dernier levier entre leurs mains, elle est aussi devenue leur maître. Elle peut sans crainte accuser le régime d’être de mèche avec les « casseurs », laissant ainsi entrevoir le traitement qu’elle pourrait réserver, un de ces jours, aux uns comme aux autres. Le régime n’est plus qu’un joujou aux mains de sa police. On a coutume de se plaindre de l’impunité de celle-ci, c’est ne pas comprendre que son impunité est celle du souverain, tout comme son arrogance est celle du parvenu.

Stratégiquement, la situation est des plus simples : nous voulons destituer ce qui nous gouverne ; et ce qui gouverne veut se maintenir, à n’importe quel prix. Il n’y a pas de question de « violence » là-dedans : il y a deux volontés qui s’affrontent : nous voulons les renverser et ils ne le veulent pas. Libre à eux. L’affaire sera tranchée sous les yeux de tous. En attendant, il n’y a plus de position neutre : tous ceux qui s’expriment autour de ce qui gronde en France en ce moment se rangent d’un côté ou de l’autre, pour la destitution du gouvernement ou contre elle. Entre les deux, il n’y a rien. Car « révolution » n’est pas un mot dans nos bouches, mais un feu dans notre cœur.

Lundiam 04

Original à lire sur LundiMatin

Posté par PhilibertdePisan à 08:49 - Nos positions - Commentaires [0] - Permalien [#]
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