Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

13 juin 2019

On va tous crever

On va tous crever

de Sidilarsen (2019)

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11 juin 2019

Dix-septième festivité : Piscines cyclables

Dix-septième festivité : Effrayés à coup sûr par une désertification du monde en cours qu'on ne leur présentait toutefois guère autrement dans les médias que comme un probable effet du réchauffement climatique, et sans doute habités par l'un au moins de ces sombres détours de l'esprit le plus cacochyme dont la bourgeoisie a le secret, 70% des français ne rêvèrent presque plus que de se faire construire, apparemment sans rire, une piscine privée.

Mer d'Aral

Piscine plastique

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15 février 2019

Alerte Grèce

Bonjour à toutes et tous,

Ce message d'information directe et horizontale est de la plus haute importance. Prenez le temps de le lire. Nous sommes actuellement en alerte sur tous les plans : alerte aéroport en Crète, alerte prison pour nos camarades de Rouvikonas, alerte également au niveau des chiffres du chômage et de la dette qui viennent de tomber, alerte enfin concernant le prochain convoi qui va partir d'ici peu vers nos lieux solidaires autogérés à Athènes (dont les réserves sont dramatiquement vides, y compris les occupations solidaires et les cuisines sociales).

Alerte Grèce


ALERTE AÉROPORT

DE KASTELLI EN CRÈTE !!!

La situation se durcit au sud-est d'Héraklion. La menace des grands travaux inutiles et nuisibles se rapproche dangereusement pour les 200 000 oliviers qui risquent d'être coupés. Le ministre grec des transports vient d'annoncer qu'il va se déplacer dès la semaine prochaine à Kastelli pour y signer le contrat de construction et d'exploitation du nouvel aéroport international avec le groupement d'industriels qui veulent se remplir les poches au dépend de la vie sur l'île. Comme d'autres médias du pouvoir, Creta Live ose déjà titrer "Les bulldozers commencent le chantier à Kastelli" :

Alerte grèce 01

En réalité, rien n'est encore perdu. D'abord parce que le ministre et les bulldozers vont avoir droit à un accueil particulièrement agité dans la petite ville crétoise et aux alentours. En effet, la promesse coutumière de créer des emplois à tout prix ne marche pas avec tout le monde ! Une majorité d'habitant-es ne veulent pas qu'on saccage cette haute plaine magnifique. Ensuite, parce qu'une autre nouvelle vient de tomber : des archéologues confirment la présence probable de trois villages antiques (de l'époque minoenne) enfouis sous l'emplacement du futur chantier ! Si la nouvelle était entérinée officiellement, cela signifierait un retard de plusieurs années et, probablement, l'abandon du projet !

Alerte grèce 02

Après l'étape habituelle à Athènes, notre prochain convoi solidaire ira, comme la dernière fois, à Kastelli pour aller soutenir cette lutte. Une lutte sans frontières pour défendre la vie, la nature et la mémoire. La mémoire d'une histoire locale qui a marqué l'Europe et le monde, via Knossos puis Athènes. La nature qui se défend à travers nous. La vie que nous n'abandonnerons jamais à ses exploiteurs.

Alerte grèce 03 copier

Une grande réunion publique aura lieu peu après notre arrivée sur les lieux avec les habitant-es, les membres des collectifs locaux et les membres du convoi (parmi lesquel-les plusieurs zadistes). La défense de Kastelli et de ses oliviers légendaires va rapidement s'intensifier. On vous tiendra bien sûr au courant de la suite et, si nécessaire, on lancera peut-être un appel pour des renforts éventuels.

 

Alerte grèce 04

ALERTE PRISON

POUR ROUVIKONAS !!!

On ne présente plus l'extraordinaire groupe libertaire Rouvikonas (Rubicon), l'un des fleurons de la résistance en Grèce, très populaire, notamment parmi les Grec-ques les plus précaires. Ce groupe sabote régulièrement les négociations avec les institutions européennes et les créanciers, défend formidablement les opprimé-es un peu partout, détruit par exemple les fichiers bancaires des personnes surendetté-es et fait presque quotidiennement la une des journaux télévisés.

Alerte grèce 05

Tout d'abord une petite anecdote qui en dit long : il y a quelque temps, alors que j'attendais le début d'un match de foot dans un kafeneion (bistrot) avec mon fils de 9 ans pour lui faire plaisir, parmi une cinquantaine d'autres téléspectateurs aux opinions probablement très diverses, j'ai pu vérifier avec émotion cette forte popularité. Juste avant le match, un flash-info (breaking news) a annoncé une nouvelle destruction du grand bureau de privatisation du bien commun (super taiped) par Rouvikonas (et donc le retard de la grande braderie programmée). Aussitôt, presque tout le monde dans la salle a crié "Bravo !" bruyamment, en levant les bras au ciel comme s'il s'agissait d'un but ! Mon petit garçon m'a regardé avec un clin d'œil et a partagé ma joie : au fond de notre caverne enfumée, les petites gens opprimées avaient parfaitement compris que ces dizaines de révolutionnaires à blousons noirs prenaient tous les risques pour l'intérêt général. Une prise de conscience politique qui est dans l'air du temps.

Alerte grèce 06

Cependant, depuis quelques jours, nous venons de faire un point complet sur l'ensemble des poursuites judiciaires contre nos camarades de Rouvikonas, en reprenant tous les dossiers avec eux, les uns après les autres, et il s'avère que le risque de la prison approche dangereusement pour beaucoup et menace de stopper ce phénomène politique prodigieux ! En effet, Rouvikonas totalise à ce jour plus de 528 mois de prison, dont 56 mois rien que pour Yorgos (qui intervient avec sa casquette dans L'Amour et la Révolution et qui a déjà passé plus d'un an et demi en prison). Côté amendes et dommages et intérêts, le groupe totalise officiellement plus de 200 000 euros à payer (plusieurs dizaines de procès). A cela s'ajoutent précisément 21 250 euros en frais de Justice. Ce qui est dommage, c'est que si les membres de Rouvikonas pouvaient payer ces jours-amendes, ils pourraient échapper à la plupart des peines de prison (c'est comme ça que ça marche en Grèce pour cette catégorie de délits, un peu comme aux États-Unis). Mais ils/elles sont trop pauvres pour parvenir à payer ces sortes de cautions. Ils/elles sont pour la plupart ouvrier-es, chômeurs/ses et étudiant-es.

Plus précisément, ils/elles sont : manœuvre, soudeur de chantier, électricien, institutrice, serveur, libraire, jardinier, infirmière, marin, éducateur spécialisé, étudiant en philo ou encore livreur... Ils/elles ont absolument besoin de plus de soutien pour éviter la prison et continuer cette lutte extraordinaire et exemplaire en Grèce.

C'est pourquoi nous vous proposons d'essayer ensemble de leur payer la totalité de leurs frais de Justice, soit 21 250 euros. Si, dans les prochains jours, nous parvenons à contribuer nombreux/ses, cet objectif sera à notre portée. Si, en plus, des collectifs veulent bien nous épauler, bras dessus bras dessous, un peu partout en France, Suisse et Belgique, nous pourrons certainement y arriver. Si vous voulez contribuer, vous aussi, merci d'effectuer votre virement (numéro de compte plus bas) avant le 2 mars, en précisant "FRAIS DE JUSTICE RKS" en objet. Pour les structures collectives, donnez-nous votre courriel pour recevoir un accusé de réception qui proviendra directement de Rouvikonas.

 

Alerte grèce 07

ALERTE CONVOI SOLIDAIRE !!!

Hier soir à Lautrec, nous venons de finir l'inventaire de la grande collecte du convoi solidaire qui va partir dans quelques jours vers la Grèce. Nous serons 27 fourgons et 65 camarades de France, Suisse et Belgique : un record !!!

La collecte a été extraordinairement fructueuse en jouets, fournitures scolaires, outils numériques et matériel médical. Les fourgons seront tous pleins (deux de plus auraient pu être remplis). Par contre, cette collecte a été beaucoup plus pauvre que d'habitude en nourriture (adulte et enfant), produits ménagers et hygiène.

Alerte grèce 08

Ça tombe mal, car les réserves sont vides dans nos lieux autogérés à Athènes, notamment à Exarcheia. Les squats NOTARA 26 et SPIROU TRIKOUPI 17, comme d'autres au cœur de l'hiver, ont besoin de nourriture pour les petits comme pour les grands. Idem pour le réseau de cuisines sociales L'AUTRE HUMAIN qui recherche également un véhicule pour les maraudes nocturnes (une voiture break ou un utilitaire d'occasion pourrait suffire, moyennant quelques milliers d'euros).

Alerte grèce 09

Alerte grèce 10

Ces dernières semaines, il a fait exceptionnellement froid à Athènes. Il a même neigé. Idem sur les îles, comme Lesbos par exemple (où se trouve le terrible camp de Moria d'où nous tentons d'exfiltrer des victimes du sinistre accord Union européenne-Turquie).

Des centaines de Grec-ques précaires et d'exilé-es sont récemment mort-es de faim, de froid et de maladies qui auraient pu être soignées. La souffrance, la fatigue et l'exaspération sont immenses et le mouvement social n'arrive plus actuellement à faire face à l'immensité des besoins, dans la solidarité, l'autogestion et la gratuité.

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Malheureusement, l'énorme convoi solidaire qui s'apprête à partir s'avère pauvre en argent. Il est beaucoup plus pauvre qu'à l'habitude. C'est là son point faible, alors que nous voudrions beaucoup plus aider avec vous nos camarades en difficultés. Même si on déteste l'argent, il est l'un des nerfs de la guerre sociale qui se joue en Grèce, à la fois parce qu'il permet de garder en liberté les courageux activistes du groupe Rouvikonas sans cesse menacés de prison et parce qu'il permet aux lieux solidaires autogérés de rester libres et autonomes dans leurs projets conçus en assemblée.

Alerte grèce 12

Habituellement, nos films apportent en moyenne entre les deux-tiers et les trois-quarts de l'argent apporté par les convois. Mais cette fois, c'est plus compliqué. En effet, après avoir fait tourner plusieurs personnages en France en septembre, nous avons envoyé de l'argent en octobre et en novembre (virements), puis apporté des sommes importantes début décembre, durant notre séjour avec un petit groupe venu de France (soutiens à Rouvikonas et Notara, courses pour la cuisine sociale, paiement de l'opération chirurgicale d'un camarade membre-fondateur de Notara privé de couverture maladie malgré une tumeur à un rein, etc.). Ensuite, le 8 décembre : patatras ! J'ai personnellement eu des soucis de santé dès notre retour en France et j'ai dû tout annuler jusqu'au 7 janvier ! Résultat : en seulement un mois de tournée (du 8 janvier au 11 février), tous frais déduits, dont plusieurs soucis imprévus, nous sommes loin, très loin de ce que nous espérions. Lors du convoi de mai 2018, nous avions apporté la marge bénéficiaire de 3 mois de tournée continue, donc trois fois plus !

De votre côté, c'est le même problème : les soutiens sont pour l'instant en nette baisse et beaucoup moins nombreux et c'est tout à fait compréhensible vu le contexte politique et économique dans l'hexagone : lutte ardue des Gilets Jaunes, nombreux pots communs en soutien aux manifestant-e-s poursuivi-e-s ou blessé-e-s, conjoncture économique difficile... Mais ça tombe mal, très mal !

 

Alerte grèce 13

APPEL URGENT À CELLES

ET CEUX QUI LE PEUVENT !!!

C'est pourquoi, à l'occasion de ce convoi solidaire exceptionnel par sa dimension et le moment crucial de son arrivée, nous lançons un appel à toutes celles et ceux qui le peuvent : individus, associations, syndicats, organisations ou collectifs ami-es portant les mêmes valeurs et refusant le sort qui menace la ligne de front qui résiste, s'organise et s'entraide en Grèce.

Alerte grèce 14


Jamais, depuis tant d'années, nous n'avons eu autant besoin de vous !

Yannis Youlountas

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17 décembre 2018

Ecologie du terrorisme

Écologie du terrorisme

Le studio de la terreur

De la démence exotique

La situation présente, en France comme un peu partout ailleurs dans le monde, a tout d'une bâtisse en chute libre dont nous sommes prisonniers, et qui ne nous laisse plus guère que deux espèces d'évasions possibles : mourir sous les décombres – comme à Marseille [1] – ou sortir par le haut – comme s'efforcent de le faire ici ou là un nombre toujours grandissant d'insurgés. En attendant, l'évidence veut qu'une telle chute n'en finisse plus de multiplier aussi les déficients mentaux, dont les plus visibles se présentent généralement au cœur du spectacle médiatique en tant qu'inébranlables commentateurs quotidiens de ladite chute – qu'ils soient journaleux sociologues philosophes ou politicards - et les moins visibles en tant que terroristes ou prétendus tels – qu'ils soient islamistes ou simples homicides sans religion. Pour le dire autrement, cette société pseudo-démocratique et réellement impérialo-marchande, dont plus personne n'ose vanter les mérites sans cligner de l’œil, génère elle-même, de par sa misère propre, les seconds, et elle paye les premiers afin qu'ils en interprètent mensongèrement l'existence : il n'est pas nécessaire en effet qu'un acte dit « terroriste » soit le résultat d'un complot d’État pour que l'emploi médiatico-politique qui en est fait soit quant à lui parfaitement indécent et manipulateur.

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Toute civilisation criminelle a besoin d'un effroyable ennemi face auquel elle ne pourra manquer de passer pour plus acceptable, raisonnable, et bien entendu démocratique ; le terroriste est présentement cet ennemi idéal. C'est pourquoi le spectacle s'empresse toujours bientôt d'enfermer dans cette catégorie quiconque porte atteinte à une vie humaine dans nos rues, en particulier si il est musulman, puisque assurément, pense-t-on, on y gagnera toujours à accorder quelque exotisme à l'affaire. L'exotisme a ceci de spécifique en effet que, si il peut être encore assez souvent d'une grande valeur aux yeux de l'homo-marchandise en vacances à l'étranger, il est assez aisément perçu comme un danger aux yeux de ce même homo-marchandise dès lors qu'il se présente à lui dans les rues de sa propre cité. L'importante médiatisation de l'imbécile théorie du « grand remplacement », dont les vieilles têtes de cadavres Camus Houellebecq et Zemmour, entre autres, sont les apôtres dévoués, en atteste suffisamment. Ce n'est jamais tant toutefois l'origine réelle dudit terroriste qui importe, que la catégorie artificielle dans laquelle peut l'enfermer la sémiotique impérialo-marchande qui, dans le cas qui nous occupe, n'est guère plus que le langage policier du signalement officiel, où le tueur de masse déficient mental devient islamiste et l'inepte raciste devient ultra-droitiste, mais aussi où l'opposant politique quelque peu conséquent devient gauchiste voire parfois islamo-gauchiste, et l'insurgé conscient un casseur un pillard ou un ultra-gauchiste dès lors qu'il passe pour plus organisé. Aussi l'Empire-marchand fait-il régulièrement entrer tout ce petit vocable « exotique », simultanément ou non suivant des nécessités stratégiques qui lui sont propres, dans la catégorie fourre-tout des « individus appartenant à une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ».

De l'intelligence exotique

Il est notable, en particulier, que dans les temps où manquent les névrotiques massacreurs de passants, le spectacle – qui n'ignore plus qu'il ne se maintient que par la peur tant il lui est devenu impossible de se faire aimer – tend à engeôler plus promptement que de coutume dans le fourre-tout susdit une bonne part de ce qui se présente à lui comme une intelligence antagoniste. L'affaire dite de Tarnac en a suffisamment témoigné en 2008. Mais c'est que le terrorisme seul, aux yeux en tout cas de n'importe quel État spectaculaire-marchand, a pour lui d'être assez horrifiant pour justifier l'instauration de lois toujours plus liberticides et sécuritaires, de même qu'une présence policière, voire militaire, sans cesse renforcée : ce qui exige d'être anticipé même par beau temps, l'orage, se doit de l'être plus préventivement encore lorsque le vent se lève, et l'effroi qu'inspire le terroriste trouve justement son prolongement quotidien dans l'omniprésence militaro-policière et son haut potentiel de violence, et ce d'autant plus que la police ne se distingue guère du terrorisme autrement que par la légalité accordée à la violence de ses actes. C'est d'ailleurs pourquoi partout l'existence de l'un vient toujours intensifier et garantir l'existence de l'autre, et vice versa. C'est aussi pourquoi, nous l'avons vu, face à la trop longue absence de meurtriers mentalement déficients – du malheureux ayant soudain pété une durite au profond névrosé tueur de masse en passant par le djihadiste authentique – les services de l’État se devront toujours d'inventer une quelconque cellule ou mouvance terroriste au sein de leurs opposants politiques réels. Ainsi le complotisme du pouvoir en place, bel et bien véritable ici, espère-t-il assez souvent de faire d'une pierre deux coups, d'abord en justifiant et réaffirmant par là sans cesse la nécessité de mettre en œuvre une logique policière et sécuritaire implacable, ensuite en se débarrassant, ne serait-ce que provisoirement, de ses opposants les plus conséquents – qu'à la fin de tels opposants puissent lui faire perdre la face dans un tribunal ou ailleurs lui importe peu ; la calomnie reste, son renversement dans la déconfiture s'oublie [2].

Tarnac 00


De l'intello-démence exotique

Mais le concept de terrorisme est si ouvert, si englobant, du moins dans l'usage qu'en fait l'Empire-marchand, qu'il offre à la sémiotique policière de pouvoir si besoin est n'en forclore pour ainsi dire personne. Aussi la quantité peut-elle s'étendre à l'envie de ces vocables exotiques utilisés afin de provoquer l'inquiétude, et justifier diverses restrictions dans l'existence des personnes abstraitement réduites à ces derniers – de l'interdiction de manifester, par exemple, à l'assignation à résidence. L'apparition d'un vocable particulier dans le champ médiatico-policier dépend évidemment de l'état de la situation à laquelle est confronté le pouvoir : là où l'opposant à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou à l'enfouissement de déchets nucléaire à Bure sera qualifié d'éco-terroriste ou de djihadiste vert, le saboteur de flux économiques sera quant à lui affublé, plus légèrement si on veut, du titre d'anarcho-autonome ou de membre d'une cellule invisible à caractère terroriste. Nous en passons, puisque de toutes façons tout confine ici inlassablement à inventer de nouvelles catégories ayant à répondre à des menaces mouvantes, réelles ou prétendues telles, mais quoi qu'il en soit selon nous très rarement terroristes au contraire de ce que le spectacle veut laisser entendre à travers elles ; la terreur est toujours d’État : elle naît essentiellement de ceci qu'en assujettissant une ou plusieurs personnes à l'une des catégories abstraites susdites, ce dernier les rend « étranges » et par là même dangereux aux yeux de la majorité, et légitime ainsi l'instauration de tous les dispositifs de l'épouvante sécuritaire consacrée au contrôle de toutes et tous - la misère de notre époque veut que le terrorisme et l'anti-terrorisme soient les deux faces d'une même monnaie qui vise à mettre à bas la liberté.

De la possible infortune de l'exotisme

Mais parce qu'aucun État ne peut s'offrir d'enfermer une part trop importante de sa population dans la catégorie générale du terrorisme, le mouvement des gilets jaunes en France a montré une limite a sa sémiotique policière. Aussi a-t-il du se contenter longtemps d'essayer de diviser celui-là en essayant de séparer le bon grain de l'ivraie parmi les révoltés, en opposant le bon gilet jaune au vilain casseur-pillard, et ce toutefois sans pouvoir faire même de ce dernier un terroriste, à cause du trop grand nombre des premiers ayant pris l'habitude de côtoyer les seconds, et surtout parce que les rôles sont bientôt devenu fort souvent interchangeable à l'intérieur du mouvement. Pour le dire simplement, la multiplication des rencontres entre les uns et les autres sur le terrain de l'émeute, qui tend à abolir dans l'action les exotismes abstraits du spectacle, a tôt fait pour beaucoup de reléguer les peurs au loin, et a contraint l'État à se retirer sur une position plus défensive à partir de laquelle il a du montrer son vrai visage, réellement répressif et violent, véritablement terroriste. N'étant cependant pas à une absurdité près, la start-up-nation n'a pas manqué d'englober rapidement tout un chacun dans une conception élargie du management autoritaire. Si nous n'y trouvons plus la notion de terrorisme – celle-ci réapparaîtra bientôt de l'extérieur du soulèvement populaire, à Strasbourg, sous la forme habituelle du déficient mental tueur de rue [3] -, l'accusation très souvent préventive de « participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations » garde néanmoins tout le flou nécessaire à une entreprise de dissuasion/répression susceptible de toucher le plus grand nombre. Autrement dit ici aussi l’État a cru bon de bricoler sa loi à partir du dispositif antiterroriste qu'il n'a cessé de développer ces dernières années, dispositif dont le flou est l'une des principales caractéristiques et dont l'objet a toujours été l'écrasement de la révolte et des mouvements sociaux dans leur ensemble.

DGSI

Dans l'Empire-marchand, les dominants, parce qu'ils n'ignorent pas l'illégitimité totale de leur position, sont d'une paranoïa telle qu'elle ne leur offre pas d'envisager celles et ceux qui leur sont socialement inférieurs autrement que comme des ennemis à contenir, ou des terroristes à abattre ; l'abc de la liberté veut que nous visions leur chute et plus encore celle de tous les dispositifs de notre asservissement, dont le terrorisme/antiterrorisme est un parfait exemple.

Léolo, le 17 décembre 2018

 

Notes :

1 – Le 5 novembre 2018, à Marseille, plusieurs immeubles de la rue d'Aubagne s'effondre à cause de leur vétusté, tuant huit personnes.

2 – Le procès de l'affaire dite de Tarnac fut à cet égard exemplaire, puisque les accusés et leurs avocats ridiculisèrent presque tout du long l'accusation comme la DGSI. Qui, toutefois, en aura été authentiquement informé, et, le cas échéant, aura su en tirer les conclusions qui s'imposent concernant le terrorisme et son revers l'antiterrorisme.

3 – Le 11 décembre 2018, à Strasbourg, alors que la révolte des « gilets jaunes » fait grand bruit depuis plusieurs semaines, un homme armé fait feu sur le marché de Noël et tue cinq personnes. Le petit monde médiatico-politique parle presque aussitôt d'attentat terroriste islamique.

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13 décembre 2018

La planète brûle, à quand l'Elysée !?

La planète brûle

La planète brûle, à quand l'Elysée !?

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01 août 2018

Editions libre

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26 juillet 2018

Le Partage, critique socio-écologique radicale

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24 juillet 2018

Ecologie : maintenant il faut se battre

Ecologie : maintenant il faut se battre

lecture/spectacle (2018)

avec des textes de Paul Watson, Derrick Jensen, Hervé Kempf, Pierre Ronsard, Vandana Shiva, Armand Farrachi, Fabrice Nicolino, Pierre-Emmanuel Neurohr et Lierre Keith

lus et interprétés par Audrey Vernon et Marianne Denicourt, avec Yves-Noël Genod, Geofroy Rondeau, Yacine Belhousse, Thomas Vandenberghe, Giorgia Sinicorni et David Azencot

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14 décembre 2017

Touche pas à mon arbre

Touche pas à mon arbre

Touche pas à mon arbre

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02 avril 2014

La liberté ou la mort : "Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux"

Des manifestants antipollution auraient été tués par la police en Chine

(31 mars 2014)

VU DE CHINE Des milliers d’habitants de Maoming demandaient l’arrêt de la construction d’un projet pétrochimique. Au moins quatre auraient été abattus. Les autorités ont bouclé la ville.

Manif chine 00

La manifestation contre le projet d’usine de paraxylène, à Maoming, lundi 31 mars, avant l’assaut de la police.


La police chinoise a ouvert le feu lundi soir à Maoming, dans le sud-est du pays, sur une manifestation de quelques milliers d’habitants demandant l’arrêt de la construction d’un projet pétrochimique qu’ils estiment être polluant. Des clichés et des vidéos postées sur Internet montrent des manifestants gisant dans des flaques de sang, et des policiers casqués tirant au jugé.

Quatre personnes auraient été abattues par les forces de l’ordre selon des habitants. Ce bilan ne peut toutefois pas être confirmé de manière indépendante. Des barrages auraient été installés ce mardi soir à toutes les entrées de la ville.


VOIR LES VIDÉOS

Les policiers chargés de la censure d’Internet ont travaillé d’arrache-pied toute la journée de mardi pour effacer les photos et les messages en provenance de Maoming, au fur et à mesure que ces contenus apparaissaient.
Et mardi soir, l’accès à Internet a carrément été coupé aux 5 millions d’habitants de la ville. La municipalité de Maoming – ville située dans la province du Guangdong, à 350 km au sud-ouest de Canton – a accusé les manifestants d’être manipulés par « un groupe de hors-la-loi », et a assuré que « personne n’a été tué ». Les autorités se sont toutefois gardées d’évoquer le nombre de personnes blessées, qui se chiffreraient par dizaines.

« Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux »

La mairie avait décrété la manifestation de lundi « illégale », et au préalable sommé la population à « ne pas donner l’opportunité aux criminels de créer le chaos ». Dans le jargon politique chinois, ce genre d’avertissement est une menace. La manifestation avait commencé paisiblement. De nombreux enfants faisaient partie du cortège qui demandait aux autorités d’arrêter un projet de construction d’une usine de paraxylène – un produit qui sert entre autres à la fabrication de textiles et de bouteilles en matière plastique. L’usine, une fois bâtie, doit être gérée par le groupe pétrolier d’État Sinopec. « Le paraxylène est un produit important pour vivre heureux », lisait-on mardi matin en une du journal local – qui est contrôlé par le gouvernement.

C’est loin d’être la première mobilisation populaire contre la pollution, mais c’est la première fois que la police tire sur ce type de manifestants.

Manif chine victime 00

Une victime présumée de l’assaut de la police à Maoming, le 31 mars 2014 (photo tirée du site Weibo).


Leur presse (Philippe Grangereau, correspondant à Pékin, Liberation.fr, 1er avril 2014)

Cf : Jura Libertaire

Cf : Anthropologie du présent

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