Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

26 juin 2013

Oublier Fukushima

Oubliez Fukushima (2012)

Oublier Fukushima, textes et documents, de Arkadi Filine, 2012.

Extrait n°1 : La catastrophe de Fukushima n'a pas lieu. La catastrophe de Fukushima n'a pas eu lieu. Quelle catastrophe ? La fréquentation assidue du désastre nous en fait perdre la réalité. A peine une ombre passe-t-elle encore sur nos âmes rompues à l'horreur. L'imagination s'assèche et l'empathie patine face aux réacteurs en fusion, face à l'impéritie burlesque des réponses techniques, face à l'incommensurable pollution du pays, bref, face au naufrage d'un monde. Le fracas de cruelles nouvelles du Japon, s'il nous afflige, assourdit surtout notre perception de la réalité matérielle et politique des faits. Pourquoi l'évidente nécessité d'en finir avec le nucléaire ne nous saisit-elle pas aux tripes ?

Extrait n°2 : Le temps de la catastrophe s'allonge inexorablement, impossible à embrasser pour l'entendement des mortels. La véritable catastrophe nucléaire, ce n'est pas que tout s'arrête mais que tout continue. La bombe n'a pas détruit le monde, mais elle a ouvert une nouvelle période de la domination. La terreur provoquée par la menace de l'apocalypse nucléaire ne produit qu'un effet : figer l'ordre des choses. Il faudrait préserver l'espèce, et sauver sa peau au passage. Pour parachever ce programme de glaciation sociale de l'après-guerre, il s'agit de civiliser l'atome : la bombe accouche d'usines d'électricité. Prise en étau entre le cauchemar de la destruction totale et le rêve d'une énergie illimitée, une nouvelle humanité verrait le jour. Une humanité confinée au rayon électroménager et toujours enchaînée au régime de la survie économique. Faute de prise sur sa propre vie, on aurait des prises partout dans sa cuisine. S'étant rendu indispensable, le nucléaire n'a par la suite plus besoin de grands discours pour continuer à s'imposer.

Extrait n°3 : Il faudrait que l'on se contente de compter les morts. Au tournant des années quatre-vingt, pour la dernière fois dans ce pays, des communautés entières perçoivent le nucléaire tel qu'il est : une bombe déguisée en usine à nuage, la fin d'un rapport au monde, une ultime perte d'autonomie. Ces luttes massives contre les implantations des centrales sont enterrées dans les urnes en 1981. La nucléarisation se poursuit sans encombre dans la morosité des années roses. La jeune bureaucratie verte née sur le cadavre des luttes achève de faire du nucléaire une question séparée, technique, environnementale, qui balaye la question sociale.

Extrait n°4 : La catastrophe dans laquelle se débattent les Japonais agit comme un miroir grossissant. Nous reconnaissons dans le sort qui est fait à ces gens là-bas le sort qui nous est fait ici. Nous y voyons le mépris de l'Etat, les rapports sociaux aliénés, l'exploitation des travailleurs sacrifiés, la médicalisation rampante de la vie, l'économie toujours conquérante... et la mesure comme remède à l'angoisse provoquée par un monde devenu tout à fait étranger.

Posté par PhilibertdePisan à 20:33 - Livres - Commentaires [0] - Permalien [#]
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