Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

26 juin 2013

Enfance et histoire

Enfance et histoire (1978)

Enfance et histoire, de Giorgio Agamben, 1978.

Extrait n°1 : Mais cela signifie, étant donné la nature médiatrice de l'imagination, que le fantasme est aussi le sujet, et non seulement l'objet de l'éros. Dans la mesure, en effet, où l'amour trouve dans l'imagination son lieu unique, le désir n'est jamais confronté à l'objet dans sa corporéité (d'où l'apparent "platonisme" de l'éros des troubadours et du dolce stil novo), mais à une image (à un "ange", au sens technique que prend ce mot dans la philosophie arabe et la poésie amoureuse : imagination pure et séparée du corps, substantia separata qui par son désir met en mouvement les sphères célestes), à une "nova persona", littéralement faite de désir (Cavalcanti : "formando di desio nova persona"), en qui s'abolissent les limites entre subjectif et objectif, corporel et incorporel, désir et objet. Loin d'apparaître ici comme opposition d'un sujet désirant et d'un objet du désir, l'amour trouve, si l'on peut dire, son sujet-objet dans le fantasme : voilà ce qui permet aux poètes de le définir (en contraste avec un fol amour qui peut tout au plus consommer son objet, sans jamais vraiment s'unir à lui, sans jamais en faire l'expérience) comme un "amour accompli" (fin'amors), dont la jouissance est sans fin ("gioi che mai non fina"). Voilà ce qui les autorise, en liaison avec la théorie averroïste qui voit dans le fantasme le lieu où s'unissent l'individu singulier et l'intellect agent, à transformer l'amour en expérience sotériologique. Mais quand au contraire l'imagination se trouve exclue de l'expérience, pour cause d'irréalité, et quand elle cède sa place à l'ego cogito (devenu sujet du désir, "ens percipiens ac appetens", comme dit Leibniz), alors le désir change radicalement de statut ; il échappe par essence à toute satisfaction, tandis que le fantasme, jadis médiateur garantissant une possible appropriation de l'objet du désir (autrement dit, la possibilité d'en faire l'expérience), en vient à marquer l'impossibilité même de se l'approprier (de l' "expérimenter").

Extrait n°2 : Poser rigoureusement le problème de l'expérience, c'est donc fatalement rencontrer le problème du langage. Ici prend tout son poids la critique que Hamann adressait à Kant : une raison pure "élevée au rang de sujet transcendantal" et affirmée indépendamment du langage est un non-sens, car "non seulement toute la faculté de penser réside dans le langage, mais le langage est aussi au cœur du différend de la raison avec elle-même.

Extrait n°3 : Il apparaît alors que Lumignon touche juste, lorsqu'il nous suggère qu'entre le jeu et le sacré existe un rapport d'inversion. Le pays des jouets est un pays dont les habitants célèbrent des rites, ou manipulent des objets et des formules sacrées, dont ils ont pourtant oublié le sens et la fonction. Ne nous étonnons pas que cet oubli, que ce démembrement et cette inversion dont parle Benveniste, leur permettent aussi de dégager le sacré de tout lien au calendrier, comme  au rythme cyclique du temps dont il est la sanction, et leur donnent ainsi accès à une autre dimension du temps, où les heures passent "comme un éclair" et où les jours ne se suivent pas. Grâce au jeu, l'homme se délivre du temps sacré, pour l' "oublier" dans le temps humain.

Posté par PhilibertdePisan à 20:43 - Livres - Commentaires [0] - Permalien [#]
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