Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

03 décembre 2018

Prochaine station : destitution

PROCHAINE STATION : DESTITUTION

« Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. »

paru dans lundimatin#168, le 3 décembre 2018

Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. Ce qui est anormal, ce n’est pas ce que nous faisons maintenant, mais ce que nous avons supporté jusque-là. Qui peut nier la faillite, à tous points de vue, du système ? Qui veut encore se faire tondre, braquer, précariser pour rien ? Qui va pleurer que le XVIe arrondissement se soit fait dépouiller par des pauvres ou que les bourgeois aient vu flamber leurs 4X4 rutilants ? Quand à Macron, qu’il arrête de se plaindre, c’est lui-même qui nous a appelés à venir le chercher. Un État ne peut pas prétendre se légitimer sur le cadavre d’une « glorieuse révolution » pour ensuite crier aux casseurs dès qu’une révolution se met en marche.

Gilets jaunes Paris 1 déc 2018 01

La situation est simple : le peuple veut la chute du système. Or le système entend se maintenir. Cela définit la situation comme insurrectionnelle, ainsi que l’admet désormais la police elle-même. Le peuple a pour lui le nombre, le courage, la joie, l’intelligence et la naïveté. Le système a pour lui l’armée, la police, les médias, la ruse et la peur du bourgeois. Depuis le 17 novembre, le peuple a recours à deux leviers complémentaires : le blocage de l’économie et l’assaut donné chaque samedi au quartier gouvernemental. Ces leviers sont complémentaires parce que l’économie est la réalité du système tandis que le gouvernement est celui qui le représente symboliquement. Pour le destituer vraiment, il faut s’attaquer aux deux. Cela vaut pour Paris comme pour le reste du territoire : incendier une préfecture et marcher sur l’Élysée sont un seul et même geste. Chaque samedi depuis le 17 novembre à Paris, le peuple est aimanté par le même objectif : marcher sur le réduit gouvernemental. De samedi en samedi, la différence qui se fait jour tient 1 - à la croissante énormité du dispositif policier mis en place pour l’en empêcher , 2 - à l’accumulation d’expérience liée à l’échec du samedi précédent. S’il y avait bien plus de gens avec des lunettes de piscine et des masques à gaz ce samedi, ce n’est pas parce que des « groupes de casseurs organisés » auraient « infiltré la manifestation », c’est simplement que les gens se sont fait extensivement gazer la semaine d’avant et en ont tiré les conclusions que n’importe qui de sensé en tire : venir équipé la fois d’après. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’une manifestation ; il s’agit d’un soulèvement.

Si des dizaines de milliers de personnes ont envahi le périmètre Tuileries-Saint Lazare-Étoile-Trocadéro, ce n’est pas en vertu d’une stratégie de harcèlement décidée par quelques groupuscules, mais d’une intelligence tactique diffuse des gens, qui se trouvaient simplement empêchés d’atteindre leur objectif par le dispositif policier. Incriminer l’« ultra-gauche » dans cette tentative de soulèvement ne trompe personne : si l’ultra-gauche avait été capable de conduire des machines de chantier pour charger la police ou détruire un péage, cela se saurait ; si elle avait été si nombreuse, si désarmante et si courageuse, cela se saurait aussi. Avec ses soucis essentiellement identitaires, ladite « ultra-gauche » est profondément gênée par l’impureté du mouvement des gilets jaunes ; la vérité, c’est qu’elle ne sait pas sur quel pied danser, qu’elle craint bourgeoisement de se compromettre en se mêlant à cette foule qui ne correspond à aucune de ses catégories. Quant à l’« ultra-droite », elle est prise en sandwich entre ses moyens et ses fins supposées : elle fait le désordre en prétextant l’attachement à l’ordre, elle caillasse la police nationale tout en déclarant sa flamme à la police et à la nation, elle veut couper la tête du monarque républicain par amour d’un roi inexistant. Sur ces points, il faut donc laisser le ministère de l’Intérieur à ses divagations ridicules. Ce ne sont pas les radicaux qui font le mouvement, c’est le mouvement qui radicalise les gens. Qui peut croire que l’on réfléchit à déclarer l’état d’urgence contre une poignée d’ultras ?

Ceux qui font les insurrections à moitié ne font que creuser leur propre tombeau. Au point où nous en sommes, avec les moyens de répression contemporains, soit nous renversons le système, soit c’est lui qui nous écrase. Ce serait une grave erreur d’appréciation que de sous-estimer le niveau de radicalisation de ce gouvernement. Tous ceux qui se placeront, dans les jours qui viennent, en médiateurs entre le peuple et le gouvernement, seront déchiquetés : plus personne ne veut être représenté, nous sommes tous assez grands pour nous exprimer, pour voir qui cherche à nous amadouer, et qui à nous récupérer. Et même si le gouvernement reculait d’un pas, il prouverait par là que nous avions raison de faire ce que nous avons fait, que nos méthodes sont les bonnes.

La semaine prochaine est donc décisive : soit nous parvenons à mettre à l’arrêt à plus nombreux encore la machine économique en bloquant ports, raffineries, gares, centres logistiques, etc., en prenant vraiment le réduit gouvernemental et les préfectures samedi prochain, soit nous sommes perdus. Samedi prochain, les marches pour le climat, qui partent du principe que ce n’est pas ceux qui nous ont menés à la catastrophe présente qui vont nous en sortir, n’ont pas de raison de ne pas confluer dans la rue avec nous. Nous sommes à deux doigts du point de rupture de l’appareil gouvernemental. Soit nous parvenons dans les mois qui viennent à opérer la bifurcation nécessaire, soit l’apocalypse annoncée se doublera d’une mise au pas sécuritaire dont les réseaux sociaux laissent entrevoir toute l’étendue imaginable.

La question est donc : que signifie concrètement destituer le système ? De toute évidence, cela ne signifie pas élire de nouveaux représentants puisque la faillite du régime actuel est justement la faillite du système de la représentation. Destituer le système, c’est reprendre en main localement, canton par canton, toute l’organisation matérielle et symbolique de la vie, car c’est précisément l’organisation présente de la vie qui est en cause, c’est elle qui est la catastrophe. Il ne faut pas craindre l’inconnu : on n’a jamais vu des millions de personnes se laisser mourir de faim. De même que nous sommes tout à fait capables de nous organiser horizontalement pour faire des blocages, nous sommes capables de nous organiser pour remettre en marche une organisation plus sensée de l’existence. De même que c’est localement que la révolte s’est organisée, c’est localement que les solutions seront trouvées. Le plan « national » des choses n’est que l’écho que se font les initiatives locales.

Nous n’en pouvons plus de devoir compter pour tout. Le règne de l’économie, c’est le règne de la pénurie parce que c’est en tout le règne du calcul. Ce qu’il y a de beau sur les blocages, dans la rue, dans tout ce que nous faisons depuis trois semaines, ce qui fait que nous sommes en un sens déjà victorieux, c’est que nous avons cessé de compter parce que nous avons commencé à compter les uns sur les autres. Quand la question est celle du salut commun, celle de la propriété juridique des infrastructures de la vie devient un détail. La différence entre le peuple et ceux qui le gouvernent, c’est que lui n’est pas composé de crevards.

Gilets jaunes Paris 1 déc 2018

 

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05 mai 2018

Cet été ne prenez pas de vacances, prenez la rue !

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Cet été ne prenez pas de vacances, prenez la rue !

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Le MILI n'est plus, vive le MILI !

Communiqué de presse

 

Nous connaissons les communiqués de la préfecture de police autant qu'elle nous connait, nous nous sommes finalement habitués à y apparaître, à y être cités de manière opportune. Les diffamations médiatiques et gouvernementales ne nous étonnent plus depuis longtemps, bien qu'elles ne puissent être laissées sans réponse. Mais que de la diffamation le ministre de l'intérieur en vienne aux menaces, cela exige une correction claire et immédiate. Voici donc, concernant la journée du 1er mai, plusieurs corrections :

1 - Le problème qui s'est posé en ce 1er mai aux politiques comme aux policiers, ce n'est pas le rassemblement de 1200 émeutiers, mais les 14 500 personnes qui les accompagnaient et sympathisent avec leurs pratiques. On ne spécule tant sur le "black bloc" que pour masquer l'existence, autrement plus embarrassante, du cortège de tête. Cet embarras, il est perceptible jusque dans le chiffrage de la péfecture, qui doit désormais admettre qu'il y a presque autant de manifestants "hors du cortège déclaré" que dedans. Déjà, en 1968, la menace politique réelle, ce n'était pas les milliers d'émeutiers, mais la compréhension qui les entourait, et qui d'ailleurs les entoure toujours.

2 - Que le ministre de l'intérieur en soit à traquer "celles et ceux qui appellent à l'insurrection" dit assez combien tout y appelle. Encore une fois, il s'agit de trouver des organisateurs, les organisateurs du désastre face aux organisateurs du désordre. Or, il semble ne toujours pas vouloir l'admettre, il n'y a pas d'organisteurs mais des manières de s'organiser, de mettre en jeu des sensibilités et des affinités. Déclarer que ce qui s'est passé ce 1er mai est le résultat d'un quelconque appel n'est qu'un énième procédé visant à altérer la réalité : s'il y a un groupe d'incendiaires à l'oeuvre en ce moment en France, c'est bien le gouvernement lui-même. En matière de radicalité politique, le projet macroniste n'a pas d'équivalent. En matière de violence déchaînée, rien n'égale la brutalité du traitement policier réservé en ce moment à tout ce qui se lève. On n'avait pas vu un gouvernement aussi déterminé dans son désir d'affrontement avec la population depuis bien longtemps. Allumer dix foyers de révolte simultanément et se scandaliser que cela crame, c'est toute la pause hypocrite du pouvoir en place. Nous ne ferons pas au ministre de l'intérieur l'injure de lui rappeler qu'une constitution française, celle de l'an 1, stipule : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs". Vous avez bien lu, monsieur le ministre : pour chaque portion du peuple.

3 - Dans les années 1970 comme pendant le mouvement contre le CPE ou contre la loi Travail, le retour de l'éternelle rhétorique anti-casseurs ne témoigne que d'une chose : la fébrilité du gouvernement. Le niveau de rage diffuse contre la mise au pas macronienne n'a d'égal que le sentiment d'impuissance qu'elle cherche à produire. La logique d'écrasement déployée dans les universités, à la ZAD ou envers les syndicats appelle, en ce mois de mai, à se hausser au niveau de radicalité posé par le gouvernement. De fait, face à une offensive technocratique aussi massive, seule une insurrection peut nous sauver ; le festif ne suffira pas. L'enfer, ce n'est pas ce qu'ont vécu les forces de l'ordre le 1er Mai, c'est le monde que vous nous préparez. Nous ne comptons pas vivre dans un monde de crevards avec pour seul horizon la gestion sécuritaire du désastre écologique et économique.

4 - Vous pouvez bien parler de nous dissoudre, il est trop tard : nous nous sommes depuis longtemps déjà dissous dans l'ensemble des complicités que nous avons tissées au fil des ans. Même vos compteurs professionnels s'en sont avisés : nous n'avons jamais été aussi nombreux ni aussi divers. Nous sommes littéralement partout. Aucun "retour à la normale" ne nous enlèvera les rencontres qui se multiplient à la faveur de ce mouvement. Les bulles sociales explosent, et c'est tant mieux. Ce monde nous appartient, car c'est nous qui allons y vivre.

MILI - Mouvement Inter Luttes Indépendant

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24 février 2018

13 mai 2018, grève générale insurrectionnelle

Billet détourné

"13 mai 2018, grève générale insurrectionnelle"

Que chacun inscrive sur ses billets de 5 euros ou d'autres sommes cet appel !

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21 octobre 2017

Un dernier pour la route

Cocktail

Un dernier pour la route

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17 octobre 2017

Continuons le début

Continuons le début

03 juillet 2017

Bousille le

Bousille le

de H-Tône (2016)

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04 juin 2017

Banalités de base n°1, version revue et corrigée par la Comité

Banalité de base, couv

Banalités de base, 1/3, de Léolo, revu et corrigé par l'ensemble du Comité A.E.C.

Pour télécharger le PDF, cliquez sur l'image de la couverture.

Ne pas hésiter à faire tourner

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02 juin 2017

Tract autocollant : Make insurrection reality again

Make inurrection reality again copier

Make insurrection reality again

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30 mai 2017

Tempête pour un verre d'eau

Tempête pour un verre d’eau

Publié le 29 mai 2017 sur Paris-Luttes.Info
18e arrondissement | justice | procès | police

Dimanche 28 mai 2007, sur un marché du 18e un camarade rencontre l’ancienne ministre du travail El khomri en pleine campagne pour les législatives, qui après avoir étouffé les travailleurs, s’attaque à nos quartiers. En ce dimanche caniculaire, il ose ce que beaucoup d’entre nous auraient rêvé de faire et la rafraîchit en lui lançant le contenu d’un verre.

Dimanche 28 mai 2007, sur un marché du 18e un camarade rencontre l’ancienne ministre du travail El khomri en pleine campagne pour les législatives, qui après avoir étouffé les travailleurs, s’attaque à nos quartiers. En ce dimanche caniculaire, il ose ce que beaucoup d’entre nous auraient rêvé de faire et la rafraîchit en lui lançant le contenu d’un verre. Une goutte d’eau qui sera qualifiée de violences volontaires avec arme par destination ! Et lui vaudra : une interpellation suivie d’une garde à vue, une nuit au dépôt, une première proposition de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité de 4 mois avec sursis dont 1 pour refus d’ADN et 105 heure de Tig, ramenée ensuite à 3 mois avec sursis et une amende pour l’adn​.

Deux propositions disproportionnées et bien sûr refusées par le camarade, qui est donc reconvoqué le 3 octobre 2017 à 9h devant le tribunal correctionnel de Paris.

Dommage pour El khomri qui voulait éviter toute publicité. N’hésitons pas chaque fois qu’on la croise à lui rafraîchir la mémoire, quitte à lui faire boire la tasse.

N’oublions pas qu’à quelques jours d’une élection l’objectif est toujours le même : faire croire que le problème c’est la sécurité. Les même épouvantails sont toujours agités : tous les plus précaires, migrant-e-s, vendeur-ses à la sauvette, toxicomanes...

Ne laissons pas cette logique sécuritaire envahir/étouffer nos quartiers.

Comme notre camarade, continuons a lutter.

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