Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

26 février 2018

Tout bloquer devient VIDAL !

TOUT BLOQUER DEVIENT VIDAL !
Collectif pour la création de la M.I.F.A.(Mouvance Inter-Facs Autonome)

paru dans lundimatin#135, le 26 février 2018

Depuis quelques semaines, le début de mouvement contre la loi Vidal sur la sélection à l’université et la réforme de la plateforme Parcours sup peine à trouver des formes offensives et à établir un rapport de force digne de ce nom. Pourtant, encore une fois, ce ne sont pas les raisons qui manquent de se soulever, et elles sont loin d’être cantonnées à des enjeux purement universitaires : comme à chaque fois, la loi signifie plus qu’elle n’en dit. Avec elle, c’est un monde qui est engagé ou plutôt un certain rapport au monde qui promeut la sélection et la mesure de toute chose, des migrants aux étudiants en passant par les travailleurs, à l’aide d’outils adaptés (en l’occurence, un algorythme). Pourtant, la lutte reste pour le moment de basse intensité et cantonnée à l’université. Nous publions ici un appel qui tente d’expliquer pourquoi une mobilisation qui rejoue tous les codes d’un « mouvement » au sens syndical du terme est pauvre en esprit et en actes tout en appelant à la constitution d’une force plus intéressante, la MIFA.

« Notre seule existence prouve que le principe démocratique du vote à la majorité est contestable, que le mythe de l’assemblée générale souveraine peut être une usurpation. Il appartient à notre lutte de limiter autant que possible la tyrannie du vote majoritaire. Trop d’espace accordé aux assemblées générales nous paralyse, et ne sert qu’à conférer une légitimité de papier à quelques bureaucrates en herbe. Elles neutralisent toute initiative en instituant la séparation théâtrale entre les discours et les actes. »

À chaque début de mobilisation, c’est la même rengaine. Un gouvernement sort de son chapeau un énième projet de loi qui n’est qu’une avancée de plus dans la contre-révolution néo-libérale. Une inter-orga convoque une assemblée générale étudiante pour gérer la lutte sous prétexte d’« initier la mobilisation » et exhorte à la « massifier » au moyen de diff’ de tracts, de barrages « filtrants », de printemps des chaises, et de débrayages en amphis. De cette logique découle que toute initiative non conforme au rôle structurant et policier des organisations réformistes est dissuadée, freinée ou empêchée. De fait, toute émergence d’une conflictualité proprement politique se voit neutralisée au motif d’un souci de légitimité, de représentativité, de « massification ». Nous voulons à travers ce texte démonter les fausses évidences qui leur servent d’arguments et proposer quelques pistes pour sortir du cadre du militantisme politique classique et construire une mobilisation qui assume l’aspect conflictuel de la lutte.

Tout bloquer devient vital



LA MASSIFICATION AURA DIX MINUTES DE RETARD

« Aujourd’hui, nous sommes soixante, il faut que demain nous soyons six cent, six mille », nous dit-on. Deux postulats ressortent de cette injonction, qui érigent le dogme de la « massification » comme préalable à toute lutte : le nombre fait la force ; le nombre est nécessaire à l’action.

Au premier, nous rétorquons que le nombre n’est pas le seul déterminant du rapport de force. Nous pensons au contraire que c’est notre détermination qui sera à même de l’inverser.

Au second, nous répliquons que l’espérance quasi-messianique de la venue d’obscures « conditions objectives » numéraires a pour seul effet de nous enfermer dans l’attente passive et neutralisante d’un improbable grand soir.

Aux deux, nous répondons que les raisons de se soulever n’ont jamais manqué. À la question des « conditions objectives », nous opposons celle des pratiques adéquates à la lutte. Des pratiques qui seraient immédiatement appropriables et rejoignables, à penser au sein d’un contexte. Il n’y personne à « convaincre » ou à « informer », seulement de nouveaux espaces politiques à faire émerger, en dehors du carcan syndical. Tel fut le cas du « cortège de tête » et de Nuit Debout au printemps 2016. Celles et ceux pour qui, comme nous, la marche de ce monde est insoutenable, rejoindront ces espaces, que blocages, cantines, sabotages, graffitis, manifs sauvages, carnavals et occupations peuvent contribuer à faire surgir. Ces pratiques ne requièrent pas forcément un grand nombre de participant·e·s. et sont pertinentes dès lors qu’elles nous permettent d’accroître notre autonomie et d’entraver les desseins de celles et ceux qui nous gouvernent. Le nombre détermine donc moins l’efficacité de nos actions que la forme que nous leur donnerons.

Les conditions objectives sont réunies



GÉNÉRATION IRREPRÉSENTABLE

« On ne peut pas bloquer la fac car l’assemblée n’est pas représentative de tous les étudiants ». Lorsque l’on ne nous rabâche pas l’argument de la massification, on nous serine avec celui de la « représentativité », Saint Graal de la « démocratie ». La diversité qu’il s’agirait de représenter n’est qu’un enfumage de plus. « Les étudiants » ne représentent pas un tout homogène ou une classe unifiée qu’il faudrait « conscientiser » avant de pouvoir agir. C’est une collection abstraite d’individu·e·s aux origines sociales et aux intérêts divers – sinon divergents – dont les choix d’orientation préfigurent bien souvent le camp dans lequel illes se trouveront.

Nous ne cherchons ni à convaincre, ni à conscientiser. Nous cherchons à être offensif·ves. Si nos actions « gênent » d’autres étudiant·e·s, cela nous montre de quel côté de la barricade illes se situent. Un blocage, par exemple, tout en établissant un rapport de force, permet des discussions, des rencontres. Il donne aussi l’opportunité à certain·e·s de se mobiliser plutôt que de suivre un cours qu’illes n’auraient pas séché. Nous ne prétendons représenter personne, sinon nous-même : il n’y a plus à attendre pour s’organiser, nous le faisons déjà.

Quand tout s'arrête tout commence

 


LÉGITIMITEUSE

On nous dit qu’il faut que l’assemblée générale soit « légitime » pour que soit prise une quelconque décision. Nous disons que la question de la légitimité est une question mal posée. Ce n’est pour nous ni le nombre, ni une supposée représentativité qui nous rendent légitimes à contester une loi, mais l’existence même de cette dernière.

Si les organisations réformistes tiennent absolument à ce que l’assemblée générale soit légitime, c’est dans le seul but d’être souveraines sur la mobilisation. Le cadre « démocratique » citoyenniste est ce qui leur permet, d’une part, l’exercice de leur pouvoir pastoral sur la contestation, de l’autre, la neutralisation de ce qui pourrait agir en dehors de ce même cadre – et donc potentiellement le détruire. Pour ces raisons, et par leurs pratiques autoritaires, elles empêchent l’émergence d’un espace politique de débat et de rencontres, dont pourrait naître une puissance autonome. L’assemblée en est réduite à un espace de lutte pour le pouvoir et d’in-décision, donc d’impuissance.

Le gouvernement par le principe « majoritaire » masque la domination d’une minorité – celle des bureaucrates en herbe – sur la majorité de celles et ceux qui veulent lutter par leurs propres moyens. Moyens que nous ne retrouverons que par la réappropriation de l’assemblée générale et la destitution des apprenti·e·s gouvernant·e·s. Comme dirait Booba, « leurs règles ont toutes une tombe ».

« Il y a un conflit interne à l’assemblée, qui cherche à se traiter par la parole ; et il y a un conflit avec le capital, qui requiert des actions [1] ». Il nous faut assumer les deux. Pour cela, il nous faut de sortir de l’isolement que créé l’éloignement géographique de nos campus respectifs. Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent ces constats et ces désirs, à se constituer en une force autonome, et pour cela, à se coordonner entre différentes universités.

Collectif pour la création de la M.I.F.A.(Mouvance Inter-Facs Autonome)

Posté par PhilibertdePisan à 11:25 - Nos positions - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

05 octobre 2016

Interdictions de manifester, comment les combattre ?

Interdictions de manifester, comment les combattre ?

à lire ici !

Posté par Leolonico à 12:19 - Soutiens - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

18 juin 2016

Car révolution n'est pas un mot dans nos bouches, mais un feu dans notre cœur

« Quatre jours de débat autour du casseur invisible, puis une semaine autour de la police et de ses méthodes. C’est, à tout prendre, la meilleure manière de ne pas parler de ce qui se passe en ce moment même, dans tant de villes du pays. »


Quoi ? Depuis que vous êtes établi en corps du peuple, vous n’avez pas encore le secret d’obliger tous les riches à faire travailler tous les pauvres ? Vous n’en êtes donc pas aux premiers éléments de la police."

Voltaire

 

La lumière de la publicité obscurcit tout. C’est sa vocation. Mais il y a des moments où le caractère dilatoire du débat public atteint un point de comble. Tout se qui s’y dit ajoute à la confusion, jusqu’à ce que celle-ci soit totale ; il est temps alors de se reposer et de partir en week-end. Nous venons de vivre dix jours d’un tel paroxysme. Quatre jours de débat autour du casseur invisible, puis une semaine autour de la police et de ses méthodes. C’est, à tout prendre, la meilleure manière de ne pas parler de ce qui se passe en ce moment même, dans tant de villes du pays.

Faut-il commencer par dire ce qui est, puis donner à voir les stratégies visant à le recouvrir, ou décrire d’abord le théâtre des opérations gouvernementales et seulement ensuite l’obscur objet de tant de manœuvres ? Pour une fois, on choisira la première méthode d’exposition.

Lundiam 01

Ce qui se passe en ce moment en France, on l’a assez dit, ne peut être décrit comme un « mouvement », a fortiori comme un « mouvement social », dont on pourrait guetter la fin et disserter chaque semaine sur les signes qui l’annoncent. Nous sommes entrés dans une phase politique de plateau, un moment de forte intensité conflictuelle qui durera jusqu’à la présidentielle et qui prendra des formes, traversera des luttes très différentes durant cette période ; et qui aura effectivement eu pour signal de départ la loi de trop – la loi « travaille ! ». Ce qui se passe depuis le 9 mars, c’est que des forces autonomes sont en train de s’agréger. Ce qui ne cesse de croître depuis lors, ce n’est ni la combativité des centrales syndicales, ni le nombre des participants aux AG de Nuit Debout, mais la masse de manifestants déterminés à prendre la tête des cortèges officiels, en dehors de toute affiliation. Se donne alors à voir dans la rue un processus plus souterrain : la rencontre de semaine en semaine plus consistante entre des bandes de lycéens, d’étudiants, de syndicalistes sincères, de chômeurs, de salariés, de déçus de toutes sortes de provenance et dont le dénominateur commun est qu’ils sont déterminés à ne plus être gouvernés comme ils l’ont été, et pour certains à ne plus être gouvernés du tout. Si la police, les médias ou les services d’ordre des syndicats ont tant de mal avec cette agrégation qui tient désormais la tête des manifestations, c’est précisément parce qu’elle est inassignable, que chacun est ici sorti de sa case et que tout cela peut faire bloc, mais n’est pas un bloc. Nul n’est plus à sa place. Ici commence la fin du maintien de l’ordre.

C’est ce surgissement qui rend si fébrile le régime, et d’abord le ministère de l’Intérieur. Cette puissance qui ne cesse de passer des paliers – qui commence à occuper des lieux en dur, et non plus des places désertes, qui commence à maîtriser l’usage des banderoles renforcées, des cagoules, des masques à gaz et des grilles d’arbre en fonte pour débiter du pavé ou du bitume – vise le renversement de l’état de choses existant, et donc fatalement celui du régime. Son premier effet d’ensemble est de rendre impossible le lancement de la campagne présidentielle, tant l’intensité politique qu’elle porte s’impose à l’insignifiant « débat politique ». Sa victoire, si victoire il y a, résidera dans le fait de déployer une richesse de formes et de vie telle, dans l’année qui vient, que la politique telle que nous l’avons connue disparaîtra sans regret et l’élection présidentielle n’aura pas lieu. Elle a vocation à finir ce monde finissant mais qui voudrait bien encore finir pendant quelques siècles. Nous parlons d’un mélange de désertions, de luttes hors contrôle, de soulèvements, de destitutions, qui sont comme la conclusion logique à l’état de discrédit du personnel d’encadrement de cette société. Quoi de plus naturel que de renverser ceux dont le pouvoir vous semble obscène ? Or c’est cette question stratégique du soulèvement et de la destitution que viennent opportunément occulter tous les débats publics, toute les discussions en AG sur la question de la « violence », des « casseurs » et de la police. L’histoire nous apprend que l’on ne parle plus de la « violence » des insurgés dès lors qu’ils ont vaincu. S’il y a une question qui devrait occuper toutes nos discussions et solliciter toute notre intelligence, c’est de savoir comment nous allons réussir à renverser ce qui nous gouverne une fois pour toutes. Cette visée, au reste, est partagée par le plus sauvage des émeutiers comme par le plus pacifiste des votants de Nuit debout, quel que soit le désaccord sur les moyens à employer.

Lundiam 02

Une fois cela posé, les événements des dix derniers jours sont infiniment plus lisibles.

Le 28 après-midi, le ministère de l’Intérieur commence à prendre la mesure de la force accumulée contre lui dans tout le pays, et de la rage qui l’habite : dans un grand nombre de villes, les manifestations ont viré à l’émeute. Les slogans entendus récapitulent dix années de mûrissement sous-jacent : dans la capitale, le « Paris, debout ! Soulève-toi ! » remonte des moments forts de la lutte anti-CPE tandis que « tout le monde déteste la police » atteste que la mort de Rémi Fraisse n’est pas en voie d’être pardonnée. Dans le même temps, Gazeneuve apprend qu’à la suite d’une opération lynchage menée par la BRI de Rennes – un groupe d’une trentaine de policiers a pris à revers, en empruntant le métro, un cortège de manifestants qui refluait pour l’attaquer de dos, sans sommation, et mettre en pièces ceux qui tenaient une banderole renforcée – un étudiant a perdu un œil : un flic lui a tiré dessus au LBD 40 à deux mètres de distance. Il faut en urgence communiquer, c’est-à-dire présenter une version du réel qui défie tant les faits que la plus simple logique mais qui semble, au prix d’une petite opération magique, tout à fait normale. En l’espèce, il faut d’un côté devancer l’effet de déflagration probable de ce qui s’est passé à Rennes et, de l’autre, livrer une explication des émeutes qui en limite la propagation. On monte donc en épingle le cas d’un policier en civil qui s’est fait casser la mâchoire à Paris lors d’une mauvaise manœuvre de maintien de l’ordre en disant qu’il est hospitalisé, « très grièvement blessé », « en urgence absolue », etc., puis, comme cela passe, on hausse à trois le nombre des fonctionnaires « grièvement blessés », et l’on s’empresse de dresser la martyrologie policière de la journée : des dizaines de policiers atteints, des centaines depuis le début du mouvement, un scandale – tout cela doit cesser. Il s’agit d’insinuer dans les esprits que c’est la police qui serait la véritable victime de ce mouvement, et non tous ceux qui se font régulièrement fracasser la tête à coups de matraques, éborgner à coups de flashball, gazer ou meurtrir la chair par des grenades de désencerclement. Puis on livre l’explication à tant de désordres : ce n’est pas que ce gouvernement aurait fini par s’attirer une haine éruptive d’à peu près tout le monde, ni que les gens trouveraient un peu olé-olé la loi qu’il compte de toute façon faire adopter, non : ce sont les « casseurs », et même un petit groupe de 200 casseurs « organisés », qu’il s’agit de réduire. Faire du problème public numéro 1 non plus le gouvernement lui-même, mais les « casseurs » et les moyens de les neutraliser, réclame une collaboration sans faille des médias. Or justement, ce qui étonne le gouvernement au premier chef, c’est comment son plan com’, pourtant grossier, fonctionne. Les médias, qui ne comprennent rien à ce qui se passe, mais savent bien qu’ils ont tout à y perdre, s’empressent de reprendre à leur compte toute la panoplie discursive que l’on a si gentiment préparée pour eux. On ne parlera plus, dès lors et pendant trois jours, que de policiers malmenés et de « black bloc », d’« anarchistes », d’« insurrectionnistes », d’« autonomes » - sorte de lie historique qui aurait toujours existé, qui semble se reproduire dans quelque bas-fonds inexplicable de l’histoire où elle mène sa vie parallèle et, telle les rats, investit la ville par vagues dès que l’autorité reflue ; alors elle casse tout sans motif, puis s’en retourne en silence dans son antre crasseuse et certainement souterraine. Ce plan com’ si réussi culmine avec la déclaration martiale de Gazeneuve où il menace, la veille du 1er mai, les manifestants – déclaration qui sonne comme un blanc-seing à la police de casser le nombre de crânes qu’il lui chante, comme au bon temps de Jules Moch, à l’occasion de la fête des travailleurs : « « Je veux indiquer à ceux qui sont dépourvus d’idéal et qui sont animés par le seul instinct de la violence qu’ils seront inlassablement interpellés et poursuivis par les forces de police et par la justice ». Dans le même temps, avec l’approche de l’examen de la loi à l’Assemblée, on entend sonner la fin de récré de « Nuit Debout ». Les organisateurs eux-mêmes sont lassés de ce spectacle qui tourne en rond, dont le processus est relativement incontrôlable et qui n’a plus à leur apporter que des ennuis et des désaveux. L’espoir de certains socialistes de trouver dans « Nuit Debout » un nouveau vivier à canaliser vers le processus présidentiel à coups d’incitation au « réalisme » a fait long feu. C’est ainsi qu’est décidé de vider une première fois manu militari, sans raison valable et sans sommation, la place de la République ce 28 avril au soir. On arguera, ici encore, ici toujours, de quelques « casseurs » inexistants. C’est un coup d’essai, au plan militaire autant que médiatique. Et là aussi, dans cette phase de grande veine, tout passe comme un courrier à la Poste. Les médias, dans l’ensemble absents de la place ce soir-là, reprennent à la virgule près la version policière et ne consacrent que peu de lignes à cette évacuation pourtant osée. En deux mots : tout baigne. Ce qui doit être dit est dit, ce qui doit être tu est tu. Les collègues journalistes font le job. Comme il est bon de bosser à la cellule « communication » de la place Beauvau, avec correspondant de l’AFP à demeure !

Lundiam 03

Le terrain est préparé au mieux pour le 1er Mai. L’enchaînement envisagé est de nasser les « casseurs », puis, en ayant ainsi produit le sujet du désordre comme une réalité bien distincte des cortèges syndicaux, d’expulser la place de la République sous prétexte d’infiltration de « Nuit Debout » par ces mêmes « casseurs ». Manque de bol : si les forces autonomes qui tiennent depuis plus d’un mois la tête des cortèges syndicaux sont bien là, leur composition n’a pas la pureté des fantasmes policiers : ce ne sont pas 300 « black blocs » cagoulés et vêtus de noir des pieds à la tête, mais des milliers de manifestants quelconques qui, une fois encerclés, ont des amis dans tout le reste de la manifestation ; manifestation qui ne veut pas se laisser dérouter par la police afin d’isoler, voire contrôler, le cortège des « fauteurs de trouble » ainsi nassés. La tentative de délimiter les « autonomes », comme le 28 avril à Paris, ne marche pas, car il n’y a pas d’ « autonomes », il n’y a que des êtres qui se conduisent, en situation, de manière autonome. Celui qui dit « être autonome » a toujours-déjà cessé de l’être. Et c’est toute la manifestation qui arrive ainsi à la place de la Nation au cri de « nous sommes tous des casseurs » et « tout le monde déteste la police ». Ce qui ne constitue pas un franc succès, du point de vue policier. On expulsera et noiera quand même sous les gaz la place de la République, en arguant de provocations qui n’ont évidemment pas eu lieu. Mais il fallait bien dérouler le plan jusqu’au bout, même s’il ne marche pas ; et puisque l’on avait tout le dispositif sous la main à Nation, il eût été scandaleux de n’en pas faire usage à République. Autour du fiasco du 1er Mai, c’est tout le plan com’ du ministère qui s’est retourné contre lui-même. Tout comme on n’avait parlé que des « casseurs » dans les jours précédents, on n’a plus parlé par la suite que de la police, du maintien de l’ordre et des subtilités de cet art brutal – jusqu’à l’annonce de la manifestation des flics le 18 mai à République. La boucle est bouclée : la police se constitue en force autonome à son tour, en force autonome contre-révolutionnaire. Et elle vient au contact. La police n’est plus un simple instrument aux mains de gouvernants méprisés de tous : précisément parce qu’elle est le dernier levier entre leurs mains, elle est aussi devenue leur maître. Elle peut sans crainte accuser le régime d’être de mèche avec les « casseurs », laissant ainsi entrevoir le traitement qu’elle pourrait réserver, un de ces jours, aux uns comme aux autres. Le régime n’est plus qu’un joujou aux mains de sa police. On a coutume de se plaindre de l’impunité de celle-ci, c’est ne pas comprendre que son impunité est celle du souverain, tout comme son arrogance est celle du parvenu.

Stratégiquement, la situation est des plus simples : nous voulons destituer ce qui nous gouverne ; et ce qui gouverne veut se maintenir, à n’importe quel prix. Il n’y a pas de question de « violence » là-dedans : il y a deux volontés qui s’affrontent : nous voulons les renverser et ils ne le veulent pas. Libre à eux. L’affaire sera tranchée sous les yeux de tous. En attendant, il n’y a plus de position neutre : tous ceux qui s’expriment autour de ce qui gronde en France en ce moment se rangent d’un côté ou de l’autre, pour la destitution du gouvernement ou contre elle. Entre les deux, il n’y a rien. Car « révolution » n’est pas un mot dans nos bouches, mais un feu dans notre cœur.

Lundiam 04

Original à lire sur LundiMatin

Posté par PhilibertdePisan à 08:49 - Nos positions - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
 
Anti-Terrorisme
Manifestations Monde en lutte Nos positions Soutien Tags cuisine TEFMORB Chants révolutionnaires Liens
« avril 2018 
dimlunmarmerjeuvensam
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 1314
15 16 17 18 19 20 21
22 23242526 27 28
29 30      
Flux RSS des messages
Flux RSS des commentaires