Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

03 décembre 2018

Prochaine station : destitution

PROCHAINE STATION : DESTITUTION

« Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. »

paru dans lundimatin#168, le 3 décembre 2018

Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. Ce qui est anormal, ce n’est pas ce que nous faisons maintenant, mais ce que nous avons supporté jusque-là. Qui peut nier la faillite, à tous points de vue, du système ? Qui veut encore se faire tondre, braquer, précariser pour rien ? Qui va pleurer que le XVIe arrondissement se soit fait dépouiller par des pauvres ou que les bourgeois aient vu flamber leurs 4X4 rutilants ? Quand à Macron, qu’il arrête de se plaindre, c’est lui-même qui nous a appelés à venir le chercher. Un État ne peut pas prétendre se légitimer sur le cadavre d’une « glorieuse révolution » pour ensuite crier aux casseurs dès qu’une révolution se met en marche.

Gilets jaunes Paris 1 déc 2018 01

La situation est simple : le peuple veut la chute du système. Or le système entend se maintenir. Cela définit la situation comme insurrectionnelle, ainsi que l’admet désormais la police elle-même. Le peuple a pour lui le nombre, le courage, la joie, l’intelligence et la naïveté. Le système a pour lui l’armée, la police, les médias, la ruse et la peur du bourgeois. Depuis le 17 novembre, le peuple a recours à deux leviers complémentaires : le blocage de l’économie et l’assaut donné chaque samedi au quartier gouvernemental. Ces leviers sont complémentaires parce que l’économie est la réalité du système tandis que le gouvernement est celui qui le représente symboliquement. Pour le destituer vraiment, il faut s’attaquer aux deux. Cela vaut pour Paris comme pour le reste du territoire : incendier une préfecture et marcher sur l’Élysée sont un seul et même geste. Chaque samedi depuis le 17 novembre à Paris, le peuple est aimanté par le même objectif : marcher sur le réduit gouvernemental. De samedi en samedi, la différence qui se fait jour tient 1 - à la croissante énormité du dispositif policier mis en place pour l’en empêcher , 2 - à l’accumulation d’expérience liée à l’échec du samedi précédent. S’il y avait bien plus de gens avec des lunettes de piscine et des masques à gaz ce samedi, ce n’est pas parce que des « groupes de casseurs organisés » auraient « infiltré la manifestation », c’est simplement que les gens se sont fait extensivement gazer la semaine d’avant et en ont tiré les conclusions que n’importe qui de sensé en tire : venir équipé la fois d’après. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’une manifestation ; il s’agit d’un soulèvement.

Si des dizaines de milliers de personnes ont envahi le périmètre Tuileries-Saint Lazare-Étoile-Trocadéro, ce n’est pas en vertu d’une stratégie de harcèlement décidée par quelques groupuscules, mais d’une intelligence tactique diffuse des gens, qui se trouvaient simplement empêchés d’atteindre leur objectif par le dispositif policier. Incriminer l’« ultra-gauche » dans cette tentative de soulèvement ne trompe personne : si l’ultra-gauche avait été capable de conduire des machines de chantier pour charger la police ou détruire un péage, cela se saurait ; si elle avait été si nombreuse, si désarmante et si courageuse, cela se saurait aussi. Avec ses soucis essentiellement identitaires, ladite « ultra-gauche » est profondément gênée par l’impureté du mouvement des gilets jaunes ; la vérité, c’est qu’elle ne sait pas sur quel pied danser, qu’elle craint bourgeoisement de se compromettre en se mêlant à cette foule qui ne correspond à aucune de ses catégories. Quant à l’« ultra-droite », elle est prise en sandwich entre ses moyens et ses fins supposées : elle fait le désordre en prétextant l’attachement à l’ordre, elle caillasse la police nationale tout en déclarant sa flamme à la police et à la nation, elle veut couper la tête du monarque républicain par amour d’un roi inexistant. Sur ces points, il faut donc laisser le ministère de l’Intérieur à ses divagations ridicules. Ce ne sont pas les radicaux qui font le mouvement, c’est le mouvement qui radicalise les gens. Qui peut croire que l’on réfléchit à déclarer l’état d’urgence contre une poignée d’ultras ?

Ceux qui font les insurrections à moitié ne font que creuser leur propre tombeau. Au point où nous en sommes, avec les moyens de répression contemporains, soit nous renversons le système, soit c’est lui qui nous écrase. Ce serait une grave erreur d’appréciation que de sous-estimer le niveau de radicalisation de ce gouvernement. Tous ceux qui se placeront, dans les jours qui viennent, en médiateurs entre le peuple et le gouvernement, seront déchiquetés : plus personne ne veut être représenté, nous sommes tous assez grands pour nous exprimer, pour voir qui cherche à nous amadouer, et qui à nous récupérer. Et même si le gouvernement reculait d’un pas, il prouverait par là que nous avions raison de faire ce que nous avons fait, que nos méthodes sont les bonnes.

La semaine prochaine est donc décisive : soit nous parvenons à mettre à l’arrêt à plus nombreux encore la machine économique en bloquant ports, raffineries, gares, centres logistiques, etc., en prenant vraiment le réduit gouvernemental et les préfectures samedi prochain, soit nous sommes perdus. Samedi prochain, les marches pour le climat, qui partent du principe que ce n’est pas ceux qui nous ont menés à la catastrophe présente qui vont nous en sortir, n’ont pas de raison de ne pas confluer dans la rue avec nous. Nous sommes à deux doigts du point de rupture de l’appareil gouvernemental. Soit nous parvenons dans les mois qui viennent à opérer la bifurcation nécessaire, soit l’apocalypse annoncée se doublera d’une mise au pas sécuritaire dont les réseaux sociaux laissent entrevoir toute l’étendue imaginable.

La question est donc : que signifie concrètement destituer le système ? De toute évidence, cela ne signifie pas élire de nouveaux représentants puisque la faillite du régime actuel est justement la faillite du système de la représentation. Destituer le système, c’est reprendre en main localement, canton par canton, toute l’organisation matérielle et symbolique de la vie, car c’est précisément l’organisation présente de la vie qui est en cause, c’est elle qui est la catastrophe. Il ne faut pas craindre l’inconnu : on n’a jamais vu des millions de personnes se laisser mourir de faim. De même que nous sommes tout à fait capables de nous organiser horizontalement pour faire des blocages, nous sommes capables de nous organiser pour remettre en marche une organisation plus sensée de l’existence. De même que c’est localement que la révolte s’est organisée, c’est localement que les solutions seront trouvées. Le plan « national » des choses n’est que l’écho que se font les initiatives locales.

Nous n’en pouvons plus de devoir compter pour tout. Le règne de l’économie, c’est le règne de la pénurie parce que c’est en tout le règne du calcul. Ce qu’il y a de beau sur les blocages, dans la rue, dans tout ce que nous faisons depuis trois semaines, ce qui fait que nous sommes en un sens déjà victorieux, c’est que nous avons cessé de compter parce que nous avons commencé à compter les uns sur les autres. Quand la question est celle du salut commun, celle de la propriété juridique des infrastructures de la vie devient un détail. La différence entre le peuple et ceux qui le gouvernent, c’est que lui n’est pas composé de crevards.

Gilets jaunes Paris 1 déc 2018

 

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23 novembre 2018

Le Dieu rond (Gille est jaune ?)

« Certains de ces gilets jaunes sont dans un monde parallèle, il y en a même qui pourraient devenir autonomes » (un journaliste de BFM-TV)

paru dans lundimatin#166, le 21 novembre 2018

Gilets jaunes motards

Olivier Long est peintre et maître de conférence à la Sorbonne, il s’est rendu à la mobilisation des gilets jaunes sur le périphérique parisien puis à la tentative avortée de prendre d’assaut l’Élysée. Il nous raconte cette journée surprenante.

(Merci à Serge D’ignazio de nous avoir laissé utiliser ses photos.)

Au commencement règne le Dieu. Le Dieu a la forme d’une sphère, elle exclut la Haine. La Haine est au dehors, ce qui permet au Dieu de savourer sa vie tranquille. Mais voilà que sans crier gare (et surtout sans prévenir personne), la Haine s’attaque au Dieu. Le Dieu est obligé de faire une sortie, il se concentre, se prépare, puis se sépare ; et voilà que le Dieu est double. C’est parce qu’il se dédouble que le monde advient racontait le penseur grec Anaximandre. C’est la raison pour laquelle le monde est tragique et ambivalent : ce qui le structure, c’est ce mélange d’amour et de haine qui fait que tout est dialectique et que rien ne se conclut jamais, parce que c’est de la lutte et du combat que naît toute chose. La naissance du monde est séparation.

Gilets jaunes et CRS

Mais voilà qu’aujourd’hui, vingt cinq siècles plus tard, le cercle se referme. Le Dieu sphérique veut tout rejouer. Il veut revivre sa complétude pour que tout redevienne tranquille. Et pour cela, il lui faut que toute lutte disparaisse. Nul affrontement n’a plus lieu dans les neurocraties autoritaires, il n’y a plus de places pour les luttes, ne reste que l’échange commerçant et la concurrence pacifiée des égaux. C’est l’histoire d’un vieux rêve : celui de faire disparaître dans un chapeau tout ce qui fait l’ordinaire d’une opposition : le débat, les cégétistes, les assos, les corps intermédiaires, les militants, les lanceurs d’alerte, les luttes sociales et l’humanité qui va avec. Pour réaliser ce crime parfait, il est impératif de faire disparaître les corps, mettre tous les gueulards en taule et coincer n’importe quelle forme d’opposition dans des procédures judiciaires interminables. Tout ce qui résiste rentre dans le chapeau, pendant que sur scène, sous les feux de la rampe, l’homme aux dents blanches se charge de faire disparaître n’importe quel lapin en un tour de passe-passe. Tout humain qui rentre dans le chapeau, en ressort entrepreneur de start-up radieux : le miracle s’accomplit, le Dieu sphérique exprime ainsi sa toute-puissance tranquille, le public ne peut qu’applaudir.

Aujourd’hui tout se fissure à nouveau, rien ne tourne plus rond, le Dieu sphérique est obligé de sortir de chez lui. Il y a eu une première alerte. Issue des communes étudiantes du printemps et de la lutte des cheminots, une émeute éclate au pont d’Austerlitz. Elle déclenche le soir du 1er mai 2018 le scandale Benalla. À vouloir transformer sa garde prétorienne en police politique, le roi perd toute crédibilité. La ficelle est trop grosse et la magie n’opère plus. Le roi n’en garde pas moins son petit sourire narquois de Dieu sphérique, si prompte à énerver la foule.

Gilets jaunes et barricades

Et voilà que quelques mois plus tard, après avoir chassé les classes populaires des facs avec le dispositif Parcoursup, (ces étudiants pauvres si promptes à d’enflammer depuis Villon, Abélard et les goliards du Moyen âge), le Dieu-magicien tente un nouveau tour de passe-passe pour sphériser son monde à nouveau. Le Dieu-magicien va maintenant faire surgir l’argent de son chapeau en imposant une taxe écologique aux travailleurs pauvres. Sans être forcément complotiste, chacun cherche maintenant à comprendre où est le trucage. Ne s’agirait-il pas, par hasard, de faire rembourser aux travailleurs-pauvres les cadeaux fiscaux faits aux plus riches ? (Fin de l’impôt sur la fortune, détaxation de l’exil fiscal et de la Flat-tax, Crédit impôt recherche directement versé sur la compta des entreprises, etc…). Une goutte d’essence enflamme la plaine.

BFM-TV s’ingénie à répéter « -Attention les gauchos ne sont pas invités, c’est une partouze réservée aux Jacquie et Michèle des campagnes, aux complotistes racistes obsédés d’identité nationale ! ». Que faire de ça ? Ne rien faire c’est abdiquer et laisser le terrain à des officines qui commercialisent la simple haine des autres. Alors on y va pour vérifier, histoire de ne pas laisser la rue et la misère aux fachos Par principe, je me méfie des appels à rester chez soi, ils attirent forcément dehors. La question n’est donc de savoir si l’on doit sortir ou pas ce samedi 17 novembre, mais de quelle manière l’on doit sortir, et aussi de se demander ce que cet appel engage à discuter. Même si ça ne va pas être facile de se parler d’une voiture à l’autre.

Manifester contre le prix de l’essence, cela ressemble à une colère de bouseux mal orientée. Mais le vieux Bakounine n’a-t-il pas écrit : « Seuls les individus et seulement un très petit nombre d’individus se laissent déterminer par une idée abstraite et pure. Les millions, les masses ne se laissent entraîner que par la puissance et la logique des faits, ne comprenant et n’envisageant pour la plupart que leurs intérêts immédiats et leur passion du moment », alors pourquoi ne pas aller à la rencontre de ceux qui ne connaissent que de très loin le Dieu sphérique d’Empédocle ?

Pour ne pas venir les mains vides, je fais une banderole, afin de proposer quelque chose d’un peu festif et artistique. Le prince Philippe a annoncé, « mettre un gilet jaune va encore, mais tout bloquer, c’est interdit ! ». Le Grand chambellan Castagnette claironne partout « Et surtout tout doit se faire dans la plus grande légalité ». Résultat nous irons suspendre un grand rideau sur les ponts du périphérique : « Ni Macron, ni fachos, Black Blocage TOTAL du périf ». « -Pouet, poète ! » : quelques automobilistes klaxonnent joyeusement et ralentissent pour lire la pancarte. « TOTAL », ce n’est pas cette multinationale qui ne paie jamais ses impôts ni aucune taxe écologique, cette entreprise qui fait la guerre un peu partout sur la planète et qui fait payer au prix fort ses station-sévices en retour ?

Gilets jaunes Black bloquons tout

Nous rejoignons la place de la Concorde. Un africain immense brandit très haut la banderole du « Black blocage TOTAL ». Elle est très chaleureusement applaudie. Les Jacquie et Michel du grand soir sont effectivement tous là mais pas qu’eux. Ceux qui font du tuning dans des garages de banlieue toute l’année exhibent fièrement des carrosseries rutilantes qu’ils polishent chaque dimanche. Des motards font chauffer la gomme sur l’asphalte, façon concentration Speedway de Daytona Beach… sous l’obélisque de la Concorde. Le vrombissement des Harley énervées, (aux plaques d’immatriculation soigneusement maquillées), rejoint vite les vitrines de la rue du Faubourg Saint-Honoré via la rue Royale.

Une quinzaine de CRS tente de s’interposer, une barricade est érigée. Comment nasser le peuple des crevards, tous les larbins des premiers de cordée ? Aux quatre coins de la place, leurs groupes hétéroclites se forment, des centaines de rassemblements s’improvisent partout dans Paris. Les contenir est une tâche impossible. De jeunes flics ont le regard perdu sous les casques, les visières se baissent, puis se relèvent, ne sachant plus que faire. Profitant de l’effet de surprise la foule électrique s’engage dans la rue du Fauboug Saint-Honoré, les motos vrombissent en cortège de tête dans une ambiance incroyablement déter. La foule scande « Paris, debout, soulève toi ». Nous ne sommes plus qu’à 300 mètres de l’Elysée. Comment a-t-on pu arriver jusque là ?

C’est alors que survient un ordre définitivement maladroit. Les mobiles gazent une foule de provinciaux-chanteurs-de-marseillaise complètement stupéfaits de ce qui leur arrive. C’est leur première manifestation, être pris en photo, filmés, fichés, gazés, violenté, ils n’y sont pas habitués. Ça les rend fous. C’est ce que dit cette jeune fille qui est venue de la côte d’azur avec ses parents, électeurs de Macron, parce que selon eux, « -C’est à Paris que tout se passe ». Ils ne comprennent pas, et n’ont plus que leurs yeux rougis par les gaz pour pleurer de rage. Ils croyaient la police amie. Ils croyaient qu’on a quand même « le droit de manifester en démocratie quand on paie des impôts ». Un monsieur âgé en vélo veut protéger sa hanche de titane, il confie à la cantonnade « -il faudrait qu’il y ait les casseurs, ils feraient moins les malins avec toutes ces vitrines ». Et si la foule recule, ce n’est pas à cause des gaz ni de la police en sous-effectif (car occupée ailleurs), mais c’est par pur calcul politique. Un monsieur rondouillard l’exprime ainsi : « -Premier avertissement, mais attention à la semaine prochaine ». La plupart découvrent ce que c’est que de manifester dans la sphère marchande quand règne le Dieu Rond et que rien ne tourne plus rond.

Gilets jaunes manif rue

Aurions-nous affaire à un troupeau de racistes ou aux émeutes des ligues de février 1934 ? Oui mais comment expliquer que les quartiers soient descendus sur Paname pour l’occasion, sans parler des autonomes qui se mêlent en nombre à la foule. Les gilets jaunes, contrairement à ce que raconte le géographe Christophe Guilluy, ce n’est pas simplement le petit peuple des campagnes contre celui des villes, c’est le peuple de tous les larbins qui en ont marre. Loosers des villes, des campagnes et des quartiers réunis convergent dans la même rage : tous perdants des tours de passe-passe d’un porn-capitalism obscène et global.

Et si « Gilles est jaune », c’est parce que le « Gille », est le personnage le plus célèbre du carnaval de Binche en Belgique. Le Carnaval est un rituel de rupture, qui manifeste, comme l’ont constaté nombre d’historiens de la culture populaire médiévale, une intense dimension subversive. Le Gille représentait dans la Belgique des années 1795 la figure de la révolte contre le régime politique français du Directoire. Ce dernier voulait simplement interdire dès cette époque « le port du masque » (sic). Que penser de cette mascarade des « Manu la sens-tu ? » ? Certaines personnalités se dédoublent quand elles sont au volant de leur voiture parce que c’est le dernier habitacle qui les protège des maltraitances du monde extérieur. D’où la violence des réactions au volant dans les époques de hard capitalisme. Ce qui nous mène à cette réflexion emblématique et pleine de sens d’un journaliste de BFM-TV (qui a pris en direct ce soir de fête un œuf sur la tête) : « Certains de ces gilets jaunes sont dans un monde parallèle, il y en a même qui pourraient devenir autonomes ». « Gille-le-Niais » est également dénommé « le Guilleret », parce qu’il manifeste sa gaieté de manière un peu fracassante sur la scène du carnaval ; en s’autonomisant le peuple rabelaisien des gilets jaunes va-t-il rejoindre l’enjoyement des multitudes de gilets noirs ?

Olivier Long (à l'origine publié dans lundimatin)

Posté par isabeaudeloere à 10:51 - Nos positions - Commentaires [0] - Permalien [#]
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26 février 2018

Tout bloquer devient VIDAL !

TOUT BLOQUER DEVIENT VIDAL !
Collectif pour la création de la M.I.F.A.(Mouvance Inter-Facs Autonome)

paru dans lundimatin#135, le 26 février 2018

Depuis quelques semaines, le début de mouvement contre la loi Vidal sur la sélection à l’université et la réforme de la plateforme Parcours sup peine à trouver des formes offensives et à établir un rapport de force digne de ce nom. Pourtant, encore une fois, ce ne sont pas les raisons qui manquent de se soulever, et elles sont loin d’être cantonnées à des enjeux purement universitaires : comme à chaque fois, la loi signifie plus qu’elle n’en dit. Avec elle, c’est un monde qui est engagé ou plutôt un certain rapport au monde qui promeut la sélection et la mesure de toute chose, des migrants aux étudiants en passant par les travailleurs, à l’aide d’outils adaptés (en l’occurence, un algorythme). Pourtant, la lutte reste pour le moment de basse intensité et cantonnée à l’université. Nous publions ici un appel qui tente d’expliquer pourquoi une mobilisation qui rejoue tous les codes d’un « mouvement » au sens syndical du terme est pauvre en esprit et en actes tout en appelant à la constitution d’une force plus intéressante, la MIFA.

« Notre seule existence prouve que le principe démocratique du vote à la majorité est contestable, que le mythe de l’assemblée générale souveraine peut être une usurpation. Il appartient à notre lutte de limiter autant que possible la tyrannie du vote majoritaire. Trop d’espace accordé aux assemblées générales nous paralyse, et ne sert qu’à conférer une légitimité de papier à quelques bureaucrates en herbe. Elles neutralisent toute initiative en instituant la séparation théâtrale entre les discours et les actes. »

À chaque début de mobilisation, c’est la même rengaine. Un gouvernement sort de son chapeau un énième projet de loi qui n’est qu’une avancée de plus dans la contre-révolution néo-libérale. Une inter-orga convoque une assemblée générale étudiante pour gérer la lutte sous prétexte d’« initier la mobilisation » et exhorte à la « massifier » au moyen de diff’ de tracts, de barrages « filtrants », de printemps des chaises, et de débrayages en amphis. De cette logique découle que toute initiative non conforme au rôle structurant et policier des organisations réformistes est dissuadée, freinée ou empêchée. De fait, toute émergence d’une conflictualité proprement politique se voit neutralisée au motif d’un souci de légitimité, de représentativité, de « massification ». Nous voulons à travers ce texte démonter les fausses évidences qui leur servent d’arguments et proposer quelques pistes pour sortir du cadre du militantisme politique classique et construire une mobilisation qui assume l’aspect conflictuel de la lutte.

Tout bloquer devient vital



LA MASSIFICATION AURA DIX MINUTES DE RETARD

« Aujourd’hui, nous sommes soixante, il faut que demain nous soyons six cent, six mille », nous dit-on. Deux postulats ressortent de cette injonction, qui érigent le dogme de la « massification » comme préalable à toute lutte : le nombre fait la force ; le nombre est nécessaire à l’action.

Au premier, nous rétorquons que le nombre n’est pas le seul déterminant du rapport de force. Nous pensons au contraire que c’est notre détermination qui sera à même de l’inverser.

Au second, nous répliquons que l’espérance quasi-messianique de la venue d’obscures « conditions objectives » numéraires a pour seul effet de nous enfermer dans l’attente passive et neutralisante d’un improbable grand soir.

Aux deux, nous répondons que les raisons de se soulever n’ont jamais manqué. À la question des « conditions objectives », nous opposons celle des pratiques adéquates à la lutte. Des pratiques qui seraient immédiatement appropriables et rejoignables, à penser au sein d’un contexte. Il n’y personne à « convaincre » ou à « informer », seulement de nouveaux espaces politiques à faire émerger, en dehors du carcan syndical. Tel fut le cas du « cortège de tête » et de Nuit Debout au printemps 2016. Celles et ceux pour qui, comme nous, la marche de ce monde est insoutenable, rejoindront ces espaces, que blocages, cantines, sabotages, graffitis, manifs sauvages, carnavals et occupations peuvent contribuer à faire surgir. Ces pratiques ne requièrent pas forcément un grand nombre de participant·e·s. et sont pertinentes dès lors qu’elles nous permettent d’accroître notre autonomie et d’entraver les desseins de celles et ceux qui nous gouvernent. Le nombre détermine donc moins l’efficacité de nos actions que la forme que nous leur donnerons.

Les conditions objectives sont réunies



GÉNÉRATION IRREPRÉSENTABLE

« On ne peut pas bloquer la fac car l’assemblée n’est pas représentative de tous les étudiants ». Lorsque l’on ne nous rabâche pas l’argument de la massification, on nous serine avec celui de la « représentativité », Saint Graal de la « démocratie ». La diversité qu’il s’agirait de représenter n’est qu’un enfumage de plus. « Les étudiants » ne représentent pas un tout homogène ou une classe unifiée qu’il faudrait « conscientiser » avant de pouvoir agir. C’est une collection abstraite d’individu·e·s aux origines sociales et aux intérêts divers – sinon divergents – dont les choix d’orientation préfigurent bien souvent le camp dans lequel illes se trouveront.

Nous ne cherchons ni à convaincre, ni à conscientiser. Nous cherchons à être offensif·ves. Si nos actions « gênent » d’autres étudiant·e·s, cela nous montre de quel côté de la barricade illes se situent. Un blocage, par exemple, tout en établissant un rapport de force, permet des discussions, des rencontres. Il donne aussi l’opportunité à certain·e·s de se mobiliser plutôt que de suivre un cours qu’illes n’auraient pas séché. Nous ne prétendons représenter personne, sinon nous-même : il n’y a plus à attendre pour s’organiser, nous le faisons déjà.

Quand tout s'arrête tout commence

 


LÉGITIMITEUSE

On nous dit qu’il faut que l’assemblée générale soit « légitime » pour que soit prise une quelconque décision. Nous disons que la question de la légitimité est une question mal posée. Ce n’est pour nous ni le nombre, ni une supposée représentativité qui nous rendent légitimes à contester une loi, mais l’existence même de cette dernière.

Si les organisations réformistes tiennent absolument à ce que l’assemblée générale soit légitime, c’est dans le seul but d’être souveraines sur la mobilisation. Le cadre « démocratique » citoyenniste est ce qui leur permet, d’une part, l’exercice de leur pouvoir pastoral sur la contestation, de l’autre, la neutralisation de ce qui pourrait agir en dehors de ce même cadre – et donc potentiellement le détruire. Pour ces raisons, et par leurs pratiques autoritaires, elles empêchent l’émergence d’un espace politique de débat et de rencontres, dont pourrait naître une puissance autonome. L’assemblée en est réduite à un espace de lutte pour le pouvoir et d’in-décision, donc d’impuissance.

Le gouvernement par le principe « majoritaire » masque la domination d’une minorité – celle des bureaucrates en herbe – sur la majorité de celles et ceux qui veulent lutter par leurs propres moyens. Moyens que nous ne retrouverons que par la réappropriation de l’assemblée générale et la destitution des apprenti·e·s gouvernant·e·s. Comme dirait Booba, « leurs règles ont toutes une tombe ».

« Il y a un conflit interne à l’assemblée, qui cherche à se traiter par la parole ; et il y a un conflit avec le capital, qui requiert des actions [1] ». Il nous faut assumer les deux. Pour cela, il nous faut de sortir de l’isolement que créé l’éloignement géographique de nos campus respectifs. Nous appelons donc toutes celles et ceux qui partagent ces constats et ces désirs, à se constituer en une force autonome, et pour cela, à se coordonner entre différentes universités.

Collectif pour la création de la M.I.F.A.(Mouvance Inter-Facs Autonome)

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05 octobre 2016

Interdictions de manifester, comment les combattre ?

Interdictions de manifester, comment les combattre ?

à lire ici !

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18 juin 2016

Car révolution n'est pas un mot dans nos bouches, mais un feu dans notre cœur

« Quatre jours de débat autour du casseur invisible, puis une semaine autour de la police et de ses méthodes. C’est, à tout prendre, la meilleure manière de ne pas parler de ce qui se passe en ce moment même, dans tant de villes du pays. »


Quoi ? Depuis que vous êtes établi en corps du peuple, vous n’avez pas encore le secret d’obliger tous les riches à faire travailler tous les pauvres ? Vous n’en êtes donc pas aux premiers éléments de la police."

Voltaire

 

La lumière de la publicité obscurcit tout. C’est sa vocation. Mais il y a des moments où le caractère dilatoire du débat public atteint un point de comble. Tout se qui s’y dit ajoute à la confusion, jusqu’à ce que celle-ci soit totale ; il est temps alors de se reposer et de partir en week-end. Nous venons de vivre dix jours d’un tel paroxysme. Quatre jours de débat autour du casseur invisible, puis une semaine autour de la police et de ses méthodes. C’est, à tout prendre, la meilleure manière de ne pas parler de ce qui se passe en ce moment même, dans tant de villes du pays.

Faut-il commencer par dire ce qui est, puis donner à voir les stratégies visant à le recouvrir, ou décrire d’abord le théâtre des opérations gouvernementales et seulement ensuite l’obscur objet de tant de manœuvres ? Pour une fois, on choisira la première méthode d’exposition.

Lundiam 01

Ce qui se passe en ce moment en France, on l’a assez dit, ne peut être décrit comme un « mouvement », a fortiori comme un « mouvement social », dont on pourrait guetter la fin et disserter chaque semaine sur les signes qui l’annoncent. Nous sommes entrés dans une phase politique de plateau, un moment de forte intensité conflictuelle qui durera jusqu’à la présidentielle et qui prendra des formes, traversera des luttes très différentes durant cette période ; et qui aura effectivement eu pour signal de départ la loi de trop – la loi « travaille ! ». Ce qui se passe depuis le 9 mars, c’est que des forces autonomes sont en train de s’agréger. Ce qui ne cesse de croître depuis lors, ce n’est ni la combativité des centrales syndicales, ni le nombre des participants aux AG de Nuit Debout, mais la masse de manifestants déterminés à prendre la tête des cortèges officiels, en dehors de toute affiliation. Se donne alors à voir dans la rue un processus plus souterrain : la rencontre de semaine en semaine plus consistante entre des bandes de lycéens, d’étudiants, de syndicalistes sincères, de chômeurs, de salariés, de déçus de toutes sortes de provenance et dont le dénominateur commun est qu’ils sont déterminés à ne plus être gouvernés comme ils l’ont été, et pour certains à ne plus être gouvernés du tout. Si la police, les médias ou les services d’ordre des syndicats ont tant de mal avec cette agrégation qui tient désormais la tête des manifestations, c’est précisément parce qu’elle est inassignable, que chacun est ici sorti de sa case et que tout cela peut faire bloc, mais n’est pas un bloc. Nul n’est plus à sa place. Ici commence la fin du maintien de l’ordre.

C’est ce surgissement qui rend si fébrile le régime, et d’abord le ministère de l’Intérieur. Cette puissance qui ne cesse de passer des paliers – qui commence à occuper des lieux en dur, et non plus des places désertes, qui commence à maîtriser l’usage des banderoles renforcées, des cagoules, des masques à gaz et des grilles d’arbre en fonte pour débiter du pavé ou du bitume – vise le renversement de l’état de choses existant, et donc fatalement celui du régime. Son premier effet d’ensemble est de rendre impossible le lancement de la campagne présidentielle, tant l’intensité politique qu’elle porte s’impose à l’insignifiant « débat politique ». Sa victoire, si victoire il y a, résidera dans le fait de déployer une richesse de formes et de vie telle, dans l’année qui vient, que la politique telle que nous l’avons connue disparaîtra sans regret et l’élection présidentielle n’aura pas lieu. Elle a vocation à finir ce monde finissant mais qui voudrait bien encore finir pendant quelques siècles. Nous parlons d’un mélange de désertions, de luttes hors contrôle, de soulèvements, de destitutions, qui sont comme la conclusion logique à l’état de discrédit du personnel d’encadrement de cette société. Quoi de plus naturel que de renverser ceux dont le pouvoir vous semble obscène ? Or c’est cette question stratégique du soulèvement et de la destitution que viennent opportunément occulter tous les débats publics, toute les discussions en AG sur la question de la « violence », des « casseurs » et de la police. L’histoire nous apprend que l’on ne parle plus de la « violence » des insurgés dès lors qu’ils ont vaincu. S’il y a une question qui devrait occuper toutes nos discussions et solliciter toute notre intelligence, c’est de savoir comment nous allons réussir à renverser ce qui nous gouverne une fois pour toutes. Cette visée, au reste, est partagée par le plus sauvage des émeutiers comme par le plus pacifiste des votants de Nuit debout, quel que soit le désaccord sur les moyens à employer.

Lundiam 02

Une fois cela posé, les événements des dix derniers jours sont infiniment plus lisibles.

Le 28 après-midi, le ministère de l’Intérieur commence à prendre la mesure de la force accumulée contre lui dans tout le pays, et de la rage qui l’habite : dans un grand nombre de villes, les manifestations ont viré à l’émeute. Les slogans entendus récapitulent dix années de mûrissement sous-jacent : dans la capitale, le « Paris, debout ! Soulève-toi ! » remonte des moments forts de la lutte anti-CPE tandis que « tout le monde déteste la police » atteste que la mort de Rémi Fraisse n’est pas en voie d’être pardonnée. Dans le même temps, Gazeneuve apprend qu’à la suite d’une opération lynchage menée par la BRI de Rennes – un groupe d’une trentaine de policiers a pris à revers, en empruntant le métro, un cortège de manifestants qui refluait pour l’attaquer de dos, sans sommation, et mettre en pièces ceux qui tenaient une banderole renforcée – un étudiant a perdu un œil : un flic lui a tiré dessus au LBD 40 à deux mètres de distance. Il faut en urgence communiquer, c’est-à-dire présenter une version du réel qui défie tant les faits que la plus simple logique mais qui semble, au prix d’une petite opération magique, tout à fait normale. En l’espèce, il faut d’un côté devancer l’effet de déflagration probable de ce qui s’est passé à Rennes et, de l’autre, livrer une explication des émeutes qui en limite la propagation. On monte donc en épingle le cas d’un policier en civil qui s’est fait casser la mâchoire à Paris lors d’une mauvaise manœuvre de maintien de l’ordre en disant qu’il est hospitalisé, « très grièvement blessé », « en urgence absolue », etc., puis, comme cela passe, on hausse à trois le nombre des fonctionnaires « grièvement blessés », et l’on s’empresse de dresser la martyrologie policière de la journée : des dizaines de policiers atteints, des centaines depuis le début du mouvement, un scandale – tout cela doit cesser. Il s’agit d’insinuer dans les esprits que c’est la police qui serait la véritable victime de ce mouvement, et non tous ceux qui se font régulièrement fracasser la tête à coups de matraques, éborgner à coups de flashball, gazer ou meurtrir la chair par des grenades de désencerclement. Puis on livre l’explication à tant de désordres : ce n’est pas que ce gouvernement aurait fini par s’attirer une haine éruptive d’à peu près tout le monde, ni que les gens trouveraient un peu olé-olé la loi qu’il compte de toute façon faire adopter, non : ce sont les « casseurs », et même un petit groupe de 200 casseurs « organisés », qu’il s’agit de réduire. Faire du problème public numéro 1 non plus le gouvernement lui-même, mais les « casseurs » et les moyens de les neutraliser, réclame une collaboration sans faille des médias. Or justement, ce qui étonne le gouvernement au premier chef, c’est comment son plan com’, pourtant grossier, fonctionne. Les médias, qui ne comprennent rien à ce qui se passe, mais savent bien qu’ils ont tout à y perdre, s’empressent de reprendre à leur compte toute la panoplie discursive que l’on a si gentiment préparée pour eux. On ne parlera plus, dès lors et pendant trois jours, que de policiers malmenés et de « black bloc », d’« anarchistes », d’« insurrectionnistes », d’« autonomes » - sorte de lie historique qui aurait toujours existé, qui semble se reproduire dans quelque bas-fonds inexplicable de l’histoire où elle mène sa vie parallèle et, telle les rats, investit la ville par vagues dès que l’autorité reflue ; alors elle casse tout sans motif, puis s’en retourne en silence dans son antre crasseuse et certainement souterraine. Ce plan com’ si réussi culmine avec la déclaration martiale de Gazeneuve où il menace, la veille du 1er mai, les manifestants – déclaration qui sonne comme un blanc-seing à la police de casser le nombre de crânes qu’il lui chante, comme au bon temps de Jules Moch, à l’occasion de la fête des travailleurs : « « Je veux indiquer à ceux qui sont dépourvus d’idéal et qui sont animés par le seul instinct de la violence qu’ils seront inlassablement interpellés et poursuivis par les forces de police et par la justice ». Dans le même temps, avec l’approche de l’examen de la loi à l’Assemblée, on entend sonner la fin de récré de « Nuit Debout ». Les organisateurs eux-mêmes sont lassés de ce spectacle qui tourne en rond, dont le processus est relativement incontrôlable et qui n’a plus à leur apporter que des ennuis et des désaveux. L’espoir de certains socialistes de trouver dans « Nuit Debout » un nouveau vivier à canaliser vers le processus présidentiel à coups d’incitation au « réalisme » a fait long feu. C’est ainsi qu’est décidé de vider une première fois manu militari, sans raison valable et sans sommation, la place de la République ce 28 avril au soir. On arguera, ici encore, ici toujours, de quelques « casseurs » inexistants. C’est un coup d’essai, au plan militaire autant que médiatique. Et là aussi, dans cette phase de grande veine, tout passe comme un courrier à la Poste. Les médias, dans l’ensemble absents de la place ce soir-là, reprennent à la virgule près la version policière et ne consacrent que peu de lignes à cette évacuation pourtant osée. En deux mots : tout baigne. Ce qui doit être dit est dit, ce qui doit être tu est tu. Les collègues journalistes font le job. Comme il est bon de bosser à la cellule « communication » de la place Beauvau, avec correspondant de l’AFP à demeure !

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Le terrain est préparé au mieux pour le 1er Mai. L’enchaînement envisagé est de nasser les « casseurs », puis, en ayant ainsi produit le sujet du désordre comme une réalité bien distincte des cortèges syndicaux, d’expulser la place de la République sous prétexte d’infiltration de « Nuit Debout » par ces mêmes « casseurs ». Manque de bol : si les forces autonomes qui tiennent depuis plus d’un mois la tête des cortèges syndicaux sont bien là, leur composition n’a pas la pureté des fantasmes policiers : ce ne sont pas 300 « black blocs » cagoulés et vêtus de noir des pieds à la tête, mais des milliers de manifestants quelconques qui, une fois encerclés, ont des amis dans tout le reste de la manifestation ; manifestation qui ne veut pas se laisser dérouter par la police afin d’isoler, voire contrôler, le cortège des « fauteurs de trouble » ainsi nassés. La tentative de délimiter les « autonomes », comme le 28 avril à Paris, ne marche pas, car il n’y a pas d’ « autonomes », il n’y a que des êtres qui se conduisent, en situation, de manière autonome. Celui qui dit « être autonome » a toujours-déjà cessé de l’être. Et c’est toute la manifestation qui arrive ainsi à la place de la Nation au cri de « nous sommes tous des casseurs » et « tout le monde déteste la police ». Ce qui ne constitue pas un franc succès, du point de vue policier. On expulsera et noiera quand même sous les gaz la place de la République, en arguant de provocations qui n’ont évidemment pas eu lieu. Mais il fallait bien dérouler le plan jusqu’au bout, même s’il ne marche pas ; et puisque l’on avait tout le dispositif sous la main à Nation, il eût été scandaleux de n’en pas faire usage à République. Autour du fiasco du 1er Mai, c’est tout le plan com’ du ministère qui s’est retourné contre lui-même. Tout comme on n’avait parlé que des « casseurs » dans les jours précédents, on n’a plus parlé par la suite que de la police, du maintien de l’ordre et des subtilités de cet art brutal – jusqu’à l’annonce de la manifestation des flics le 18 mai à République. La boucle est bouclée : la police se constitue en force autonome à son tour, en force autonome contre-révolutionnaire. Et elle vient au contact. La police n’est plus un simple instrument aux mains de gouvernants méprisés de tous : précisément parce qu’elle est le dernier levier entre leurs mains, elle est aussi devenue leur maître. Elle peut sans crainte accuser le régime d’être de mèche avec les « casseurs », laissant ainsi entrevoir le traitement qu’elle pourrait réserver, un de ces jours, aux uns comme aux autres. Le régime n’est plus qu’un joujou aux mains de sa police. On a coutume de se plaindre de l’impunité de celle-ci, c’est ne pas comprendre que son impunité est celle du souverain, tout comme son arrogance est celle du parvenu.

Stratégiquement, la situation est des plus simples : nous voulons destituer ce qui nous gouverne ; et ce qui gouverne veut se maintenir, à n’importe quel prix. Il n’y a pas de question de « violence » là-dedans : il y a deux volontés qui s’affrontent : nous voulons les renverser et ils ne le veulent pas. Libre à eux. L’affaire sera tranchée sous les yeux de tous. En attendant, il n’y a plus de position neutre : tous ceux qui s’expriment autour de ce qui gronde en France en ce moment se rangent d’un côté ou de l’autre, pour la destitution du gouvernement ou contre elle. Entre les deux, il n’y a rien. Car « révolution » n’est pas un mot dans nos bouches, mais un feu dans notre cœur.

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Original à lire sur LundiMatin

Posté par PhilibertdePisan à 08:49 - Nos positions - Commentaires [0] - Permalien [#]
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