Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

05 juin 2014

Huitième festivité : Le train-train quotidien va bientôt dérailler !

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Huitième festivité : On envisagea bien un moment, au sein de quelques cercles de décision, de fabriquer des trains d'une largeur susceptible de leur permettre aisément d'entrer dans les gares. Il apparut cependant évident peu après qu'on n'avait pas jugé nécessaire de mesurer l'envergure de ces dernières, puisque avec étonnement chacun put bientôt contempler l'étrange agitation du grand nombre d'ouvriers auxquels on avait demandé de raboter les quais. 

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12 avril 2012

Un lettre en plus, un juge en moins

Lundi 2 avril, Charles Torres envoyait cette lettre au juge Fragnoli.

36h plus tard, et deux heures avant sa diffusion publique, Mr Fragnoli nous quittait.

 Monsieur le Juge, Je vous écris suite à votre visite à mon domicile le jeudi 23 février et à ma mise en garde à vue le même jour dans le cadre de votre instruction dans l’affaire dite « de Tarnac ». Ne connaissant pas l’adresse exacte de votre bureau au TGI, je me permets de vous joindre sur votre adresse mail parue récemment dans le Canard Enchaîné daté du 14 mars 2012. Au cas, où vous en auriez depuis changé, j’essaierai demain de vous l’envoyer en recommandé.

 Venons-en à l’objet de cette lettre. J’ai pu comprendre, lors de mes 36h de GAV que vous nous soupçonniez, —moi ou mon père de 86 ans qu’un de vos agents de police a entendu—, d’avoir confectionné les fers à bêtons qui ont été utilisés lors des sabotages des lignes TGV de novembre 2008. Ayant été libéré sans qu’aucune charge ne soit retenue contre moi, un esprit raisonnable estimerait que vos soupçons sont désormais levés. Cependant, j’ai suivi cette affaire dans la presse comme par le biais de mes amis inculpés, et je crains que malgré aucun élément probant, vous ne mainteniez ces soupçons en l’état dans votre instruction, en tant que pure hypothèse paranoïaque qui pourrait venir étayer l’histoire que vous tentez bon gré malgré de raconter depuis maintenant 3 ans et demi. J’aimerais à ce propos que cette lettre soit jointe à votre dossier d’instruction afin d’être bien certain que mon arrestation ne constitue en rien un élément à charge, même flou ou fantasmé, à l’encontre des inculpés de Tarnac mais bien un élément à décharge en tant qu’il contredit l’hypothèse que Julien Coupat et Yildune Lévy aurait fait une halte chez moi pour récupérer les crochets qui ont servi aux sabotages que vous vous obstinez à leur attribuer. Je m’étonne par ailleurs que les 20 policiers de la SDAT et de la DCRI qui prétendent les avoir suivi ces jours-là n’aient pas témoigné en ma faveur. S’ils étaient suivis par la police, cette dernière a bien dû vous dire qu’ils ne sont absolument pas passés chez mes parents.

 Comme vous le savez certainement, je n’ai pas beaucoup parlé lors de ma garde à vue. Ceci pour deux raisons, la première était l’incompétence affichée des policiers en terme de forge et la seconde, qu’il me paraissait beaucoup plus adequat d’attendre de vous rencontrer en chair et en os pour vous démontrer que vous faisiez définitivement fausse route en présumant que, parce que je sais forger, j’aurais pu avoir quoi que ce soit à voir avec les sabotages sur lesquels vous enquêtez.

 Quelle ne fut pas ma déception, lorsqu’on me signifia la fin de ma garde à vue, sans même que vous ayez pris le temps de m’entendre. Je trouve ça d’ailleurs pour le moins étrange que vous veniez deranger mon père en pyjama de bon matin pour m’arrêter à l’aide d’une trentaine de policiers pour au final ne pas prendre ne serait-ce que cinq minutes pour m’entendre. Peut-être deviez-vous de toute urgence partir en vacances ?

 Bref, quelques soient les raisons de cette négligence ou de cette stratégie, il me paraît tout à fait nécessaire de vous exposer aujourd’hui en quoi il est impossible que j’ai pu faire ces crochets ainsi que de justifier de certains objets incongrues que vous avez trouvé chez moi et mis sous scellés. Cela, je le répète, afin qu’il soit tout à fait impossible de maintenir l’hypothèse de ma participation à ces sabotages, même sous forme de pure hypothèse ou que vous écriviez à des journalistes pour dire que, tout de même, on a trouvé des cagoules dans la chambre de mon frère.

 Commençons par la présence des ces cagoules qui semblait rejouir les policiers de la SDAT. J’ai depuis mon arrestation eu le loisir de m’enquérir auprès de mon frère à ce propos : il faut bien le reconnaître, tout le monde ne possède pas deux cagoules trois trous dans son armoire. Le résultat de mes investigations est qu’il y a un an, ce dernier fêtait l’enterrement de vie de garçon de l’un de ses amis. A cette occasion, tout le monde le sait, les blagues les plus potaches viennent célébrer la fin d’une vie de célibataire. Leur humour, très particulier, les amena à simuler la prise en otage du presque-marié, et à le prendre en photo ligoté, au milieu de deux de ses amis cagoulés, le journal « têtu » de la semaine attestant de la date de l’enlèvement. Si vous souhaitez une quelconque confirmation de cela, n’hésitez pas joindre mon frère, il pourra vous donner les coordonnées de ces deux amis professeur agrégé à l’université de science de Rouen et chercheur au CHU de Rouen. Ils étaient respectivement le garçon ligoté et second preneur d’otage aux côtés de mon frère. A priori, la DCRI ne devrait pas les soupçonner d’une quelconque sympathie pro-terroriste.

 Concernant la lunette de vision nocture, comme je l’ai déclaré en garde à vue, elle sert à mon frère pour aller observer le brâme des cerfs à l’autonme en forêt de Roumare. Cependant, comme je l’ai dit à vos enquêteurs, étant donné que le contenu de cette instruction est régulièrement ouvert à la presse, il est hors de question que je vous divulge les lieux précis. Comme chacun le sait, les places de brâme c’est comme les coins à champignon, ça ne se donne pas à n’importe qui.

 Cependant si les trois magistrats instructeurs estimaient qu’un transport sur place était nécessaire à la manifestation de la vérité, je pourrais essayer de convaincre mon frère de vous y amener à l’autonme prochain à la condition que tout journaliste soit tenu à l’écart par un dispositif adequat. Entrons dans le vif du sujet, les crochets et mon métier de forgeron. Vous êtes venus chez moi suivant un faisceau d’indices graves et concordants, c’est à dire en l’espèce que d’après vous, le crochet n’est pas l’oeuvre d’un amateur sous-outillé (chalumeau et/ou poste à souder, meleuse éventuellement) ou d’une usine chinoise rationnalisée, mais bien celui d’un artisan forgeron, equipé et formé pour le travail du fer dans la tradition européenne (travail à chaud: découpe, étirage, refoulage; soudure à la forge).

 Toute l’ambiguïté de ma garde à vue reposait sur le fait que l’on me demandait d’être à la fois coupable et expert. N’étant a priori pas vraiment coupable, je me permets de vous livrer mon expertise qui, n’en doutons pas vous permettra définitivement d’écarter tout soupçon à mon encontre comme à celle de mon père.

 C’est une chance pour la justice que ces techniques laissent des traces particulierement parlantes –traces que j’imagine vous avez déjà relevées tant sur le matériel retrouvé sur les voies sncf que sur mes outils lors de la perquisition chez mes parents; la justice n’a pas l’habitude de déplacer de tels moyens sans qu’ils servent à etablir des preuves solides et indiscutables, -vous n’êtes pas là pour "emmerder le monde" comme on peut parfois l’entendre-. La découpe à chaud, par exemple, qui est l’appanage d’un artisant de ma trempe, se fait à l’aide d’un outil nomé "tranche a chaud" qui agit comme un burin sur le metal ramoli par la temperature. La lame de la tranche laisse dans l’acier découpé des sillons perpendiculaires à celle-ci qui correspondent au profil précis du fil de la tranche (en raison de leur travail, ces profils sont tres specifiques). Ces sillons peuvent donc être étudiés comme les rayures laissées par un canon sur une balle. Sur une section de fer, il y a par définition au moins deux découpes, les faire parler aura été votre préoccupation première j’en suis certain. De même, le marteau, outil qui est l’âme même du travail de forge, rentre dans le fer chaud en laissant l’empreinte de sa table, une table (surface de travail) qui aura dans tous les cas connu suffisament d’accidents pour porter des traces semblables à aucune autre. La comparaison de l’empreinte de l’outil et de l’empreinte retrouvée sur l’objet permettra donc d’exclure toute filliation de l’un à l’autre. Enfin, une derniere annalyse, fondamentale celle-la, est possible. Vous n’ignorez pas que l’acier est élaboré et mis à la nuance dans des "poches" qui peuvent faire de quinze à cinquante tonnes. La nuance suit un cahier des charges: en ce qui concerne le fer à béton, le taux de carbonne, par exemple est généralent tenu autour de 0,1% (comme 99% de l’acier qui nous entoure). De nombreux autres éléments sont aussi limités comme le souffre, le cuivre... Il existe cependant une variabilité possible entre les teneurs acceptées par le cahier des charges (lui même dépendant de chaque client), en prenant en compte une certaine finesse d’analyse, on peut ainsi parvenir à carractériser un profil chimique propre à une coulée précise. Si les éléments majeurs ne suffisent pas, il est possible d’utiliser les éléments traces (présents à moins de 0,01%), matières peu communes, souvent constituées de "terres rares". De plus, après avoir été fondu, l’acier est coulé dans des creusets de plusieurs tonnes où la vitesse du refroidissement donne aux lingots ainsi obtenus une grande complexité. Le laminage étire ces lingots si bien qu’une même barre de 6 mètres va avoir des propriétés physiques et chimiques légérement différentes des autres du même lingot, mais qui lui sont propres. Ainsi les chutes de travail réalisées avec un acier déterminé peuvent être caractérisées trés spécifiquement. Le mieux pour celà est d’utiliser un appareil dont la precision est incontestable. Le spectragraphe est trés utilisé dans l’industrie, quoi que généralement il est incapable de mesurer les éléments les plus légers et donne donc des résultats généraux qui sont une interprétation, une hypothèse. Et ce, sans compter le fait que les décharges qui font naitre les gaz eux-mêmes soumis a l’analyse spectrale ont tendance à se faire de façon sélective dans les échantillons ce qui induit d’insupportables inconnues dans le résultat. Pour des annalyses absolues, peut-être vaudrait-il mieux utiliser un microscope electronique à balayage, mais celui-ci n’est pas capable de discerner les éléments en solution, la microstructure cristalline est loin de pouvoir donner des résultats suffisament fins. La solution parfaite sera sans doute fournie par l’utilisation d’un accélérateur de particules. Ces machines peuvent réaliser des spectrographies de masse qui font généralement autorité dans le domaine de l’analyse de la matière. Le mieux à ce propos serait certainement de faire appel à un spécialiste que vous avez sous la main, j’ai lu dans la presse que vos collègues avaient récemment envoyé un jeune et brillant expert en physique des particules en préventive pour deux ans et demi.

 Si vous menez cette expertise, cela vous donnera la preuve irréfutable de mon innocence. Mais là où vous serez doublement gagnant c’est que l’on ne pourra plus, sur ce point au moins, vous soupçonner de faire les choses à l’envers. En l’état, arrêter quelqu’un et saisir des choses chez lui avant même d’avoir mené la moindre expertise vous permettant de le confondre ni même de savoir exactement ce que vous venez chercher.

 Aussi, par-delà la démonstration de mon extériorité à l’entreprise terroriste que vous poursuivez, au vu des clichés de mauvaise qualité que vos policiers m’ont présenté, il me paraît important de vous faire part de mon expertise quant aux qualifications adéquats à la réalisation des crochets en question. Etre médiatiquement présenté comme un terroriste est une chose, mais être soupçonné d’avoir réalisé un tel travail de cochon est une atteinte profonde à mon honneur. Je n’ai pas étudié la forge depuis plus de dix ans pour que l’on m’accuse d’avoir réalisé un travail qu’un enfant de 10 ans, voir même un agent de la SDAT, pourrait imiter en 10 minutes à la seule condition d’avoir accès à une meleuse et à un poste à souder. Matériel rudimentaire que, selon mes sources, des milions de français cachent dans leur garage.

 Aussi, en contrepartie de ce petit coup de main dans votre enquête, j’apprécierais une attention peu coûteuse de votre part. Je me suis étonné que tant de journalistes annoncent mon arrestation dans les médias mais que rien ou presque n’évoque ma sortie de garde à vue sans la moindre charge. C’est un hasard tout à fait facheux qui a beaucoup entâché ma réputation. Aussi, vous serez consterné d’apprendre que le Centre d’Histoire Sociale de Darnétal que vous êtes allé perquisitionner au motif que chaque année à la Saint Eloi j’y présente le travail de la forge à des enfants, a été tout à fait perturbé de votre venue (une distortion cognitive vous a peut-être amené à confondre ce musée avec votre bureau). Etrangement, aucun de mes employeurs n’a renouvelé de contrat pour cet été. De même pour ma boulangère ou les voisins de mes parents qui ne savent désormais plus comment nous regarder. Si vous pouviez donc faire savoir à qui de droit que je n’ai rien à voir avec tout cela et que votre hypothèse quant à ma participation à une association de malfaiteur relative à une entreprise terroriste s’est effondrée, cela m’éviterait de perdre d’avantage de contrats professionels et cela faciliterait le quotidien de mes parents.

 Aussi, vous n’êtes pas sans savoir qu’ayant refusé de me soumettre au prélèvement ADN, je passe en procès jeudi 5 avril pour cela. C’est une situation tout à fait ubuesque: 1. On vient m’arrêter à partir de motifs que d’aucuns trouveraient ridicules (mon métier, mes amis). 2. On me demande mon ADN au motif de ces motifs ridicule ce qu’évidemment je ne peux que refuser. 3. On me relâche au bout du premier quart de ma garde à vue, sans même avoir vu le juge à l’origine de ma présence. 4.On m’inculpe pour ce refus de donner mon ADN au moment même où la raison qui justifiait cette demande semble avoir disparu.

 Il y a là une logique qui m’échappe complètement sauf à penser que tout cela ne serait qu’un subterfuge pour permettre à la police d’obtenir l’ADN de n’importe qui et donc de procéder à l’identification génétique de personnes au seul motif que certains de leurs amis seraient considérés comme appartenant à une certaine position politique.

 Ayant lu dans la presse que vous êtiez républicain et de gauche, j’imagine que vous ne pouvez cautionner de telles pratiques. Ce serait donc vraiment super sympa si vous pouviez envoyer un mail au juge de Nanterre devant qui je vais passer jeudi 5 avril pour lui dire que tout cela n’est qu’un énorme quiproquo, que vous vous êtes gouré et que ce n’est pas grave car c’est en forgeant que l’on devient forgeron.

Charles Torres

PS: A posteriori, mon père de 86 ans vous remercie de la manière odieuse dont vous vous êtes comporté avec lui pendant la perquisition, ça lui a rappelé ces beaux moments de la jeunesse où il était poursuivi par les juges du régime franquiste. Il a, l’espace de quelques heures, grâce à vos hurlements, retrouvé ses vingt ans.

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03 décembre 2008

Soirée de soutien aux inculpés du 11 novembre

Posté par isabeaudeloere à 09:33 - Soutiens - Commentaires [0] - Permalien [#]
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