Amour, émeute et cuisine

Quelques pensées sur la civilisation, considérée dans ses aspects politiques, philosophiques, et culinaires, entre autres. Il y sera donc question de capitalisme, d'Empire, de révolte, et d'antiterrorisme, mais aussi autant que faire se peut de cuisine.

12 mars 2019

Treizième festivité : The mangler

Treizième festivité : Un journaliste-animateur du désert trouva soudain fort utile de se montrer presque en extase devant les bénéfices apportés par les progrès de l'industrie-marchande, et nul parmi ses auditeurs n'eut à patienter longtemps pour être informé de ce qui pouvait bien susciter chez lui un tel enthousiasme, puisque l'imbécile en révéla bientôt l'objet, qui n'était rien moins que l'invention, selon lui, d'un lave-linge à même de durer le temps d'une existence humaine, à condition toutefois d'en changer assez régulièrement quelques pièces. Que l'Empire-marchand, en 2019, en fût venu pour subsister à faire passer pour une invention extraordinaire une machine ayant à peine les mérites de n'importe quelle fabrication datant de 1950, ne troubla donc pas outre-mesure notre commentateur du néant, qui ignorait sans doute ou fit mine d'ignorer qu'un lave-linge de 1950 pouvait non seulement rester fiable pendant des dizaines d'années, mais le plus souvent sans même nécessiter le remplacement d'une pièce quelconque.

Lave-linge années 50

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03 juin 2014

L’écœurement n°5, la revue du désœuvrement actif

L’écœurement n°5 Couv écoeur n°5 05

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 Cette fois, en cette fin de la dixième lune de l'an 104 - qui soit dit en passant fut moins belle que la saison dont elle est l'ardente élue ne le laisse généralement attendre -, c'est fait !, on ne va plus cesser de nous bassiner avec l'odieux Front National et ses 25% aux dernières élections européennes ; quid des 57% d'abstentionnistes, des non-inscrits, et de tout ceux auxquels on a retiré le rudimentaire droit d'exercer leur civisme. Pour mieux nous entourlouper, on n'a d'ores et déjà pas manquer d'agiter le drapeau de la peur en nous parlant de « choc », de « séisme », et bien entendu d'un soi-disant néo-nazisme à présent devenu plus grimpant que rampant. Les monarques du FN ont donc encore eu de quoi rire davantage face à tant de tartuferies spectaculaires, et ce d'autant plus sûrement qu'ils ne pouvaient plus ignorer combien joue toujours en leur faveur qu'on continue de les vouloir faire passer pour anti-démocrates alors même qu'ils ne cessent de réclamer de la proportionnelle dans les élections. Car c'est désormais connu de beaucoup : ici comme ailleurs l'Empire aime les élections, mais seulement dès lors que leur résultat tourne en sa faveur ; l'Empire n'aime pas la « raison » des peuples....

 

Sommaire

Page 3 à 6 : Edito (Léolo)

Page 9 à 16 : Viticulture et culte de la vitesse à l'heure du réchauffement climatique (Léolo)

Page 17 à 38 : De la présence absente et de la tyrannie des dispositifs (Jordan)

Page 39 à 43 : De la haute absurdité du concept de "croissance" expliquée par un grain de riz ! (Isabeau de Loère)

Avec des illustrations de Léolo et Florence M.

 

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30 mars 2014

Trois actions simultanées contre le puçage !

Jeudi 27 mars, à Albi, environ 70 personnes (amis, voisins, clients, sympathisants de Nathalie Fernandez et Laurent Larmet) et 11 moutons ont occupé pendant deux heures la Direction départementale du territoire (DDT) du Tarn.

Elles venaient y dénoncer les sanctions infligées par cette administration à Nathalie et Laurent, suite à leur refus d'identifier leur troupeau conformément aux dernières réglementations en vigueur. A travers la puce électronique, elles dénonçaient le processus d'industrialisation forcenée auxquels sont soumises les activités agricoles depuis (au moins) 50 ans.

Précisément, ce matin avait lieu à la DDT la réunion mensuelle de la Commission départementale d'orientation agricole (CDOA) du Tarn, aéropage de bureaucrates et d'élus (syndicats, banques, Conseil général, préfecture...) qui administrent au quotidien, à un niveau local, cette politique d'industrialisation. Nous nous sommes fait un plaisir d'interrompre cette réunion, à laquelle a fait place une confrontation entre opposants au puçage et syndicalistes de la FNSEA, notamment.

La police est arrivée rapidement sur place pour assister à ces échanges, et a mis fin à notre occupation avant le pique-nique prévu dans la DDT. La directrice avait de toute façon interdit aux salariés de la DDT de quitter leurs bureaux et de venir écouter les propos que nous tenions dans le hall.

D'autres actions de solidarité avec Nathalie Fernandez et Laurent Larmet ont eu lieu le même jour, l'une à Cachan (occupation de la Driaaf) et l'autre à Biarritz (intervention au congrès de la FNSEA). Nous saluons ces initiatives et appelons à leur multiplication partout où cela est possible.

***

A Cachan, ce sont plus de 20 personnes qui ont occupé les locaux en soutien à Laurent et Nathalie. Les occupants, aux activités variées (intermittents, chômeurs, libraires, assistantes sociales, etc.) ont investi les locaux de l'administration en charge d'opérer les contrôles et de gérer les aides de l'Europe, en distribuant les bons points aux gros éleveurs de la région Ile-de-France, et mettant au piquet ceux qui refuseraient d'identifier électroniquement leurs animaux, ou de subir les contrôles sans cesse plus nombreux et contraignants. Dans le tract distribué à Cachan, on pouvait lire : « Nous qui venons ici occuper la Driaaf n’appartenons pas tous au milieu agricole. Cependant, nous aussi, nous refusons de voir dans la numérisation la solution miracle à la faim dans le monde, à l’éducation des enfants ou à l’accueil des personnes démunies. Nous refusons que nos imaginaires, notre nourri­ture, nos relations, nos expériences soient réduits à quelques algorithmes. »

La police est intervenue et les occupants ont quitté les lieux après avoir discuté avec le personnel de la Driaaf, obtenant d'eux d'envoyer depuis les locaux de l'administration des fax de leur tract et de leurs revendications au ministère de l'Agriculture et à la DDT du Tarn. A Biarritz, c'est dans le cadre de la manifestation de ELB (Euskal Herriko Laborarien Batasuna) / Confédération paysanne du Pays Basque en protestation du Congrès de la FNSEA que des opposants au puçage des brebis ont déployé des banderoles de soutien (Laurent ta Nathalien sustenguz ("Soutien à Laurent et nathalie", en basque) et NON à la puce et son monde ). Les paysans basques venaient confirmer leur colère face à l'agissement du syndicat soi-disant majoritaire, ne représentant que les intérêts de l'industrie agricole. Selon l'AFP, en guise de réponse aux manifestants, le président de la FNSEA Xavier Beulin aurait affirmé que le syndicat allait « investir dans une stratégie d'influence », afin notamment de faire taire les « semeurs de peur », et autres « théoriciens de la décroissance », pour convaincre l'opinion publique sur certains sujets comme les OGM.

Qui sont les semeurs de peur ?, la question reste ouverte.

Les tracts des différentes actions :

LETTRE OUVERTE AUX BUREAUCRATES ET AUX AUTRES

(PDF)

Les brebis qui n’existent pas font-elles des crottes virtuelles ? Aujourd’hui jeudi 27 mars 2014, nous occupons les locaux de la Direction Départementale des Territoires (D.D.T.) à Albi dans le Tarn pour perturber autant que possible son fonctionnement en représailles des sanctions prises à l’encontre de Nathalie Fernandez et Laurent Larmet, éleveurs de brebis. Ces deux éleveurs, comme d’autres dans le Tarn et en France, refusent d’appliquer la réforme de l’identification des bêtes qui impose la puce électronique RFID aux oreilles des brebis et la traçabilité aux éleveurs.
Lors d’un contrôle sur leur ferme, Nathalie et Laurent se sont vus notifier que la majorité de leurs brebis « n’existaient pas » entraînant de grosses pénalités financières. Aujourd’hui nous sommes donc accompagnés d’un troupeau de brebis qui « n’existent pas ».
Ceux qui appliquent cette réglementation c’est la DDT. Comme dans les nombreuses bureaucraties publiques ou privées qui encadrent le travail et la vie quotidienne de tout le monde, on s’entend toujours dire les mêmes choses :



« Nous ne pouvons rien faire, ce n’est plus nous qui décidons »

Les systèmes de contrôle du travail sur la Qualité, la Compétitivité, ou la Traçabilité ne sont jamais entièrement automatisés. Pour que ces systèmes soient efficaces, il faut encore des humains qui travaillent avec plus ou moins de zèle. Il y a encore des choix à faire et des décisions à prendre. Qui contrôler ? Sur quoi ? Comment sanctionner ? Pour quels motifs ?
Dans notre affaire, c’est la directrice de la Direction Départementale des Territoires et ses subalternes qui ont décidé en dernière instance et en toute connaissance de cause de retirer 15 000 € des primes agricoles et d’infliger une amende de 4 000 € mettant ainsi en danger la ferme de Granquié. Nous rappelons, en effet, que dans le contexte actuel les « primes » agricoles représentent 150% du revenu des éleveurs. Cette situation est organisée par une politique européenne et française de prix bas que nous n’avons pas décidée.

« Nous n’avons rien contre vous, nous ne faisons qu’appliquer la réglementation, elle est la même pour tous »

Les « services » de l’Etat, des chambres d'agriculture, des syndicats, des banques, des assurances, se présentent toujours de façon neutre et sur un pied d’égalité avec nous. A les écouter, ils seraient au service de tous et de toutes les causes, ils n’auraient aucune responsabilité politique. Or, historiquement, l’existence de ces bureaucraties ne se justifie que par un seul projet politique : l’industrialisation de l’agriculture, incontournable pour moderniser le capitalisme français, pour mettre en place une société de consommation et de services, entièrement urbanisée. Depuis les années 1960, c’est toute la pyramide des faux besoins, tout un mode de vie hors-sol, qui repose sur les pesticides, les engrais chimiques, la mécanisation à outrance et les subventions de la PAC.

« Nous n’avons rien contre vous, nous ne faisons qu’appliquer la réglementation, elle est la même pour tous »

Les « services » de l’Etat, des chambres d'agriculture, des syndicats, des banques, des assurances, se présentent toujours de façon neutre et sur un pied d’égalité avec nous. A les écouter, ils seraient au service de tous et de toutes les causes, ils n’auraient aucune responsabilité politique. Or, historiquement, l’existence de ces bureaucraties ne se justifie que par un seul projet politique : l’industrialisation de l’agriculture, incontournable pour moderniser le capitalisme français, pour mettre en place une société de consommation et de services, entièrement urbanisée. Depuis les années 1960, c’est toute la pyramide des faux besoins, tout un mode de vie hors-sol, qui repose sur les pesticides, les engrais chimiques, la mécanisation à outrance et les subventions de la PAC.

« Sans contrôle il y aurait des abus, nous aussi nous sommes contrôlés »

Se contrôler les uns les autres semble être devenue une chose normale. Cela s’appuie sur une idée récente : certaines conséquences du système capitaliste ne seraient que des dérives que l’on pourrait éviter grâce à des contrôles. C’est ainsi qu’en agriculture, la traçabilité est entrée en scène à la fin des années 90 pour remédier aux crises sanitaires. Celles-ci sont inhérentes au système industriel et désormais trop visibles. Jusque là, la traçabilité, inconnue du grand public, était un outil de gestion des stocks de marchandises des filières de commercialisation conçues par et pour les industriels. Elle est le prétexte pour élargir à tout le monde la logique industrielle. Avant, nous subissions comme tout le monde les pollutions et les destructions du système industriel, nous les subissons toujours et nous sommes soumis à un déluge de réglementations qui font semblant de vouloir limiter ces pollutions et destructions.

Nous ne voulons pas résoudre les problèmes de l’agriculture industrielle.
Nous souhaitons qu’elle disparaisse.

Solidarité avec Nathalie Fernandez et Laurent Larmet !

Abandon du puçage électronique des animaux (et des humains) !

__________________________________

 

¡ NO PUCARAN !

Soutien à Laurent et Nathalie, éleveurs en lutte

(PDF)

 

Chômeurs, enseignants, assistantes sociales, intermittents, musiciennes, profs, informaticiennes, artisans, étudiants, libraires, nous sommes ici en solidarité avec Laurent et Nathalie, un éleveur et une éleveuse de brebis dans le Tarn. Ces derniers ont vu leurs revenus, essentiellement issus de primes de la PAC (1), amputés de 15 000 euros pour cette année. À cela s’ajoute 5000 euros d’amende. Sur la base d’un contrôle de l’ASP(2), la DDT(3) du Tarn a décidé de les punir pour cause d’anomalies multiples dans l’identification de leurs brebis. Laurent et Nathalie sont engagés dans une démarche collective de dénonciation des contraintes que font peser les nouvelles normes et les nouveaux outils de gestion sur la vie quotidienne.
Parce que nous nous sentons du même monde que des éleveurs de brebis quand ils ne peuvent plus avoir la moindre autonomie dans leur quotidien et parce qu’ils ont décidé de résister, nous occupons ce jeudi 26 mars la Driaaf(4) à Cachan. Cette institution coordonne l’exécution des mesures administratives concernant les agriculteurs en Île-de-France, et notamment la traçabilité. D’autres groupes de soutien mènent d’autres actions de soutien ce même jour en France.

Laurent et Nathalie s’occupent de 216 brebis, vivantes et trébuchantes, mais l’administration n’en a reconnu que 41 comme « réelles », c’est-à-dire immatriculées en bonne et due forme. Par un retournement désormais classique, la collecte des données prend le pas sur l’activité elle-même. Comme dans beaucoup d’autres secteurs, le métier d’éleveur relève aujourd’hui d’un régime de suspicion généralisée. Une large part du revenu agricole (primes, subventions) est conditionné par un ensemble de déclarations et/ou de contrôles. Cette logique est la même pour les chômeurs, les intermittents, les enseignants, les médecins, etc. : Tu ne mangeras qu’après avoir bien rempli les grilles d’évaluation conçues par et pour l’administration.
En matière de production de viande, l’équation est la suivante : traçabilité = sécurité alimentaire. Le revenu de l’agriculteur est alors indexé sur le contrôle de traçage ; et la communication qui en est faite est censée rassurer le consommateur pour qu’il continue d’aller au supermarché après les scandales alimentaires, dus à l’industrialisation du marché.
Or suivre une bête depuis sa naissance jusqu’à son abattage ne garantit ni son goût ni sa qualité. En revanche, donner à un animal des conditions d’existence décentes, pouvoir le reconnaître sans appareillage technique et l’accompagner tout au long de sa vie, voilà qui peut le maintenir en bonne santé, et donc assurer la qualité de la nourriture. Ce type de soin, ce ne sont ni les organismes de contrôle ni les industriels de la viande qui peuvent s’en porter garants, mais les éleveurs qui ont à charge un troupeau à la mesure de leur capacité de compagnonnage. Et c’est aux consommateurs de créer une relation de confiance avec le producteur, au lieu de la déléguer à des experts en labellisation qu’on ne voit jamais en chair et en os.
Dans un tel système, la traçabilité ne permet pas d’éviter la dégradation des aliments, mais elle fournit un prétexte pour contrôler les faits et gestes des éleveurs. En matière de contrôle, l’administration n’est jamais trop zélée, et l’on est ainsi passé d’une boucle d’identification unique, à la double boucle. En 2014, ces dernières doivent contenir une puce électronique à radiofréquences, lisible sans contact. Ce procédé ouvre de nouveaux horizons à la robotisation de l’élevage : en tant que support d’informations, la puce électronique permet des communications « directes » entre l’animal et la machine et prépare des bergeries « automatiques », des abattoirs connectés, une sélection génétique informatique et un monitoring continu de la production. Dans la numérisation qui se met en place, l’éleveur perd son autonomie, puisque son activité se réduit à gérer les interfaces, et surtout ce qui perturbe la communication entre elles : les mille phénomènes propres au vivant (quand il digère, qu’il s’enfuit, qu’il tombe, etc.) et qui font qu’une brebis ne rentrera jamais dans un tableau Excel.
S’opposer au devenir-machine de leurs animaux et à la transformation du métier d’éleveur en celui d’opérateur de saisie, voilà ce qui a motivé Nathalie et Laurent à « négliger » l’identification administrative de leurs bêtes. Comme d’autres, et notamment celles et ceux qui ont signé la Déclaration de Montferrier en 2011, ils refusent le puçage au nom du sens et du plaisir qu’ils trouvent dans leur activité ; au nom aussi de l’idée que l’avenir de l’élevage n’est pas dans son industrialisation et qu’il ne peut pas être décidé entre grands producteurs et lobbies technologiques.

Nous qui venons ici occuper la Driaaf n’appartenons pas tous au milieu agricole. Cependant, nous aussi, nous refusons de voir dans la numérisation la solution miracle à la faim dans le monde, à l’éducation des enfants ou à l’accueil des personnes démunies. Nous refusons que nos imaginaires, notre nourriture, nos relations, nos expériences soient réduits à quelques algorithmes.

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Nous occupons la Driaaf de Cachan parce que nous exigeons pour Laurent Larmet et Nathalie Fernandez, éleveurs dans le Tarn, l’annulation des amendes et la restitution de leurs primes à la surface et à la brebis ainsi que l’arrêt de l’obligation d’identification pour les agriculteurs.

__________________________

1 - Politique agricole commune (Europe)

2 - Agence des services et paiements

3 - Direction départementale du territoire

4 - Direction régionale et interdépartementale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt

 

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Soutien à Nathalie Fernandez et Laurent Larmet

Non à la puce électronique et son monde !

(PDF)


Nathalie Fernandez et Laurent Larmet, éleveurs de brebis laitières dans le Tarn, ont publiquement affirmé leur opposition à cette nouvelle norme imposée dans nos élevages : l'identification électronique. L'an dernier, à la suite de contrôles, la non conformité de leur identification a entraîné la suppression de 15000 euros d'aides publiques et plus de 4000 euros d'amendes. Pour les bureaucrates-négateurs de la Direction Départementale des Territoires et de l'Agence de Services et de Paiement du Tarn, les animaux à l'identification non conformes n'existent pas. Ainsi, sur les 219 brebis de leur troupeau, plus de 170 ont été écartées des droits d'attribution des aides.

D'autres éleveurs en Bretagne, Haute-Loire, etc. sont la cible de contrôles et de pénalités. Aujourd'hui même, nos amis du Tarn mènent une action à la DDT d'Albi et, dans le cadre d'une campagne de soutien à Laurent et Nathalie, nous profitons de la venue de Dacian Ciolos, Commissaire européen à l'agriculture, et Stéphane Le Foll, Ministre de l'agriculture, au congrès de la FNSEA pour réaffirmer toute notre solidarité aux opposants à l'identification électronique que nous n'avons pas demandée et que nous ne voulons pas.

Aujourd'hui ce sont Laurent et Nathalie qui sont concernés par l'arbitraire de l'administration, et demain, cela peut être ceux qui, parmi nous éleveurs, refusons de nous coucher face à toutes les lubies bureaucratiques, mais aussi, tout éleveur qui pourrait avoir un moment d'inattention. En 2011, ce sont près de 80% des dossiers contrôlés au titre de la conditionnalité s’agissant de l’identification qui présentent des anomalies dues à la complexité croissante des facétieuses exigences administratives (selon le rapport d' « Evaluation du dispositif d'identification électronique des petits ruminants et de son impact en 2013 » du Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux).

Nous n'entendons pas porter de revendication particulière au Ministre de l'agriculture ou au Commissaire européen.

Le ministère de l'agriculture se retranche systématiquement derrière la Commission européenne qui a institué cette obligation d'identification électronique et l'impossibilité de l’abroger. Nous voilà mis devant le fait accompli par une directive émanant d'une institution (l'Union Européenne) qui ne manque pas d'être décrédibilisée un peu plus à chaque scrutin électoral. L'abstention toujours plus massive, ayant déjà battue des records lors des municipales, ne manquera pas d'être majoritaire lors de l'échéance de mai prochain. Cela témoigne à quel point sont discrédités tous ces politiques qui ne sont en fait que des compagnons de route de l'édification de l'empire marchand.

Nous entendons encore exprimer notre refus de la perspective totalitaire de l'économie marchande, ses velléités de Transparence et de Traçabilité, concepts néo-policiers et instruments de contrôle de la société industrielle façonnée par l'économie politique.

Ce qu'on fait aux animaux, on le fera aux hommes.

DEPARASITONS NOS BREBIS !
DEPARASITONS NOS VIES !

Püza Hadi, le 27 mars 2014

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23 janvier 2014

In-corporation techno-tic

Formation et emploi
La somme des con-formés est égale à la masse des con-sommateurs. Cette masse est l'instrument de l'inertie du système.

1 - L'incapacité à dévisser un siphon s'apprend ; l'être ainsi apprêté est un consommateur. Au nom de l'égalité de tous face au savoir, on crée le socle commun dont la diffusion entraîne mécaniquement le recul de l'apprentissage par chacun de ce que les autres ne savent pas. Le socle commun diminue la somme totale des savoirs au sein de l'humanité.(1)
La « pollution » de chacun par des savoirs jugés universellement nécessaires entraîne une uniformisation générale, autrement dit l'épuration du tout.(2) L'universalisation des savoirs s'accompagne d'un morcellement des savoir-faire, lequel a pour fin que chacun soit toujours obligé d'en passer par la sphère marchande pour satisfaire le moindre de ses désirs ou besoins.(3)

2 - À l'école, le remplacement des travaux manuels par le cours de technologie montre assez déjà combien la société de consommation a besoin que les seuls savoirs pratiques enseignés aux futurs consommateurs soient ceux dont la mise en œuvre suppose des outils qu'ils ne posséderont jamais.(4)
Les enfants toucheront à toutes les technologies, sans jamais revenir sur aucune, si bien qu'ils oublieront immédiatement ce qu'ils ont fait.(5)
L'initiation à tout est de mise. Parce qu'il s'agit d'éveiller en lui de faux « désirs » tout en rabaissant l'estime qu'autrement il eût pu avoir de lui-même,(6) on souhaite que le consommateur sache ce qu'on sait faire, tout en lui interdisant de savoir le faire lui-même.
Un travailleur sans estime de soi se révèle toujours plus facilement exploitable à merci.
Le sans-emploi (l'inutile) se fait chercheur d'emploi (mendiant).
Dans le monde réellement renversé, il y a des bénéficiaires de l'Obligation d'Emploi,(7) cette sous-catégorie des obligés de bénéficier d'un emploi.(8)
Au cours d'une lutte massive et égoïste sur le marché du travail, l'inutile ne peut qu'apprendre à estimer qui serait généreusement susceptible de lui offrir un emploi (l'exploiteur), aussi sûrement qu'il apprend à combattre une bonne part de ses camarades inutiles (prolétaires).(9)
Les utiles (em-ployés), eux, haïssent les inutiles parce qu'ils sont assistés,(10) et haïssent les accédant à l'utilité, en tant que futurs occupants probables d'un poste équivalent au leur, mais dans des conditions inférieures qui menacent leur propre emploi ou au moins le peu de qualité de vie qu'un tel emploi leur offrait encore.
Ces mêmes utilisés n'oublient qu'assez rarement de faire à la fois le procès d'un supposé laxisme exercé envers ceux qui ne détiennent que leur puissance d'agir et osent en user, et l'apologie de la flexibilité de celui qui vend cette puissance.

Le sensible et l'in-formation
L'accélération des uns rend de plus en plus criante la relative lenteur des autres, et bientôt la plupart des Hommes ne serviront plus que de support agricole et industriel à la domination transhumaine informatisée.

1 – Des cinq ou huit sens que possède l'être humain, on ne sait en stimuler artificiellement que deux – l'audition moins que la vue. Les progrès de la technologie pour nous donner l'illusion d'autres stimuli n'avançant pas assez rapidement, on s'applique à en effacer l'existence au sein du réel ; par le lissage on nous retire le toucher, par l'irrigation et le sucre on nous prive du goût, par l'hygiène des odeurs, par la climatisation de la chaleur et du froid, par l'anesthésie de la douleur et de toute activité supposant un certain sens de l'équilibre ou une proprioception tant soit peu développée.

2 – Il est devenu inadmissible, à la campagne, de n'avoir ni autoroute ni haut-débit.(11) Une personne valide habitant en milieu rural, (in)soumise à la fracture numérique, se retrouve en situation de handicap.
Or la compensation du handicap suppose, pour que la personne handicapée n'ait aucun besoin d'amis, non seulement l'augmentation de ses capacités naturelles, mais aussi le lissage du monde afin que la situation de handicap soit elle-même liquidée. L'égalité des chances suppose que la boue, la neige, les travaux de voirie, mais également la montagne et la nuit,(12) soient normalisés afin de permettre « à l'envi » la circulation permanente de tous à une égale vitesse, que l'on voudra toujours plus élevée.
L'abolition de la nuit a d'ailleurs pour objet, entre autres, de forclore en nous toutes possibilités de développer un autre sens que celui de la vue.

3 – Pour assurer un transit fluide, régulier, prévisible, insoumis aux aléas mécaniques, les outils de notre mobilité nous sont bientôt retirés : l'électronique embarqué remplace la manivelle, les dynamos de moyeu conquièrent les vélos même non électriques, le covoiturage remplace le stop, l'autopartage la voiture familiale, et le leasing se substitue au garagiste. Pour que ça « aille », il faut constamment augmenter la puissance des laxatifs administrés.
Dans un monde visuel-virtuel, peu importe que l'on se déplace ou pas : l'augmentation concomitante de la vitesse de déplacement physique et des masses de données nécessaires à une illusion de plus en plus réaliste identifie toujours plus le déplacement physique à la transmission de données, sur un plan énergétique et aussi bien pratique.
La suppression des distances concourt à l'in-formatisation des hommes – et vice versa -, et en premier lieu celle des habitants riches des villes ayant accès aux moyens de transports performants ; l'idéal vers lequel tendre étant la téléportation.(13)
S'ils nous laissaient vivre, nous pourrions laisser les transhumains (in-formés) « transhumer » comme ils veulent, mais la tendance n'est malheureusement pas à la tolérance vis-à-vis des objecteurs de mobilité.(14)

4 – Le consommateur n'est jamais en empathie avec l'autre ; il est en empathie avec la marchandise.
Si les mannequins sont maigres, ce n'est pas parce qu'on exige d'eux qu'ils soient les représentants d'un certain sex-appeal, mais bel et bien les V.R.P. d'une esthétique de cintres. Si jadis la beauté de celui-là qui portait un vêtement visait encore à mettre en valeur ce dernier aussi sûrement que la beauté du vêtement cherchait à mettre en valeur celle de son porteur, tout de nos jours consiste à effacer l'humain.
En sorte que les mannequins, en tant qu'avant-garde efflanquée de l'être-humain informatisé, doivent nécessairement en présenter toutes les « informités » ; ils ne sont plus, en dernière analyse, que des supports publicitaires, et c'est en quoi au même titre que le tablettes informatiques ils se doivent d'être ultraplats.(15)

Croissance et mobilité
Inertie de l'accélération et pas de côté.

Dans le système capitaliste, l'intérêt des dettes doit être compensé par la croissance, et la survie d'un tel système suppose dès lors une constante accélération.(16)
L'utile doit rester employé pour demeurer consommateur : l'inertie d'une telle (im)posture ne peut guère faire autrement que le pousser à courir toujours plus vite pour sou-tenir la croissance et main-tenir son emploi.(17)
La professionnalisation de la solidarité n'est pas une solution à la disparition des liens,(18) ne serait-ce qu'en ceci qu'elle remplace l'autonomie par de la croissance et de l'emploi.(19)
Plus la masse des consommés (produits) est grande, plus aussi l'inertie du système est importante, et plus il nous faut de forces, de puissances, pour changer de cap.(20)
Pour provoquer un changement de direction dans un système, il est nécessaire d'exercer une force d'attraction, ou de répulsion de l'extérieur sur ce système. Il s'agit donc autant que faire se peut de quitter la masse des conformés, la somme des consommateurs des inutiles et des employés, en commençant par faire un pas de côté.
On nomme depuis quelques temps les employés collaborateurs ; l'injonction à s'insérer ne peut plus dès lors que nous inciter à résister par la désertion : le pas de côté, aujourd'hui, c'est le maquis.

La Capuchine 03 copier

La Capuchine, janvier 2014

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12 novembre 2013

La société industrielle et son avenir

La_Societe_industrielle_et_son_avenir

1. Les conséquences de la révolution industrielle ont été désastreuses pour l'humanité. Pour ceux d'entre nous qui vivent dans les pays «avancés» l'espérance de vie s'est accrue, mais la société a été déstabilisée, la vie privée de sens, les hommes ont été livrés à l'humiliation, la souffrance psychique s'est généralisée — souffrance qui est également physique dans le tiers monde — et enfin le monde naturel été gravement détérioré. Le développement accéléré de la technologie va empirer les choses et sans aucun doute infliger aux hommes des humiliations plus graves encore et à la nature de plus grands dommages ; il va probablement accroître la désagrégation sociale et la souffrance psychique, et peut-être augmenter la souffrance physique, même dans les pays «avancés».

2. Le système industriel-technologique peut survivre, ou il peut s'effondrer. S'il survit, peut-être réussira-t-il finalement à réduire les souffrances physiques et psychiques, mais ce sera seulement au terme d'une longue et douloureuse période d'adaptation, et au prix d'une réduction définitive des hommes, et de beaucoup d'autres organismes vivants, à l'état de produits manufacturés, simples rouages de la machine sociale. En outre, si le système survit, on ne pourra en éviter les conséquences : il n'existe aucun moyen, réforme ou ajustement, pour l'empêcher de priver les gens de leur dignité et de leur autonomie.

3. Si le système s'effondre, les conséquences seront également très douloureuses, et le seront d'autant plus qu'il se sera étendu et perfectionné ; s'il doit s'effondrer, mieux vaut donc que ce soit aussitôt que possible.

4. Nous préconisons donc une révolution contre le système industriel. Elle peut être violente ou non, être soudaine ou s'étaler sur plusieurs décennies. Nous ne pouvons le prédire. En revanche, nous pouvons énoncer dans leurs grandes lignes les dispositions que devraient prendre les ennemis du système industriel, en vue de préparer la voie à une révolution. Ce ne sera pas une révolution politique. Ce n'est pas aux gouvernements qu'elle devra s'attaquer, mais aux bases économiques et technologiques de la société actuelle.

Notes AEC : Ainsi que l'indique la couverture ci à droite, la traduction du texte de Théodore Kaczinski que nous proposons ici en PDF est celle effectuée par les éditions de l'Encyclopédie des Nuisances en 1998, et ce en particulier parce qu'elle nous semble la plus digne de confiance. Nous tenons à préciser toutefois que le choix de transcrire les vocables "leftism" et "leftist" par le mot "progressisme" peut s'avérer discutable, même si à l'évidence "gauchisme" et "gauchiste" - comme le signale l'EDN -, se seraient eux aussi révélés insuffisants et trompeurs, du moins à les entendre dans le seul "cadre" hexagonal, au sein duquel le "gauchisme" a souvent été fort différent de celui qui s'est longtemps exprimé (et s'exprime encore parfois) aux Etats-Unis. Il s'agira donc, afin d'avoir une lecture aussi objective que possible de l'ouvrage, d'essayer de ne jamais oublier quels liens ledit "progressisme" entretient avec un certain "gauchisme" états-unien, comme il en entretient sans le moindre doute avec la "gauche étatique" française, voire européenne. Qui voudrait mieux appréhender la corrélation "gauchisme/progressisme" lira avantageusement "Le Socialisme sans le Progrès", de Dwight Macdonald.

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05 juillet 2013

L'empathie de la non vie, Design-on l'ennemi

L’empathie de la non-vie (1)

Design-on l’ennemi


Le design, c’est cool, c’est sympa, n’est-ce pas ? C’est Trendy diront certains pour être dans le coup. Ça rime avec le beau, l’innovation, le progrès. Parfois il y a un petit côté fascinant, magique dirons-nous. Si ça va trop loin alors c’est de la science-fiction, «mais c’est avant tout pour poser des questions» répondront les naïfs la bouche en cœur. Un concept fourre-tout : design environnemental, design commercial, design social, design numérique, design humanitaire… Bref, rien de bien méchant dans ce «quelque chose perdu entre l’art et l’industrie» que nul ne sait trop définir avec précision. Nous allons donc tenter d’expliquer, ici, ce que recouvre ce terme et ce qu’il implique réellement sur et dans nos vies.


Un projet totalitaire

L’anglicisme design, issu du vieux français desseing (1556), conjugue en son sein deux concepts : le dessin et le dessein. C’est-à-dire qu’il est une représentation mais également un projet qui nous parle de notre présent (tel un miroir) et nous permet de saisir ce qui se dessine (ou se projette) dans un futur plus ou moins proche. Le design est donc un projet ; un projet de vie, ajouterons-nous pour être plus exact. Il est considéré comme l’un des grands métiers de la conception avec ceux de l’urbaniste et de l’ingénieur (2). Tous des métiers totalitaires car totalisants : ils inventent, façonnent, gèrent, rationalisent, planifient et s’imposent à nous, sur nos vies, sans que nous leur ayons demandé quoi que ce soit. Le design n’est pas neutre mais bien notoirement politique ; et ce d’autant plus qu’il flirte constamment avec la domination et qu’il glorifie perpétuellement le système technico-logisticien.

Le design est né au XIXe siècle avec la révolution industrielle, processus historique, qui a fait basculer radicalement les sociétés d’un statut à dominante agraire et artisanal vers un statut commercial et mécanisé, statut qui va forger (renforcer et accroître) à son tour la domination capitaliste, et déposséder progressivement les sans-pouvoirs de la maigre prise qu’ils pouvaient encore avoir sur le monde et son décors. Ainsi le design prend-il son essor dans les puissances capitalistes et impérialistes de l’époque : la Grande-Bretagne et la France, avant l’Allemagne et les États-Unis. A l’origine du design, nous retrouvons la conjugaison de certains mouvements artistiques qui ont tenté de critiquer la montée de l’industrialisation. Si l’industrialisation impliquait une modification accélérée de leur environnement et des rapports sociaux, ces mouvements artistiques avaient en germe une certaine mission émancipatrice. Ils ont, d’une certaine façon, essayé de rendre, au moins partiellement, plus vivable le monde tel qu’il était en le délivrant de l’ennui d’une réalité quotidienne déjà de plus en plus envahie par la marchandise. Ainsi, face à la concentration des individus (population ouvrière) dans les villes et les usines, avec leur lot de misère et d’environnement noirâtre, l’Art & Craft tentera d’améliorer le quotidien de l’ouvrier en lui créant un espace de vie agréable et beau (la maison et l’ensemble des objets qui la meublent), mais aussi en lui proposant un retour à la nature et la réappropriation d’un certain savoir-faire (l’artisanat). Toutefois, si à sa manière ce mouvement critiquait bel et bien le nouveau système de production, il ne manquait toutefois pas de s’y associer en rapprochant les Beaux-Arts et l’industrie, par le biais des Arts appliqués. Les mouvements qui suivront – Art nouveau, Bahaus et la plupart des avant-gardes artistiques du vingtième siècle – ne cesseront dès lors de mener cette danse entre répulsion et attirance où vont s’échafauder des concepts abstraits qui, aisément récupérables et aisément récupérés par le système, n’omettront pas d’aggraver l’immondisme ambiant : telle l’idée d’Art total qui s’applique à tous les aspects de la vie, quoique la plupart de ces mouvements avant-gardistes aient d’abord voulu tout autre chose. Le design, lui, poursuivra son avancée avec les crises économiques, la société de consommation et les nouvelles technologies. Quant aux artistes, ils ne cesseront d’accroître leur connivence, voire leur entier ralliement, avec le système capitaliste industriel, ce que montre assez bien aujourd’hui le misérable spectacle que nous offre le (pseudo)-art contemporain. Deux exemples frappants et significatifs : – Le designer Brooks Stevens qui popularise, dans les années 50, la notion « d’obsolescence programmée», créée par le riche philanthrope américain Bernard London pour sortir le pays de la grande dépression des années 30. – Le Pop Art et son chantre Andy Wharol qui, de sa Factory 3, n’a fait que glorifier le système – sous couvert d’en questionner les dispositifs – en rendant artistiques les produits qui colonisaient en masse nos sociétés et nos têtes, autrement dit en fétichisant la marchandise. Standardisation, sérialité, technologie et marchandisation : le spectacle et sa société à leur apogée.


De l’Art dans la ville à la ville Art : design moi des moutons !


L’art de la guerre

«Saint-Étienne, Capitale internationale du design». Pour ce faire, elle crée la Cité du design dans l’ancienne manufacture d’armes de la ville : 33 000 m2, trois ans de travaux pour un coût de 40,7 millions d’euros avec l’aide de l’État, la région et l’argent du contribuable. Un lieu en soi assez symptomatique de la continuation et du recyclage d’un certain savoir-faire morbide. Tel le fameux «Clairon» ou FAMAS (Fusil d’assaut de la manufacture d’armes de Saint-Étienne), et ses lignes ô combien designées pour répandre leur «démocratie», ou en maintenir l’existence aux quatre coins du globe. Au même titre que la technologie, le design est une continuation de la guerre, c’est-à-dire de la politique, par d’autres moyens, pour s’exprimer comme Clausewitz. Pourquoi irait-on, sinon, jusqu’à parler de Cité du design ? Et d’ailleurs que doit-on entendre par Cité du design ? Uniquement ce lieu qui se veut la vitrine d’une pratique particulière ou l’espace générale de la ville où cette pratique a lieu ? Donc de Saint-Étienne dans son ensemble, comme ville designée.



Réenchantons donc tout ça

Une chose est sûre, ce n’est pas gagné d’avance et c’est tant mieux. A l’instar de villes comme Marseille (capitale européenne de la culture 2013 (4)) où se conjuguent résistance et une certaine image collant à la peau qui obstruent les plus mégalos désirs des élites en place. «Redresser l’image de Saint-Etienne ? Il existe des défis plus aisés. Aujourd’hui encore, la préfecture de la Loire souffre d’une mauvaise réputation. Ville froide, ville noire, ville grise et austère, qui ne vaudrait guère le détour… Quelle que soit sa véracité, ce constat accablant demeure un lourd handicap. Surtout dans un contexte de concurrence entre les territoires. Qu’on s’en félicite ou qu’on le regrette, les villes sont en compétition lorsqu’il s’agit d’attirer des chefs d’entreprise, des touristes ou de nouveaux habitants. Et, dans cette bataille, l’image joue un rôle décisif» (5) Le design est donc bien à entendre comme une marque, un logo, mais aussi un médium et un cheval de Troyes. Dans le monde réseau et à l’heure de la transnationalisation du capitalisme, on nous somme de nous vendre et de nous associer pour mieux combattre contre des métropoles voisines, d’autres états ou d’autres régions du monde. Autrement dit, il s’agit bien d’une guerre dont l’un des principaux objectifs est de coloniser nos esprits et nos territoires. Qu’on se le dise toutefois : de cette guerre, nous n’en voulons pas, pas plus que nous ne voulons de ces nouveaux habitants qu’elle charrie avec elle, ces néo petits-bourgeois à forts revenus qui nous relégueront, volontairement ou non, à des fonctions subalternes. A force d’être designée, Saint-Étienne finira par ressembler à n’importe quel quartier d’une mégalopole telle que Shangai, c’est-à-dire par ressembler à rien ou à ce qui se fait maintenant presque n’importe où sur le globe, ce qui revient au même : «modernisation» disciplinaire d’un côté, muséification touristique de l’autre, et néantisation du vivant partout. Notre territoire est donc devenu le terrain d’un incessant conflit de basse intensité que nous nous devons de défendre ; non pour ce qu’il devrait être aux yeux de nos gestionnaires mais bien pour ce qu’il est et ce que nous en faisons au quotidien. Si nous nous battons, c’est pour conserver le peu de vie réelle qui y subsiste encore face à ce dessein mortifère qui nous est destiné. Et tous ces tours de passe-passe qu’on emploie, soit disant pour nous civiliser, ne parviendront pas à nous faire oublier les antagonismes de classe et les conflits sociaux en cours. Du nouveau logo de la ville au nouveau slogan pour se vendre au-dehors – «Saint-Étienne atelier visionnaire» –, Saint-Étienne s’est fait un petit lifting promotionnel. Sur le plan local, il s’agit de redorer un passé industriel glorieux (quitte à nier une grande part d’une certaine réalité économique et sociale qui lui est consubstantielle) en changeant par tous les moyens possibles et imaginables (communication, grands travaux, emprunts toxiques, participation citoyenne, accueil de grands événements...) cette image stigmatisante (6). Saint-Étienne tente de se rattacher à la mégalopole en cours de construction dans la région Rhône-Alpes, ou au minimum de s’y faire une place. C’est que pour peser dans la concurrence mondiale, il faut du nombre et de la technologie. C’est ce à quoi travaillent nos trois blaireaux socialistes régionaux (Messieurs Vincent, Collomb pour Lyon et Destot pour Grenoble) : donner à la région Rhône-Alpes une dimension internationale ou, au moins, une envergure européenne avec d’un côté la métropole Lyon-Saint-Étienne et de l’autre le Sillon Alpin (7). Quelle place peut alors jouer notre ville dans cette méga-technopole multipolaire, si elle ne veut pas être cantonnée à celle de banlieue dortoir pour la grande voisine qui a tout de même besoin d’elle pour étoffer son poids métropolitain ? Car il est vrai que même avec quelques pôles de compétitivité, Saint-é ne pèse pas bien lourd face à ses deux voisines. Son maire, dans une formule qui ne manque pas de force pour un slogan (est-ce de lui ou du service communication de la ville ?), en dit assez long sur le projet : «nous avons un savoir-faire et nous allons le faire savoir (8) ». Ce que Monsieur Maurice Vincent nous dit c’est que Saint-Étienne et son design feront surtout officine de propagande pour ses partenaires, la com’ de l’innovation (9). Et son intégration au club des villes patrimoine de l’UNESCO – réseau qui compte aujourd’hui onze villes créatrices (10) – lui offre à cet égard une certaine légitimité institutionnelle. Cependant, tout le monde voit bien que ce ramdam ne convainc pas tant que ça les habitants de cette ville. Quelle est dès lors la véritable fonction dudit ramdam ? Ni plus, ni moins de nous façonner captieusement l’esprit afin de nous acclimater à ce que nous prépare l’Ennemi : supporter l’insupportable, faire accroire la liberté dans l’absolue déshumanisation. Dans la plus pure novlangue, à créer du discours : parler de et faire parler. «La biennale produit des effets concrets : les nombreux articles qui ont été écrits sur le sujet témoignent d’une vraie reconnaissance. Cela donne une nouvelle image à notre ville et contribue à son attractivité (11)


Bienvenue dans le nanomonde


« [L’homme a créé la machine]. La machine a envahi l’homme, l’homme s’est fait machine, fonctionne et ne vit plus. » – Mohandas Gandhi

La biennale, donc, nous parle du monde de demain. Si le design est né avec la première société industrielle, il témoigne aujourd’hui de la quatrième et dernière (12) révolution industrielle, celle de la convergence des sciences et des technologies NBIC (Nano-Bio-Info-Cogno), qui se déploie sous nos yeux. Il nous parle de catastrophes à venir qu’il suffirait de conjurer par la grâce et l’intelligence des techniciens et gestionnaires de tous poils. Mais la catastrophe, elle, est belle et bien déjà là. Et même si l’humain, lui, s’adapte à tout – y compris au pire –, mieux vaut tout de même l’aider à banaliser encore celles à venir… sait-on jamais avec cet animal. Voilà donc des années que cette biennale nous fait la propagande de ce que concoctent les labos de Recherche et développement (R&D) pour répondre aux maux qu’ils créent. Et toujours sous couvert de création et de réflexion, on s’adonne à toutes les saloperies possibles et imaginables. Parmi les expositions bien révélatrices, telle «Eden-ADN» en 2007, ou certains stands bien craignos, la palme revient toujours au pavillon «aujourd’hui, c’est demain»… En pire.

Quelques exemples en vrac vus lors de cette biennale ou lors de précédentes : Artificialisation du vivant (OGM & biotechniologies) / Manifeste des mutants (13) / Prolifération de puces RFID et géolocalisation (14) / (Inter)connexion généralisée (des ondes électromagnétiques – et des cancers – à gogo) / Virtualisation du monde (où le virtuel tend à devenir le réel et l’écran notre unique fenêtre sur le monde) / Propagande nucléaire au stand EDF / De la nanotechnologie à toutes les sauces / Appareils intelligents (15) / Monde sans paysans (création de tours agricoles à production hors sol ; viande à faire pousser chez soi in vitro (16), capsules nutritives, … (17) – bon empathie !) / Comment vivre demain dans une boîte à chaussures ? (où mieux que les solutions proposées par le bienfaiteur de l’humanité Ikéa, les murs bougent et les objets se plient pour répondre aux besoins de la journée) (18) / Des super jeux éducatifs : «SIMS nanotechnologies» en lien avec le CNRS et le CEA (où en plus de réaliser son petit fantasme de démiurge du monde on profite des bienfaits des technologies telle l’introduction d’une puce sous-cutanée !) / Monde de robots / Recyclage des déchets industriels pour en faire des objets de consommation courante (utilisation du Cofalit, «pierre noire» issue de la vitrification de déchets amiantés du bâtiment rendus inertes grâce à la vitrification. A quand les objets radioactifs ?), etc, etc.

Des horreurs jusqu’à la nausée qui se dissolvent dans le décor, la marchandise et la magie (noire), et que pourtant personne ou presque ne semble vouloir questionner. Pour les quelques attentionnés et les plus critiques, ces monstruosités indiquent bien que le prochain champ de bataille sur lequel planchent moult organismes et concepteurs est bel et bien l’humain. Car après les objets et la nature inévitablement viendra notre tour.

Le design est une nuisance.

Seule sa disparition saura nous réjouir.

Le reste n’est qu’affaire de Béni-oui-oui 



Collectif Manuela Rodriguez

– Juin 2013 –

 


1 - La 8ème biennale du design de Saint-Etienne (2013) avait pour titre « L’empathie ou l’expérience de l’autre ».

2 - Voir à ce sujet le texte Vaucanson, où le prototype de l’ingénieur, Olivier Serre, 2009 : < http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=198 >.

3 - La Factory (l’usine) et le nom de ses ateliers New Yorkais où il produisait ses sérigraphies en quantité industrielle.

4 - Pour une critique de cette manifestation, nous renvoyons le lecteur au pamphlet réalisé par des lillois (Lille fut capitale européenne de la culture en 2004) : La fête est finie, disponible à l’adresse suivante : < lafeteestfinie.free.fr/ >. Pour Marseille, quelques textes sont consultables sur le site Basse Intensité : < http://basseintensite.internetdown.org/ >.

5 - Saint-Etienne, l’heure de la reconquête, L’express, N°3218, mars 2013.

6 - Bienvenue chez les Ch’tiphanois, Jean-Pierre Garnier & Manuela Rodriguez, Article 11 N°10, juin-juillet 2012, disponible à l’adresse suivante : < http://juralib.noblogs.org/2012/07/29/bienvenue-chez-les-chtiphanois/ >.

7 - Le Serpent Alpin ou le saccage du territoire allobroge, Pierre Mazet, août 2007, < http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=109 >.

8 - L’express, op. cit.

9 - «La Biennale du design, véritable rendez-vous avec la modernité, fait partie des évènements qui s’inscrivent dans l’histoire de la ville. (…) et le monde entier qui vient car il voit une ville avec un nouveau visage, innovante… Ce n’était pas gagné d’avance ! Cette Biennale est la confirmation que nous avons juste lorsque nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure du Design. Beaucoup étaient dubitatifs en 1997-1998 sur la nécessité d’un tel évènement. En 2006, je n’ai pas rencontré une seule personne qui m’ait dit qu’il ne fallait pas faire cette Biennale. Dans un contexte mondialisé, nos entreprises et leurs employés ont besoin de l’ouverture exceptionnelle qu’elle nous apporte.» Michel Thollière, Aujourd’hui Saint-Etienne, février 2007.

Sous le soleil de l’innovation, rien que du nouveau !, Pièces et main d’œuvre, juin 2012, < http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=378 >. Ce texte est également disponible en livre aux éditions L’échappée, février 2013.

10 - Kobe, Buenos Aires, Pékin, Shanghai, Séoul, Montréal, Nagoya, Berlin et Shenzhen.

11 - Michel Thollière (Maire de Saint-Etienne de 1994 à 2008 et sénateur de la Loire de 2001 à 2010), Aujourd’hui Saint-Etienne, Ibid.

12 - Dernière, puisqu’elle réactualise quotidiennement le concept de révolution. En ce sens, elle est liquide puisque rien ne se fige. Cf. La tyrannie technologique, critique de la société numérique, l’Echappée, 2007.

13 - Les Mutants sont la branche française des Transhumanistes. Ceux-ci prônent l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Pour en savoir plus sur La secte derrière les nanotechnologies : < http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=24 >.

14 - Stand «relationchip», espace relationnel, Vogt + Veizenegger (Allemagne) biennale cohabitation. Texte de présentation : « (…) RELATIONCHIP est une nouvelle forme de réseau entre le visiteur de la biennale. Vous êtes conviés dans ce lieu à échanger un de vos vêtements contre celui d’un autre visiteur, étiqueté avec une puce électronique [RFID en forme de cœur !]. (…) Vous pourrez obtenir des informations sur le nouveau propriétaire de votre ancien vêtement et suivre la chaîne que vous avez commencée sur notre terminal et une page internet.

15 - «(…) intelligence, il faut l’entendre au sens anglais de renseignement – comme dans «Intelligence Service» – c’est-à-dire d’information qui circule. Tous ces objets, infrastructures ou êtres vivants, pucés, deviennent communicants. Leur minuscule prothèse électronique collecte des milliards de données au fil de leur vie (sur nos comportements, nos habitudes, nos déplacements, nos relations, nos idées) et les transmet à d’autres supports numériques – les objets communiquent entre eux – ou à des bases de données dont le rôle est de stocker et d’analyser ces informations pour en tirer des capacités d’action – de l’intelligence.» in IMB et la société de contrainte, PMO, mai 2010 : < http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=253 >.

16 - Cf. Alerte à la biologie de synthèse et aux aliens de demain, PMO, 2013 : < http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=415 >.

17 - Et quel cynisme à l’heure des récents scandales alimentaires… «Pour faire accepter la viande artificielle, [proposition] d’une mise sur le marché progressive. Dans son scénario, la viande in vitro se présentera d’abord sous forme de poudre à utiliser comme un ingrédient parmi d’autres, dans la préparation du repas. Elle sera aussi intégrée dans les plats préparés vendus par les marques. Pendant ce temps, les chercheurs analyseront les réactions du public et ils feront évaluer cette viande in vitro afin qu’elle ne suscite plus de résistance chez les consommateurs». Projet In Vitro meat powder, projet Eating in-Vitro, 2012. Constenza Guiffrida, Next Nature Lab – Industrial Design Department, Eindhoven University.

18 - Où nous nous disons que vivre dans un conteneur paraît être quelque chose de très sain et de bien normal. Quant à sa généralisation, une évolution naturelle.

Pour lire ou imprimer ce texte en version mise en page et PDF, voir ICI, et ICI pour la version A5.

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10 décembre 2012

La tyrannie de l'horloge

harold-loydnet

En aucun domaine, les sociétés occidentales existantes ne se distinguent des sociétés antérieures, qu’elles soient européennes ou orientales, que dans celui de la conception du temps. Pour le Chinois ou le Grec anciens, pour le berger arabe ou le paysan mexicain d’aujourd’hui, le temps est représenté par le cours cyclique de la nature, l’alternance du jour et de la nuit, le passage de saison en saison. Les nomades et les agriculteurs mesuraient et mesurent encore leurs jours depuis le lever jusqu’au coucher du soleil et leurs années en fonction du temps de la semence et du temps de la récolte, de la chute des feuilles et de la fonte des neiges dans les lacs et rivières.

Georges Woodcock, War Commentary - for anarchism, 1944

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03 novembre 2012

Metropolis

Metropolis

un film de Fritz Lang

(réalisé en 1927)

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